11 novembre 1918, il y a cent ans, l'armistice était signé dans un wagon: circonstances et conséquences

Armistice : la délégation allemande arrive à Rethondes
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Armistice : la délégation allemande arrive à Rethondes - © Tous droits réservés

Le 11 novembre 1918, à 11 heures du matin, des centaines de clairons sonnent la fin des combats, de part et d’autre du front. Quelques heures plus tôt, dans la forêt de Compiègne, non loin de Paris, les Allemands ont signé l’armistice après trois jours d’âpres discussions. Dès le 7 novembre, une petite délégation a passé la ligne de front.

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"C’était vers 8 heures et demi, raconte un ancien combattant dans un témoignage de 1968, puisqu’à neuf heures et demi j’ai écrit à ma femme: 'Les boches viennent de passer devant mon poste. Ils étaient dans deux voitures avec un drap de lit de chaque côté et il y avait une trompette qui sonnait'. Alors là, il y a eu déjà une débandade parce qu’on croyait que la guerre était finie…"

L’armée allemande est battue sur le front ouest

Dès le 8 août 1918, "jour de deuil pour l’armée allemande", Erich Ludendorff, général en chef des armées, a compris que la guerre était perdue . Dans la Somme, les Alliés mènent une contre-offensive victorieuse. Ils avancent rapidement, jusqu’à 13 kilomètres par jour.

Du côté allemand, les pertes sont colossales. 30.000 hommes pour cette seule journée du 8 août. On ne compte plus les morts, les blessés et les défections. Les soldats de l’empereur Guillaume II, mal équipés et mal nourris, se rendent sans combattre, préférant la captivité plutôt que la mort. 

Jean-Michel Sterkendries, professeur à l’école royale militaire, précise : "Le nombre de disparus est effarant. La situation est chaotique. A ce moment- là, la situation est devenue tellement désespérée que les Allemands n’y croient plus. Ce qui compte à ce moment-là, c’est de sauver sa peau, donc on se rend".

A Kiel, les marins des navires de guerre allemands refusent un dernier appareillage "pour l’honneur". La mutinerie s’étend aux autres bases navales.

Dans le pays, la situation n’est guère plus glorieuse. Soumise au blocus des pays de la triple entente, l’Allemagne subit de graves pénuries. La population est à bout. Le 4 novembre, un conseil ouvrier se déclare prêt à signer la paix dans l’état du Wurtemberg. Le 7 novembre, le foule prend le contrôle de Münich, le 9, le mouvement ouvrier occupe les bâtiments publics de Berlin. Les soldats fraternisent avec les ouvriers.

Le même jour, sous la pression, l’empereur Guillaume II accepte enfin d’abdiquer. La République allemande est déclarée. C’est la fin d’un monde.

Où signer l’armistice ?

Le maréchal Foch, commandant suprême des forces alliées, choisit soigneusement le lieu des négociations. En 1918, dans la forêt de Compiègne, tout près de la gare de Rethondes, il y a  deux petites voies ferrées parallèles. Elles sont  utilisées pour l’acheminement des pièces d’artillerie à longue portée. Deux trains y sont amenés. Le premier pour lui, l’autre pour la délégation allemande, qui arrive sur place le 8 novembre à 5h30 du matin. L’endroit est isolé, propice à la réflexion. Les journalistes sont d’ailleurs tenus à l’écart.

Les négociations durent 72 heures. En réalité, c’est à prendre ou à laisser. Les parlementaires allemands, conduits par Matthias Erzberger – la République vient d’être déclarée, les généraux allemands se sont tenus à l’écart – sont forcés d’accepter ce qui s’apparente plus à une capitulation pure et simple qu’à une paix négociée.

Le 11 novembre, entre 5 h12 et 5h20 du matin, l’armistice est signé dans le wagon restaurant du maréchal Foch. Son application sur le front est fixée à 11 heures, pour une durée de 36 jours, qui sera renouvelée trois fois.

Les clauses très dures en attendant le traité de Versailles

Pour les Allemands, les conditions de l’armistice sont sévères : évacuation immédiate de la Belgique, des zones occupées de France, Luxembourg et de l’Alsace-Moselle, l’abandon du matériel de guerre en bon état, l’évacuation de la rive gauche du Rhin qui seront placés sous l’autorité des troupes d’occupation des Alliés, le rapatriement immédiat des prisonniers de guerre, sans réciprocité…

Mais pour l’Allemagne le pire reste à venir. La conférence de Paris débute le 18 janvier 1919. Le 28 juin 1919, le traité de Versailles consacre la disparition de l’Empire allemand. L’ancien Empire est amputé de 15% de son territoire et de 10% de sa population au profit de la France, de la Belgique, du Danemark et de la Pologne. L’Allemagne devra renoncer à ses colonies et s’acquitter de sommes colossales,132 milliards de marks-or, au titre de dommages de guerre. Elle endosse seule la responsabilité du conflit. Pour l’Allemagne vaincue, c’est l’humiliation.

Jean-Michel Sterkendries : "Les Allemands à ce moment-là n’ont pas la sensation d’avoir été battus sur le champ de bataille et ils espèrent une paix honorable (…) et il est certain que les territoires que l’on rêvait de récupérer vont revenir notamment à la France". 

De la défaite naîtra la légende du "coup de poignard dans le dos", qui voulait que c’était à cause de l’arrière et des révolutionnaires allemands de novembre 1918 qu’on avait perdu la guerre. Cette légende sera largement exploitée par la droite nationaliste allemande dès le le demain de la défaite, de même que le traité de Versailles, qualifié de "Diktat", qui portera en lui les germes de la seconde guerre mondiale.

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