Location de vacances sur internet: le rêve américain brisé de la start-up namuroise Vivaweek

Vivaweek : le rêve américain brisé de la start up namuroise de location de vacances sur internet
Vivaweek : le rêve américain brisé de la start up namuroise de location de vacances sur internet - © Vivaweek

Ils ont commencé dans le garage familial en 2009, comme Bill Gates ! Les deux frères Jullien, Dominique et Cédric, développent une plateforme informatique pour des locations de vacances, appelée Vivaweek.be.

Le vent souffle dans les voiles. Premiers contrats, premières recettes, premiers bénéfices... Et premières récompenses : Vivaweek reçoit le prix Gazelle 2015 délivré par Trends Tendances.

C'est aussi en 2015 que les deux patrons fondateurs décident de passer à la vitesse supérieure : construction d'un bâtiment flambant neuf à Warnant (Anhée), engagement d'une trentaine d'employés pour travailler dans un call center, démarchage massif auprès des propriétaires de lieux de vacances... Le contrat type est simple : 200 euros pour une annonce sur Vivaweek, qui ne prend aucune commission lorsqu'une location est conclue via son site internet.

>>> A lire également: Les raisons de la faillite de Vivaweek

Un chiffre d'affaires qui explose

Fin 2015, le chiffre d'affaires explose : 1,3 millions d'euros de recettes et 500 000 euros de bénéfices. Vivaweek prend son envol. Mais un an plus tard, le moteur a des ratés : le site affiche certes plus de 60 000 annonces, mais les clients vacanciers ne se pressent pas au portillon.

En fait, dans leur stratégie de développement, les deux patrons ont soigné l'offre (le call center est très persuasif pour convaincre les propriétaires) mais ils ont oublié la demande, à savoir les locataires ! La notoriété du site ne décolle pas, et son référencement dans les moteurs de recherche est très mauvaise. Dans le même temps, les géants du secteur (Tripadvisor, Airbnb...) se taillent la part du lion.

Des propriétaires qui ont passé contrat avec Vivaweek commencent à se plaindre sur internet ; le site Trustpilot, notamment, grouille d'avis incendiaires : "scandaleux", "fuyez ce site", "escroquerie"... Des dizaines de clients estiment qu'ils ont été arnaqués. Plusieurs propriétaires menacent d'intenter des recours en justice.

"Dans un premier temps, confie un ancien employé de Vivaweek, nous avons tenté d'endiguer le mécontentement en inventant des avis positifs. Un employé du call center était même spécialement dédié à cette tâche. Mais au bout de quelques mois, c'était peine perdue."

Une manœuvre frauduleuse ?

Selon leur avocat, Maître Thibault Bouvier, les deux frères Jullien ont vu venir les difficultés à partir de 2016. Ils ont alors conçu un projet de diversification dans l'horeca : "Trouve ton resto.be". Deux nouvelles sociétés sont créées en mars 2017 : JDC Web et JDC Resto.

C'est alors qu'intervient cette manœuvre plutôt étrange : le transfert de tout le personnel de Vivaweek, environ 40 personnes, dans la première de ces deux sociétés. Les employés, qui ne se méfient pas, signent le nouveau contrat entre le 22 avril et le 23 juin 2017. Mais le 30 juin, les deux patrons déposent le bilan... Pas de Vivaweek, mais bien de la nouvelle société JDC web ! Le personnel n'a pas touché son salaire de juin. Et - évidemment - aucune indemnité de rupture.

Le curateur Jean-Grégoire Sépulchre, désigné par le tribunal de commerce, estime que la manœuvre est illicite. "Manifestement, la société JDC web n'a pas été créée dans un but commercial, mais pour éviter à Vivaweek de devoir payer des indemnités aux employés en cas de liquidation." Il a déposé un mémoire faisant état de ses soupçons de fraude au Parquet de Namur.

"Il n'y a pas fraude, rétorque Maître Thibault Bouvier. Quand ils ont créé JDC web, mes deux clients croyaient vraiment qu'ils réussiraient à relancer une activité." Difficile pourtant d'expliquer que certains contrats de travail ont été transférés de Vivaweek vers JDC web une semaine seulement avant le dépôt de bilan. La belle aventure économique de Vivaweek, dont le site est toujours actif, a tourné au fiasco. Et pourrait bien finir devant le tribunal correctionnel.

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