20 ans à bord de la Station spatiale internationale

C’était le 2 novembre 2000, la Station Spatiale Internationale (ISS) accueillait pour la première fois trois astronautes, deux Russes Youri Guidzenko et Sergueï Krikalev et un Américain William Shepherd. Depuis ce jour, elle a toujours été habitée. En octobre dernier, malgré la pandémie de Covid-19, l’astronaute de la Nasa Kate Rubins et les cosmonautes russes Sergey Ryzhikov et Sergey Kud-Sverchkov, se sont envolés pour une mission de six mois à bord de la station ISS.

Ce programme qui réunit des hommes et des femmes de toutes nationalités et les agences spatiales Américaine, Canadienne, Européenne, Japonaise et Russe, c’est toute la singularité de l’ISS, la Station spatiale internationale. Cet énorme mécano, grand comme un terrain de football qui orbite à 400 kms de notre terre, est un rêve commun soigneusement entretenu depuis 20 ans. Imaginez un peu, l’ISS fait le tour de notre planète en nonante minutes. Sa vitesse moyenne est de 27.600 km/h (soit 7,66 km/s). Il est assez rapide pour faire un Bruxelles-New York en… treize minutes.

Les astronautes observateurs et cobayes de la vie en apesanteur

Mais cet énorme vaisseau spatial, c’est surtout un super-laboratoire qui expérimente des tas de choses en apesanteur. Les astronautes ne s’occupent pas seulement de la maintenance, ils effectuent là-haut des expériences conçues par des scientifiques.

En effet, l’apesanteur autorise des recherches qu’on ne peut pas mener sur Terre où tout est soumis à la pesanteur. Les astronautes effectuent aussi sur eux-mêmes des recherches. Ils sont les cobayes d’études médicales visant à déterminer les effets des voyages à long terme dans l’espace.


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Sarah Baatout est responsable du service de radiobiologie au CEN (Centre d’études nucléaires). Depuis plusieurs années, elle mène des recherches sur la survie dans l’espace. Elle est en contact avec les astronautes qui séjournent à bord de l’ISS. Et pour elle, vivre à bord de l’ISS, est tout sauf une promenade de santé. Elle nous explique : "Les conditions spatiales ne sont pas évidentes pour le corps de n’importe quel être humain. Celui-ci subit pas mal d’effets liés principalement à l’apesanteur et aux radiations de l’espace dans une moindre mesure (car à bord de la Station les astronautes en sont en grande partie protégés)." 

Notre flore intestinale se modifie en apesanteur

"On a une très bonne idée des changements qui se passent au niveau du corps humain après 20 ans d’occupation de la station ISS. La première conséquence est l’ostéoporose, la perte de la densité osseuse. Ce n’est pas la seule, l’immunité s’affaiblit. Il faut savoir aussi que notre flore intestinale se modifie en apesanteur. Or, ces microbactéries qui nous aident à digérer sont aussi considérées aujourd’hui comme notre deuxième cerveau. Leur modification n’est donc pas anodine."

Les études sur les astronautes ont également déterminé une altération de notre système cardiovasculaire en apesanteur, des troubles du rythme cardiaque et une sensibilité accrue des vaisseaux sanguins. Le risque de thrombose et d’hémorragie se multiplie en apesanteur.

Exercices physiques quotidiens et cocktails vitaminés

Pour compenser ces troubles de l’apesanteur, les astronautes sont soumis à un programme d’entraînement physique intense. Ils compensent les effets de l’apesanteur par des exercices à vélo et sur tapis roulant quotidiens de deux à trois heures de manière à stimuler la production musculaire et osseuse.

Pour compenser la perte de calcium importante dans l’espace, les astronautes reçoivent aussi de véritables cocktails nutritionnels composés de calcium, fer et potassium. Les repas sont très vitaminés et riches en minéraux. Depuis quelques années, les probiotiques ont aussi fait leur entrée dans l’assiette du petit-déjeuner de l’astronaute.


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L’environnement des astronautes de l’ISS s’est aussi étoffé de nombreux moniteurs. Ils sont en quelque sorte les nounous des astronautes. Leur santé physique et mentale est passée à la loupe. "N’oubliez pas, nous rappelle Sarah Baatout, que les robots à bord de l’ISS suivent minute par minute la santé des astronautes. Ils sont donc bien monitorés."

Un exercice grandeur nature pour aller plus loin dans l’espace

Cet environnement pareil à une grande boîte de sardine équivalente au volume d’un 747 est devenu en 20 ans une expérience grandeur nature de vol habité pour des destinations plus lointaines dans l’espace.

Sarah Baatout en est désormais convaincue : "Aujourd’hui, ces astronautes de cultures et de nationalités différentes se sont soumis à des expériences qui permettent de conclure que nous sommes prêts à repartir plus loin dans l’espace, créer prochainement un village sur la lune et à terme nous rendre sur Mars."

Gageons qu’elle a raison car, l’ISS est aussi l’objet le plus coûteux jamais fabriqué par l’homme. On estime que sa construction a coûté 150 milliards de dollars.

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