17.000 défibrillateurs répertoriés en Belgique : "La seule chose que l’on risque, c’est de sauver une vie"

Les maladies cardiovasculaires, particulièrement l’infarctus du myocarde ou mort subite cardiaque, sont la principale cause de mortalité en Belgique. Chaque année, plus de 10.000 personnes sont victimes d’un infarctus en dehors de l’hôpital : en rue, au travail ou à la maison. Ces malaises cardiaques touchent les plus âgés mais aussi les jeunes. Comme l’a montré le malaise cardiaque de Christian Eriksen à l’Euro de football samedi 12 juin, ces maladies peuvent toucher tout le monde, partout.

4 minutes pour agir

Mais si vous êtes témoin d’un malaise cardiaque, vous vous sentirez peut-être démuni ou stressé. Pourtant, la rapidité avec laquelle les premiers secours seront apportés est essentielle. "Le temps est un ennemi majeur", précise le médecin Paul Dardel, chargé de développer l’application "Reanim" en Belgique par la Ligue Cardiologique belge. Il poursuit : "Avec un arrêt cardiaque, le cerveau n’est plus irrigué. Chaque minute, la victime perd 10% de chance de survie. Autrement dit, on a 4 minutes pour agir en arrêt cardiaque. 4 minutes, c’est court, en situation de stress. On perd déjà une minute avant de prendre la décision d’agir."


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Et pourtant, sans intervention extérieure, à peine 10% des victimes survivent à un infarctus. Leurs chances seraient 2 à 4 fois plus élevées en cas de réanimation cardiopulmonaire immédiate. Et, si un choc électrique est administré par défibrillateur dans les 3 premières minutes, le taux de survie pourrait même atteindre 75%.

Les défibrillateurs cartographiés

C’est la raison pour laquelle le médecin développe l’application "Reanim" qui non seulement rappelle les gestes de premier secours mais cartographie les défibrillateurs du monde entier, y compris les 17.000 appareils répertoriés sur le territoire belge. Un nombre dont la Belgique n’a pas à rougir, en comparaison avec les 100.000 appareils répertoriés en France.

Ces défibrillateurs sont placés dans des lieux publics ou qui accueillent du public mais aussi dans les installations sportives, les clubs sportifs, les piscines, les stades, les grandes entreprises. Certaines écoles, pharmacies, etc. ont également placé ce qu’on appelle des défibrillateurs automatisés externes (DAE).

Différents modèles de DAE existent. Quand on ouvre ce type de défibrillateurs, on soulève le capot et on appuie sur le bouton on/off. La machine donne des instructions vocales qu’il s’agit de suivre le plus calmement possible. "Ce qui est important à préciser", poursuit le docteur Paul Dardel, "C’est que cette machine ne présente aucun risque. On ne peut pas sans le vouloir, donner un choc électrique à une victime qui n’en a pas besoin (pour relancer son cœur, ndlr). La machine ne choquera qu’en cas de nécessité. La seule chose que l’on risque, c’est de sauver une vie." Autrement dit, si on n’agit pas, quelqu’un va mourir. Mieux vaut dès lors un massage cardiaque mal fait que rien du tout. "Mais la règle d’or", conclut Paul Dardel, "c’est d’appel le service d’urgence 112 avant tout car ce sont des professionnels. Et en attendant, on effectue un massage cardiaque si c’est nécessaire et on utilise le défibrillateur si on en a un".

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Mode d'emploi d'un défibrillateur © Ligue cardiologique belge

Mode d’emploi d’un défibrillateur

Oui mais comment faire ? Une fois le DAE installé, il est important de suivre les instructions communiquées vocalement par la machine. En résumé :

  1. Appelez le 112
  2. Si vous n’avez pas de défibrillateur, réalisez un massage cardiaque en attendant les secours.
  3. Si vous avez un défibrillateur, mettez-le en place (ça prend 30 secondes)
  4. La poitrine de la victime nue, collez les électrodes qui réaliseront un diagnostic. La machine vous "dira" s'il y a lieu d’envoyer une impulsion électrique ou pas.
  5. Si un choc est nécessaire, éloignez-vous ainsi que les personnes alentour
  6. Si le choc fonctionne, le rythme cardiaque reprend. Restez près de la victime en attendant les secours.
  7. Si le choc ne fonctionne pas, suivez les instructions de la machine, pas à pas, en attendant les secours.

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Les Chevaliers du Coeur

La Ligue cardiologique belge continue à développer l’application Reanim qui, outre ces précédentes fonctionnalités mentionnées (explication des gestes qui sauvent et cartographie des DAE, les défibrillateurs automatisés externes, dans le monde, avec une géolocalisation), est en train de constituer une communauté de "Chevaliers du Cœur", un réseau de bénévoles prêts à être appelés par le 112 si une personne est victime d’un accident cardiaque à proximité. Ces Chevaliers du Cœurs se rendent alors rapidement sur les lieux pour pratiquer les premiers gestes d’urgence, y compris l’utilisation du DAE, en attendant les secours.

"Reanim" compte déjà 50.000 Chevaliers du Cœur mais le réseau n’est pas encore opérationnel. "Nous sommes en négociation avec les services d’appel d’urgence -le 112- pour mettre en place ce réseau de bénévoles, à l’instar du réseau français Les Bons Samaritains", précise encore le médecin Paul Dardel.

Ce réseau, mobilisable via une application sur smartphone, existe en France depuis 2017. Les 150.000 Bons Samaritains français sont désormais actifs dans soixante départements et ses résultats sont encourageants puisqu’il a permis de doubler le taux de survie. Des versions suédoise, britannique ou néerlandaise de Reanim sont également opérationnelles.

Archive JT : reportage d'octobre 2017

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