"Pornocratès, dans tous ses états", au coeur du Musée Rops à Namur jusqu'au 13 mai

L'originale de la Pornocratès
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L'originale de la Pornocratès - © Christine Pinchart

Une expo autour de l'oeuvre la plus célèbre de Félicien Rops, est à voir au Musée Rops à Namur. "La pornocratès" ou la dame au cochon. Une dame nue, qui promène un cochon en laisse. Une oeuvre qui apparait en décembre 1878. Qui fait l'objet de bien des anecdotes, tant elle est révolutionnaire. Une oeuvre que Rops veut absolument vendre, ce qui va prendre du temps, parce que l'artiste est pointilleux et refuse de faire des concessions au nom de la liberté. C'est amusant parfois, Véronique Carpiaux la conservatrice du musée :

"Rops est approché par un américain, qui veut acheter la Pornocratès, et ils se retrouvent à Paris pour parler de la transaction. L'Américain veut emmener l'oeuvre aux Etats Unis, il est enchanté mais il émet une condition. Ils demande à l'artiste de dessiner une ceinture de roses pour cacher le sexe de la femme. Ce que Rops refuse catégoriquement. Il a une seconde proposition, d'un collectionneur bruxellois très riche, mais qui souhaite acquérir l'oeuvre pour l'intégrer dans une collection érotique qualifiée de "petites saletés". Il refuse à nouveau de vendre et précise qu'il faut savoir placer ses enfants.

Finalement il demandera à son ami et dessinateur Maurice Bonvoisin, de trouver dans son milieu bourgeois d'intellectuels, quelqu'un qui pourrait convenir pour acheter ce dessin. Elle fera des allers-retours entre Verviers et Bruxelles, partira à Mons, et se retrouvera enfin à Namur, au Musée Rops, plus de 100 ans plus tard, en 1984 grâce à l'acquisition de la communauté française."

Elle fut également l'objet de bien des interprétations, mais voilà ce que Rops a voulu nous dire :

"Ce dessin est vraiment le crédo artistique de l'artiste. il se moque en même temps de la bourgeoisie du 19ème siècle, qui préfère ignorer cette pratique de la prostitution. Cette misère féminine qui oblige un bon nombre de femmes à se prostituer de manière occasionnelle pour arriver à joindre les deux bouts. En dessinant cette femme moderne, avec les yeux bandés, qui se laisse conduire par le cochon, qui est le symbole des instincts, il fait l'apologie de la femme moderne du 19ème siècle. Et d'autre part il fait aussi un pied de nez au monde académique qu'il déteste, parce qu'en fait cette femme bien en chair, fière de son corps, qui suit ses instincts, elle piétine le monde académique représenté dans la frise. Les arts classiques figés dans la pierre. Il méprise l'académisme."

Au Musée Rops, rue Fumal à Namur jusqu'au 5 mai

 

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