"Un chez soi d'abord": un dispositif innovant pour les SDF qui fait ses preuves à Namur

Vivre dans la rue ne devrait plus être permis aujourd'hui dit Maryline Waterkeyn, éducatrice au dispositif "Un chez soi d'abord"
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Vivre dans la rue ne devrait plus être permis aujourd'hui dit Maryline Waterkeyn, éducatrice au dispositif "Un chez soi d'abord" - © Monika Wachter - RTBF

Il y a trois ans, Namur a lancé le projet "Un chez soi d'abord", en anglais "Housing First". Ce dispositif innovant prend le problème à contre-courant. Au lieu de lier l'accès à un logement à toute une série de conditions, comme arrêter de boire ou de se droguer, suivre un traitement ou une thérapie, ici on commence par trouver d'abord un logement pour la personne sans abri. Il y a une seule condition, mais apparemment acceptable: suivre un accompagnement social une fois par semaine. Marilyne Waterkeyn est éducatrice. Elle ne supporte pas l'injustice. Pour elle, aujourd'hui il est impensable qu'il y ait encore des personnes qui dorment dans la rue. Elle est passionnée par cette démarche.

On ne va jamais leur dire: "Tu dois te soigner, tu dois arrêter de boire" !

"Le fait de ne pas dire à la personne "Tu dois arrêter de boire" la personne, au fur et à mesure qu'elle est dans son logement, elle a envie d'arrêter de se droguer ou d'arrêter de boire parce qu'elle se rend compte par elle-même: Oui, cela me ferait peut-être du bien. Mais nous, on ne va jamais leur dire: Tu dois te soigner, tu dois arrêter de boire. Parce que ce n'est pas ça la vie".

Bilan très positif

28 SDF namurois ont pu être relogés depuis le lancement du projet le premier juillet 2015. 26 hommes et deux femmes. En moyenne, ils avaient vécu plus de 7 ans dans la rue. Aujourd'hui, près de 90 pour cent est toujours dans son logement. Le taux de maintien à domicile est donc très bon. C'est très encourageant. Mais le dispositif souffre d'un sous-financement comme l'explique Renaud De Backer, responsable du projet au Relais social urbain namurois.

"On a une amélioration de l'état de santé physique et de l'état de santé mentale. Mais les enjeux restent sur la pérennisation du dispositif et son amplification. Donc les acteurs sont unanimes, pour les personnes sans abri, ça marche. Mais les moyens sont insuffisants pour le moment de permettre la continuité du projet".

Il faut plus de moyens

Renaud De Backer insiste. "Il faut plus de moyens. Il faut plus de logements. Même si à Namur on est obligé de refuser des logements parce qu'on n'a pas assez de moyens d'accompagnements. Donc c'est inquiétant de se dire qu'il y a des personnes qu'on pourrait sortir de la rue mais qu'on ne sait pas les accompagner".

La personne SDF qui obtient un logement a une seule obligation: accepter un accompagnement social une fois par semaine. Mais il faut des moyens financiers pour engager ce personnel social. Namur a seulement pu engager un peu plus de quatre personnes équivalent temps plein pour l'accompagnement. C'est là que le bât blesse. En Wallonie, quatre villes ont mis en place ce dispositif: Liège, Charleroi, Namur et depuis cette année-ci aussi Mons. A eux quatre, ils se partagent en 2018 un budget de 480.000 euros, soit 120.000 euros par ville. La Région de Bruxelles Capitale a un budget beaucoup plus important: 1.300.000 euros en 2017. Pour Renaud De Backer, il faut absolument amplifier ce mouvement en Région wallonne.

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