La Wallonie réévalue son patrimoine: 20 biens déclassés pour le moment

La ferme Walkens à Couvin est en voie de déclassement au grand dam de la commune
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La ferme Walkens à Couvin est en voie de déclassement au grand dam de la commune - © Monika Wachter - RTBF

Depuis l'adoption de la loi sur la conservation des monuments et sites en 1931, la Région wallonne a classé 2800 biens.  Aujourd'hui, elle veut mettre de l'ordre dans cet héritage. Elle est en train de réévaluer les monuments classés avec une méthode rigoureuse et homogène.

"L'objectif n'est pas de déclasser à tout-va, explique Maxime Prévot (cdH), le ministre wallon du Patrimoine. On est vraiment dans un nombre extrêmement limité de biens. Mais on le fait pour avoir une cohérence historique et scientifique dans le classement des biens wallons."

Une première partie a déjà été analysée. Sur les 550 maisons, fermes et chapelles qui ont été scannées, 20 seulement sont en voie de déclassement. Dans la province de Namur, trois monuments sont concernés. La décision est appréciée de façon très différente.

Déclassement de la chapelle Saint-Amand à Soye (Floreffe)

Le bourgmestre de Floreffe André Baudson (PS) explique pourquoi le déclassement de la chapelle Saint-Amand construite en 1850 n'a posé aucun problème : "C'est un petit bâtiment qui est intéressant dans son contexte. On a l'habitude de le voir ici. Mais il représente par ailleurs pas vraiment un intérêt architectural, esthétique ou historique."

Le conseil communal avait voté à l'unanimité pour son retrait de la liste du patrimoine classé. Pour les travaux de rénovation de la chapelle, la ville ne pourra donc plus prétendre à des subsides importants qui vont de 40 à 65%. Mais cela ne pose aucun problème à André Baudson, au contraire. "C'est un petit bâtiment qui ne demande pas de gros frais."

Les procédures sont aussi beaucoup plus simples pour demander un petit subside à un autre département. "Plutôt que d'attendre deux ans ou trois ans pour avoir les subventions (pour le bien classé, ndlr), ici, dans quelques mois les subventions peuvent être obtenues."

Il existe effectivement une autre catégorie qui s'appelle le petit patrimoine populaire wallon où le propriétaire peut demander jusqu'à 7500 euros de subsides avec une procédure qui implique beaucoup moins de contraintes. Pour Floreffe, ce qui est important, c'est de garder le classement pour les grands édifices où les travaux coûtent beaucoup plus chers et se chiffrent rapidement en dizaines de milliers d'euros.

À Couvin, le déclassement de la ferme Walkens est très mal perçu

Le bourgmestre de Couvin Raymond Douniaux (PS) se dit déçu par la position du ministre. "Il nous demande notre avis. A l'unanimité, majorité et opposition, on est contre le déclassement, avec une majorité communale quand même socialiste-cdH. Et aujourd'hui, malheureusement, le ministre n'en tient pas compte. Donc l'autonomie communale ne sert à rien."

La ferme Walkens a déjà subi une grosse rénovation il y a vingt ans avec un nouveau toit, des nouveaux châssis et le sablage de la façade. Pour le moment, la commune n'a aucun projet. Mais quand elle aura décidé de la réaffectation future de la ferme, elle ne pourra plus prétendre à un pourcentage de subsides aussi important.

"Avant déclassement, on aurait pu prétendre peut-être à 60% de subsides. Maintenant, on risque d'avoir la moitié, voire même moins."

Le monument Notre-Dame de Hal à Haversin a été déclassé

Henri Focant (MR), l'échevin du Patrimoine de la commune de Ciney, ne comprend pas ce changement dans l'évaluation du monument. "Nous avions eu en 1979 un arrêté de classement qui reconnaissait son caractère authentique, une valeur historique ainsi qu'environnementale. Et maintenant, on nous signifie qu'elle est déclassée, parce qu'elle a une valeur historique faible et un aspect environnemental moyen. Donc les mêmes arguments 40 ans après n'ont plus la même valeur. C'est un peu du yo-yo. C'est ça que nous déplorons."

Mais la commune de Ciney ne va pas laisser la potale Notre-Dame de Hal à l'abandon. Elle s'en occupera. "Mais en conséquence, ce sont les communes à nouveau qui vont avoir cette charge."

Il ne s'agit pas de faire des économies

Le ministre Maxime Prévot réfute l'accusation de vouloir faire des économies. Le budget pour les travaux d'entretien et de restauration des biens classés, reconnus d'intérêt général pour les générations actuelles et futures, reste le même, de l'ordre de 25 millions d'euros.

Pour procéder à ces déclassements, "on a fait appel à des professionnels. Pour être transparent, ce qui nous importe ce n'est pas être dans une démarche où on va satisfaire ou pas satisfaire le propriétaire, mais dans une démarche qui est scientifiquement cohérente, où on va retenir comme biens classés, les biens qui se distinguent, qui le méritent et plus des biens qui ont parfois subi les affres du temps ou qui ont été classés par affinités politiques".

Un cinquième des monuments wallons a déjà été analysé. Le reste suivra.