Le tabac de Semois sera de qualité mais en petite quantité

Hugo Beguin termine la coupe de ses plants de tabac.
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Hugo Beguin termine la coupe de ses plants de tabac. - © sbo

Hugo Beguin termine la coupe de ses plants de tabac. Il a repris cette activité complémentaire depuis deux ans et cette année, il est plutôt content. "L'an dernier, j'ai eu quelques soucis avec une météo plutôt maussade et j'ai perdu une partie de ma récolte. De plus, le tabac n'était pas vraiment de haute qualité. Cette année s'est différent. Il y a eu un problème de virus dans les semis en mars, j'ai pas pu planter toutes mes superficies espérées, oui mais, même si j'ai planté moins de superficie, cette année, le tabac est de grande qualité. Je le vois déjà à la taille des plants et à leur poids...

Moins de quantité, oui, mais une qualité supérieure et ce n'est pas pour déplaire à André Robinet, ancien planteur qui suit de très près l'évolution du travail de son jeune collègue, Hugo Beguin.

"C'est pas évident de reprendre une telle activité", nous explique André Robinet, actuel Responsable de l'Union professionnelle des planteurs de tabac en Belgique qui vit ses dernières années faute de relève. "Nous ne recevons plus aucun subside. Ni de l'Europe, ni de la Province et encore moins de la Région wallonne; Et ces jeunes défenseurs de notre patrimoine n'ont pas facile. L'an dernier, Hugo y a été de sa poche de plus ou moins 400 euros. Comment voulez vous que la relève suive?"

Dans les années 80, nous raconte André Robinet, il était parvenu à motiver une vingtaine de jeunes planteurs. Aujourd'hui, il en reste à peine cinq ou six. Le métier est difficile et demande beaucoup d'efforts physiques lors de la plantation, de la coupe et de la mise sous hangar... "Un travail de la terre qui n'attire en effet que peu de monde à l'heure actuelle", ajoute André Robinet.

Le tabac de la Semois présente aussi une caractéristique: ses feuilles sont très basses et on ne peut pas le couper de n'importe quelle manière, le recours à des techniques plus modernes abimerait la récolte. "On préfère alors travailler comme à l'ancienne ou presque, nous explique André Robinet. Aujourd'hui, on utilise une très longue pince qui fait son poids mais c'est quand même mieux qu'au couteau comme le faisaient nos ancêtres."

Hugo travaille avec un autre jeune planteur, François Lejeune. Ensemble, ils vont pendre les plants coupés sur des baudriots et, patiemment, attendre les alentours du début novembre. "A ce moment-là, le tabac sera séché et on pourra effeuiller les plants. Après, viendra l'étape de la mise en ballots et on l'enverra chez le coupeur. Coupé finement et empaqueté, le tabac de la Semois sera prêt vers le mois de février."

Si Hugo Beguin ne pourrait pas vivre de cette seule activité, il reste très attaché à ces pratiques ancestrales. Il reproduit les mêmes gestes que ses ancêtres. "Mais, nous confie ce jeune planteur, je ne sais pas si je vais pouvoir tenir longtemps. C'est sûr que c'est important de garder ce produit du terroir qui est d'ailleurs parfois considéré selon les vrais amateurs comme un millésime, à l'image des grands vins. Mais je peux pas non plus y laisser mon argent. Et si nous ne recevons pas d'aide de la part des pouvoirs publics, je crains que d'ici quelques années, la culture du tabac en bord de Semois ne soit plus qu'un simple souvenir."

En attendant Hugo poursuit sur sa lancée, confiant dans la qualité du produit de cette année. Certain qu'une fois encore le tabac de la Semois franchira les frontières pour satisfaire les grands amateurs de bon produit.

Une denrée rare à consommer presque... sans modération, se plaît-il à dire.