2014 sera-t-elle une année "cataclysmique" ?

Lors d'une conférence de presse d groupe Suez...
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Lors d'une conférence de presse d groupe Suez... - © AFP PHOTO FRANCOIS GUILLOT

L'exercice est toujours délicat : établir des prévisions, c'est prendre le risque de se tromper. Pourtant, certains auteurs n'avaient pas hésité à placer 2014 sur leurs tablettes. Avaient-ils raison ou bien tort ? Petit exercice de futurologie appliquée à quelques heures des douze coups de minuit.

Nicholas Boyle est germaniste et professeur à Cambridge. Voici ce qu'il écrivait en 2010 dans son livre "2014 - How to survive the Next World crisis?" : un grand tournant "cataclysmique" pourrait survenir dès 2014, dans la foulée de la crise des systèmes financiers. "Cette année nous mènera-t-elle vers un nouveau désastre comme en 1914, ouvrant la porte à une ère de guerres et de nationalismes qui nous empêcheraient de relever l’immense défi environnemental ? Ceci n’est pas une question posée en l’air ni une simple spéculation. Ce que l’on nomme pudiquement " crise financière mondiale " est en fait le début d’une crise politique mondiale", expliquait le chercheur anglais sur le site du Nouvel Observateur.

Excessif ? Voire... Ils sont nombreux parmi les penseurs "non orthodoxes" à émettre des mises en garde : la crise n'est pas finie et croire que les signes actuels d'un retour à la croissance suffisent à la conjurer serait faire preuve de cécité, pensent-ils. Ainsi l'anthropologue et économiste Paul Jorion, l'un de ceux qui avait prédit la crise des subprimes, va-t-il répétant que l'on ne tire pas les leçons du passé, au risque de voir les mêmes causes produire les mêmes effets avant que le système tout entier finisse par disparaître : "C’est un système critique. Il ne fait pas de doute qu’il va s’effondrer un jour. On n’a toujours pas fait les réformes de fond nécessaires.", disait-il en septembre dernier sur les antennes de la RTBF.

Le risque global s'accroît

Le site de The Economist a lancé le blog Cassandra pour faire le tour des tendances, des idées et des prévisions pour 2014. Il fait notamment appel aux prévisionnistes Thomas Malnight et Tracey Keys, qui établissent dix clés pour comprendre ce qui sera à l'oeuvre en 2014 mais sans doute bien au-delà de l'horizon des douze prochains mois. Parmi ces tendances majeures, ils identifient notamment l'écart grandissant dans l'accès aux ressources et l'augmentation du risque global. "Les risques augmentent, alors même que l'action multilatérale fait du surplace. C'est une crise de la morale, de la gouvernance, mais plus encore du marketing et des médias, opposant ceux qui nient la crise à ceux qui reconnaissent les menaces mais communiquent de la panique plutôt que des solutions raisonnées".

En 2014, le pire n'est pas certain... A condition d'agir

"Rien ne sera plus propice à l’exaspération des peuples et à la rage des extrémistes". C'est ainsi que le français Jacques Attali envisage 2014 si deux tendances lourdes des derniers mois continuent à œuvrer de concert : la confiscation des fruits de la croissance par une minorité et le renforcement de politiques protectionnistes. Une année dangereuse donc, a bien des égards. Mais, s'empresse-t-il d'ajouter, "l’histoire nous apprend que, quand quelque chose dans l’avenir nous parait certain, c’est qu’il n’aura pas lieu. Alors, on peut se prendre à rêver que 2014 se terminera bien mieux qu’il ne s’annonce". Et d'en appeler à l'action : "Quoi qu’il arrive, nous ne sommes pas spectateurs du monde. A nous de faire en sorte dès aujourd’hui, par l’action, le vote, la révolte, le sourire, de faire que 2014 soit une très bonne année."

Révolution cupertinienne ?

Et si "l'événement cataclysmique" dont nous parlions plus haut devait se dérouler le 27 juillet prochain ? C'est ce que certains imaginent, prenant appui sur un oracle bien particulier : l'assistant personnel d'Apple, Siri. A la question "que se passera-t-il le 27 juillet 2014 ?", cette pythie des temps néo-consuméristes livre en effet une bien étrange réponse : "L'ouverture des portes de l'enfer..." Diable ! Mais à quoi donc l'assistant synthétique pourrait-il bien faire allusion ? Pour d'aucun, ce serait la date d'entrée en vigueur de la levée du secret bancaire entre la Suisse et les Etats-Unis. On imagine sans mal quelle épreuve terrible ce serait pour bon nombre de spécialistes de l'évasion fiscale; mais cela ne semble pas assouvir la soif de mystère des adulateurs de la Pomme cupertinienne. Vieille prédiction maya ? Complot des Illuminati ? A voir... Il se dit cependant que la prédiction n'aurait rien de très surprenant: ce serait juste la date probable de la fin du ramadan 2014, le moment où, après avoir été fermées tout au long du mois sacré, les portes de l'enfer rouvriront à nouveau...

Mais peut-être s'agit-il d'une nouvelle technique de "branding" de la firme californienne ? Une sorte de teasing mystérieux pour annoncer le lancement d'un nouveau produit ? Une nouvelle manière de communiquer pour sortir définitivement de l'ère Jobienne. Bref, une révolution cupertinienne...

Quand Isaac Asimov imaginait 2014 en... 1964

Prédire comment sera le monde dans cinquante ans, c'est un jeu dangereux auquel seuls quelques esprits particulièrement brillants osent s'adonner sans crainte de sombrer dans le ridicule. Le célèbre auteur de science-fiction Isaac Asimov était manifestement de ceux-là. Sa vision du monde en 2014 est troublante de réalisme : il aperçoit la révolution du "sans fil", décrit un univers péri-urbain qui correspond presqu'en tous points à nos zones pavillonnaires avec le confort moderne et ses avancées technologiques en matière d'isolation et de gestion des énergies... Communications vidéo par les ondes, Télévisions "murales", spectacles en 3D: Asimov n'a presque rien négligé de notre quotidien lorsqu'il écrivait son texte en 1964. Il n'a pas non plus négligé -et ne s'est presque pas trompé- l'évolution démographique à l’échelle de la planète, qui le préoccupait : "Seule une partie de la population mondiale profitera pleinement de ce monde gadgétisé. L’autre, plus grande encore qu’aujourd’hui en sera privée et, en attendant de pouvoir accéder à ce qui se fait de mieux, matériellement parlant, sera en retard comparée aux parties du monde les plus développées. Ils auront même régressé." Là dessus aussi, on ne peut pas dire qu'il se soit beaucoup trompé...

Le Brésil, et après ?

Enfin, on ne peut pas clôturer cet exercice de voyance sans faire écho à cette sombre prédiction dont il faut espérer qu'elle s’avérera totalement fausse... Mais si aux yeux de certains, c'est rien moins que le moral d'un pays tout entier qui est en jeu, voire son avenir, d'autres restent plus mesurés. On va tout de même pas jouer 2014 (et au-delà!) sur un penalty manqué!

 

Thomas Nagant (@thomasnagant)

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