14-18: la guerre chimique est née à Ypres il y a 100 ans

Un soldat canadien touché lors d'une attaque au gaz moutarde.
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Un soldat canadien touché lors d'une attaque au gaz moutarde. - © Tous droits réservés

Notre pays a le triste privilège d'avoir connu la première attaque chimique de l'histoire. C'était la première fois qu'une armée utilisait autre chose que des fusils, des canons ou des baïonnettes pour détruire ses ennemis. Et depuis ce jour, rien ne s'est jamais vraiment arrêté.

C'est l'après-midi du 22 avril 1915, que les soldats belges et français, cachés dans leurs tranchées, au nord d'Ypres, ont vu apparaître un étrange nuage au dessus des lignes allemandes. Il avait une coloration jaunâtre, et était poussé par le vent. Les Allemands venaient d'ouvrir simultanément 6000 bonbonnes contenant un gaz au chlore, mortel à haute dose. 180 000 litres de gaz ont été lâchés dans l'atmosphère.

Les soldats français seront les premiers touchés. Il s'agissait de tirailleurs algériens et de réservistes bretons. Ils seront des centaines à mourir étouffés. Ceux qui tenteront de s'enfuir seront à leur tour rejoint par le nuage et succomberont dans les mêmes conditions.

Objectif : la victoire finale

Les Allemands lâcheront ce gaz sur un front de 5 km dans les environs de Langemark et Poelkapelle. Leur but était d'envoyer des unités d'infanterie à la suite de ce nuage, de profiter de la panique généralisée, et de percer le front jusqu'au port de La Manche.

Boulogne et Calais servaient de points de ravitaillement pour l'armée anglaise. Si les Allemands s'en étaient emparés, ils auraient pu précipiter une demande de paix de l'Angleterre, et peut-être écourter la guerre... C'était en tout cas l'objectif de l'état-major allemand.

Mais ce plan échouera. Les français tiendront bon, puis repousseront les allemands. Ils mettront des mouchoirs sur leurs yeux et leurs nez. Des mouchoirs sur lesquels, ils auront d'abord uriné. L'ammoniaque de l'urine neutralise les effets du chlore. Cette astuce leur permettra de tenir...

Quelques semaines plus tard, une contre-offensive alliée ramènera les Allemands à leur point de départ.

Fritz Haber, prix Nobel et tueur...

L'homme qui aura rendu cette offensive possible s'appelait Fritz Haber. C'était un chimiste allemand de renommée mondiale. Ardent nationaliste, il fera tout pour doter son pays de gaz de combat efficaces.

Il est d'origine juive. La société allemande de l'époque est encore ouvertement antisémite. Pour faire oublier ses origines, il va donc se montrer plus allemand qu'un allemand catholique. Ce qui le poussera à bien des extrémités....

L'attaque au chlore de 1915, à Ypres, a échoué. Mais les gaz de combat ont prouvé leur efficacité. Haber fabriquera donc d'autres gaz plus mortels encore, comme l'ypérite (aussi appelé gaz moutarde). Un gaz horrible détruisant les poumons, rendant aveugle les soldats touchés et provoquant l'apparition de brulures et de cloques sur les portions de peau exposées au gaz.

Après la guerre, toujours aussi nationaliste, Haber continuera à développer d'autres gaz de combats, sous prétexte de recherches sur les insecticides. Il dirigera notamment les travaux sur le Zyklon B. Un gaz qui sera utilisé dans les années 40 pour exterminer les juifs à grande échelle...

Haber ne le verra pas de ses propres yeux. Il mourra en 1933. Mais il en verra assez sur la montée du nazisme pour comprendre à quelles dérives l'aura mené son nationalisme exacerbé.

Et ce n’est pas fini

Depuis la première guerre mondiale, les gaz de combat ont été encore utilisés à de nombreuses reprises, notamment par les italiens lors de leur guerre contre les éthiopiens en 1935. Mais aussi, dans les années 80, par les irakiens lors de leur guerre contre l'Iran. Enfin en 1995, un attentat meurtrier au gaz Sarin sera perpétré par une secte, dans le métro de Tokyo.

Le gaz de combat est devenu une arme de terreur dés sa première apparition en 1915, mais cela n'a jamais empêché l'homme de l'utiliser à nouveau...

Gérald Vandenberghe

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