Les fermiers producteurs de foie gras inquiets

Les fermiers producteurs de foie gras inquiets
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Les fermiers producteurs de foie gras inquiets - © Tous droits réservés

La Wallonie va-t-elle aussi interdire le gavage des canards et des oies ? La Flandre a voté un texte en ce sens la semaine dernière. Et côté wallon, le ministre du bien-être animal, Carlo di Antonio dit vouloir en faire son combat avant la fin de la législature l'an prochain. 

Cette déclaration a fait réagir le collège des producteurs. Il rappelle certains chiffres: la Belgique est le 2e consommateur de foie gras par habitant dans le monde avec 638 tonnes consommées par an. Or, nous n'en produisons que 25 tonnes par an. Nous sommes allés voir comment cela se passait chez l'un de ces producteurs, à Hemptinne-lez-Florennes. 
C'est Valérie Van Wynsberghe qui nous accueille dans la ferme de la Sauvenière. Dès l'entrée, les premiers cancanements se font entendre. Elle élève des canards depuis 20 ans.

Etape n°1: la canetonière

Les canetons mulards, un mélange entre un canard de Barbarie et la cane de Pékin arrivent à l'âge d'un jour dans la ferme de Valérie. A peine sortis de l'oeuf dans le pays de la Loire qu'ils sont importés à Hemptinne-lez-Florennes. "Il vaut mieux les faire voyager juste après leur naissance car c'est là qu'il supportent le mieux le voyage", nous explique la fermière. "Normalement, on les garde dans une pièce chauffée mais pas pour le moment, avec les températures qu'il fait. Ils ont assez d'espace pour pouvoir marcher à l'intérieur et à l'âge d'un mois, on les laisse sortir. Mais il faut attendre qu'ils n'aient plus de duvet pour cela."

Etape n°2: la vie au grand air

Jusqu'à leur 12e semaine, les canards restent dans les champs. "Ils sont tous dehors à l'ombre même s'ils ont la possibilité d'entrer dans l'étable. On met la nourriture d'un côté et l'eau un peu plus loin pour qu'ils bougent un maximum. Comme ça, les canards font du muscle et se développent. Parce qu'un canard doit faire au moins 4 kg pour entrer en gavage."

Etape n°3: le gavage

Nous voilà dans le vif du sujet: la salle de gavage. Ici, les ventilateurs tournent, il fait frais. Les canards sont à cinq dans de grandes cages ouvertes sur le dessus, "pour qu'ils puissent déployer leurs ailes", précise Valérie. "Auparavant, ils étaient dans des cages individuelles mais les normes européennes ont changé en 2011."

Forcément, ils bougent moins qu'au moment où ils étaient en prairie. "Au champ, on leur demande de faire de la viande. Ici, ils sont là pour faire du gras." Deux fois par jour, avec douze heures d'intervalle, Valérie vient gaver ses canards avec 200 g de maïs. Avant chaque opération, elle leur palpe le jabot. "Cela me permet de savoir si le canard a bien digéré. Si je sens que le jabot n'est pas vide, je ne le gave pas." Tout en saisissant un canard et en introduisant l’entonnoir de maïs, elle nous explique: "Le canard n'a pas de glotte. Il n'y a donc pas de chicane pour le tube de l'entonnoir." En quelques secondes le canard est gavé. "C'est sûr qu'il faut faire attention à ne pas blesser l'animal. Mais le risque zéro n'existe pas et on essaye de faire le mieux possible pour qu'ils soient bien. Ce n'est pas de la torture. J'aime mes animaux."

"Où est le sens de tout cela?"

De l'élevage à la transformation et même la vente dans la boutique de sa ferme, Valérie essaye de produire un maximum localement. Pour le moment, elle doit encore aller à l'abattoir à Tournai, à 110 kilomètres de là. Alors, avec son mari, ils viennent d'investir dans un abattoir pour maîtriser le plus d'étapes de la production possible. 

Quand elle entend que la Wallonie risque d'interdire le gavage, elle est surprise et déçue à la fois. "Je ne sais pas. On se pose énormément de questions. Parfois, c'est difficile de se lever le matin pour commencer la journée. On se dit qu'on essaye de faire au maximum les choses convenablement, en respectant les nombreuses normes et en proposant un bon produit. Finalement, où est le sens de tout cela si on nous interdit de travailler?"

Comme Valérie, il y a huit producteurs de foie gras à être inquiets pour leur activité en Wallonie.

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