Téléphérique : quelles retombées pour Namur ?

Dès ce samedi, les touristes, par dizaines, rejoindront la Citadelle de Namur en téléphérique. C’est en tout cas l’espoir de la Ville : doper le commerce du centre historique et gonfler l’affluence de forteresse militaire. Mais cette "intuition" décrite par le bourgmestre lui-même, va-t-elle se révéler au fil des mois, des années ?

A ce jour, aucune étude scientifique ne permet de l’affirmer. Seule certitude, le coût annuel de l’attraction touristique : 600 mille euros annuellement versés à l’opérateur.

L’espoir des commerçants

Namur sort progressivement de plusieurs années de gros chantiers. La passerelle Enjambée viendra bientôt se poser sur le nouvel espace confluence, le Pavillon de la Citadelle, consacré à l’art numérique, vient d’ouvrir ses portes, le Grand manège accueillera très prochainement le conservatoire et le centre d’art vocal et de musiques anciennes. D’ici peu, la Place Maurice Servais, d’où partent les cabines, va elle aussi, changer de visage pour accueillir les passagers du téléphérique.

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Téléphérique: Quelles retombées pour Namur? © Tous droits réservés

A deux pas, Place Chanoine Descamps, sous un porche, le regard du curieux est attiré par une vieille plaque de signalisation qui indique le téléphérique (l’ancien). Un peu plus loin dans une cour, une ancienne cabine est pendue à un câble : "Je l’ai trouvée sur Ebay, il y aune dizaine d’année. Je comptais la laisser 6 mois et elle est là depuis dix ans. Ça attire les clients" raconte Claudy Genette, restaurateur dans le vieux Namur.

Le patron du restaurant "Extérieur nuit" est très enthousiaste : "Je suis persuadé que ce sera un succès" sourit Claude Genette. " Ça s’inscrit dans un ensemble de travaux qui participent à la nouvelle dynamique de la ville. Le parking et la nouvelle circulation au Grognon… Et maintenant le téléphérique. Ça va être très positif pour le commerce et pour le quartier."

L’intuition de Maxime Prévot

Le bourgmestre de la capitale wallonne ne s’en cache pas. Les retombées, il les espère mais la rentabilité n’est clairement pas un objectif : "Objectivement, on a une intuition", confie l’humaniste.

"Il fallait répondre à cette demande de liaison entre la Citadelle et le cœur de ville. Concernant la fréquentation, les retombées sur le commerce, il n’y a pas d’étude universitaire sur le sujet. Si je prends l’organisation des salons dans les palais d’exposition, des études ont pu démontrer que pour un euro investi, il y avait sept euros de retombées socio-économiques pour la ville qui les accueille. Pour le téléphérique, ce sera du bonus" affirme Maxime Prévot.

Pourtant ce téléphérique a un coût : La convention signée avec le concessionnaire prévoit une redevance annuelle de 600 mille euros, indexables. Mais la rentabilité n’est pas l’objectif de la ville rappelle le bourgmestre : "ça représente 0,3 pourcent du budget annuel de la Ville, donc on est loin de se mettre le couteau sous la gorge. L’outil va amplifier la carte postale touristique de Namur. Ça va être un facteur d’attractivité supplémentaire pour tous les commerces du centre-ville."

Les doutes de Pol-André Dulière

Pol-André Dulière, c’est le fils de l’ancien propriétaire du téléphérique, fermé en 1997. Pendant quarante ans, son père et son oncle ont exploité l’attraction à titre privé. Pour lui, le tracé des nouvelles télécabines est moins attractif : "Le côté de la Meuse est quand même plus intéressant. C’était une vraie découverte. Dans la nouvelle mouture on verra les toits de Namur. Touristiquement, ça n’a pas beaucoup d’intérêt", remarque celui qui a bien connu l’ancienne attraction.

Pour lui, la station-aval n’est pas suffisamment accessible pour les autocars : "A l’époque de mon père, ça représentait quand même quatre-vingts pourcents du chiffre d’affaires. Ici, les autocars devront déposer les gens à la Citadelle. Je ne suis pas sûr qu’ils vont payer un trajet de téléphérique pour descendre en ville."

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