Namur: découvertes exceptionnelles lors des fouilles archéologiques du Grognon

Une clé en bronze et une pièce d'échec en ivoire datant du Moyen Age découvertes à Jambes
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Une clé en bronze et une pièce d'échec en ivoire datant du Moyen Age découvertes à Jambes - © Hugues Van Peel - RTBF

Ils n’ont l’air de rien, dans leur vitrine, mais ces deux vestiges font la fierté des archéologues du Service public de Wallonie qui fouillent actuellement la zone de la confluence à Namur: une petite clé de coffret en bronze, boursouflée de corrosion, et surtout une pièce de jeu d’échec en ivoire remontant au Moyen Age. Sa typologie indique aux spécialistes qu’il s’agit d’un cavalier, très stylisé.

"Ce type de pièce en ivoire, on en a trouvé sur une quarantaine de sites en France, mais ce serait la première du genre en Wallonie, explique Raphaël Vanmechelen, archéologue et responsable scientifique des fouilles. Donc c’est un scoop! Ce sont des pièces très rares qui se retrouvent toujours dans le contexte soit de châteaux, soit d’habitats liés à une bonne aristocratie pour les 11e et 12e siècles".

C’est à Jambes, de l’autre côté du Grognon que ces deux objets de luxe ont été découverts, entre les fondations d’un bâtiment rural médiéval mis au jour au pied de la Villa Balat, à quelques mètres de la Meuse. A cet endroit s’élevaient jusqu’il y a peu plusieurs maisons qui ont été rasées en vue de l’installation de la passerelle qui permettra bientôt d’enjamber le fleuve à pied ou à vélo.

Un coup de chance

La présence de cette clé et de la pièce d’échec pourrait conférer au lieu de leur découverte un statut social élevé. Au 12e siècle, l’ivoire était un matériau peu commun et socialement très marqué.

"Bien sûr, on s’attendait à trouver l’une ou l’autre chose, poursuit Raphaël Vanmechelen. Par contre, ce type de découverte est tout à fait imprévisible. Pourquoi? Déjà parce qu’on est dans une période qui n’est pas couverte par les archives. A l’exception de quelques archives religieuses très anciennes en latin, les archives ne commencent d’habitude qu’au 14e ou au 15e siècle. Donc on naviguait un peu en terre inconnue. Qu’il y ait eu à l’époque une petite exploitation agricole à cet endroit, c’était de l’ordre du prévisible. Mais d’avoir un site avec un statut social manifestement privilégié, ça c’est un coup de chance. Mais à y penser, cela s’inscrit dans une certaine logique. On est face au château, face au port, dans le contexte rural où des aristocrates ont pu s’établir en périphérie de la ville".

Fin des fouilles dans une bonne année

De ce côté de la Meuse, les fouilles ont mobilisé dix personnes pendant une semaine. Elles sont désormais terminées. Mais sur le Grognon, au confluent de la Meuse et de la Sambre, les archéologues sont loin d’avoir fini leur travail. Ils viennent de commencer le démontage des vestiges modernes mis au jour sous l’ancien parking, dans une zone qui n’avait jamais été fouillée (on peut encore apercevoir les trottoirs et quelques murs des maisons rasées à la fin des années 60). L’opération vise à atteindre les couches les plus anciennes, une tâche qui exige patience et minutie.

En principe, les fouilles s’achèveront en août 2018. A terme, c’est un parking souterrain qui sera construit à cet endroit.

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