Namur: les archéologues font des trouvailles dans les latrines du Grognon

Il faut parfois descendre très bas pour atteindre le fond. Ici, il s'agit probablement d'une fosse d'aisance transformée ultérieurement en puits.
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Il faut parfois descendre très bas pour atteindre le fond. Ici, il s'agit probablement d'une fosse d'aisance transformée ultérieurement en puits. - © Hugues Van Peel - RTBF

A Namur, le Grognon n’a pas fini de révéler ses secrets. Les archéologues de la Région wallonne qui fouillent la zone de la confluence depuis l’an dernier s’intéressent en ce moment aux latrines et aux fosses d’aisance qui se trouvaient sur le site. C’est dans ces lieux, bien sûr, que les habitants se soulageaient. Mais c’est aussi là qu’ils avaient l’habitude de se débarrasser des déchets du quotidien. De nombreux objets, très bien conservés dans l’eau pendant plusieurs centaines d’années, ont ainsi été remontés. Ils nous en apprennent beaucoup sur le mode de vie des Namurois aux 17e et 18e siècles.

"On y retrouve notamment de la vaisselle, les verreries et d’autres matières qui se conservent mieux dans l’eau comme les bois et le cuir, explique Raphaël Vanmechelen, responsable scientifique des fouilles. Donc on a des chaussures, des fuseaux, des éléments de rouet, des petites épingles, des peignes en bois ou en os."

Et à cela s’ajoutent les déchets de consommation, qui permettent quasiment de reconstituer le menu des habitants du Grognon, de l’entrée au dessert. "Il y a des ossements d’animaux, qui sont des déchets d’assiette, de cuisine ou de boucherie. On va même jusqu’à l’écaille de poisson, au pépin de pomme ou au noyau de cerise", poursuit Raphaël Vanmechelen.

Des harengs de la Baltique au menu

"Et ces éléments nous donnent des indications précises sur l’économie de toutes ces denrées à travers les âges, ajoute Dominique Bosquet, archéologue. Certaines de ces denrées sont évidemment produites localement, mais il y en a d’autres qui proviennent de beaucoup plus loin."

Des experts ont ainsi pu identifier, grâce à des écailles et de minuscules ossements, que l’on dégustait des harengs de la Baltique à cette époque à Namur.

Dans la capitale wallonne, les latrines sont apparues vers le 11e et le 12e siècle. "Elles apparaissent à partir du moment où les gens sont contraints de le faire, explique Raphaël Vanmechelen. Avant, ce sont essentiellement les cours d’eau qui sont les véhicules des déchets. A l’époque, les gens préfèrent se débarrasser de leurs déchets dans la Sambre et dans la Meuse, au prix d’une certaine pollution dont on n’avait peut-être pas conscience. C’est quand les fortifications vont couper l’accès à l’eau que les gens vont être contraints de stocker les déchets chez eux".

La localisation des latrines, sous l’escalier ou dans la cave, permet aussi de mieux comprendre l’organisation des parcelles et des maisons qui s’y trouvaient. L’exploration de ces fosses est un grand classique de l’archéologie urbaine.

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