La girafe est une grue: les coulisses du buzz d'un restaurateur namurois

Une girafe vivante à Namur, c'était une fake-news. Derrière le buzz, le discours équivoque du restaurateur namurois Benoit Gersdorff.
Une girafe vivante à Namur, c'était une fake-news. Derrière le buzz, le discours équivoque du restaurateur namurois Benoit Gersdorff. - © DR

"Faire venir une girafe à Namur, c'était un cou(p) monté," reconnaît Benoit Gersdorff. La girafe, c'est le nom qu'il a donné à une grue élévatrice qu'il a achetée. Le restaurateur et homme d'affaires namurois se targue aujourd'hui d'avoir joué un (mauvais) tour à la presse locale, en dupant au passage aussi de nombreux lecteurs et auditeurs. Nous le reconnaissons, nous nous sommes fait avoir. "Un Namurois achète une girafe vivante pour l'accueillir chez lui" titrions-nous le 12 janvier. L'article a rapidement fait le buzz. Il a été partagé à de nombreuses reprises sur les réseaux sociaux. Mais voilà, il s'agissait d'une fausse information publiée, bien malgré nous, sur notre site d'information.

L'histoire d'un bad buzz

L'annonce faisait la une de Sud Presse ce vendredi 12 janvier. Avant de la relayer ce matin-là, notre rédaction tente de vérifier l'information. Comment ? Le premier réflexe est de contacter Benoit Gersdorff, le supposé nouveau propriétaire de la girafe qui s'exprime dans les colonnes de nos confrères. L'homme répond à notre demande d'interview un peu avant 8 heures du matin. Il confirme tout de go l'info parue dans la presse.

RTBF: "On lit ce matin chez nos confrères de Sud Presse votre projet de faire venir une girafe à Namur. Ce n'est pas une fake news ? Ce n'est pas un poisson d'avril ? C'est bel et bien votre projet ? Comment en êtes vous arrivé à cela ?

B.Gersdorff: "Par hasard, par une rencontre en Italie, d'une personne qui pouvait m'obtenir une girafe. Je n'en cherchais pas mais je me suis dit: pourquoi pas ?

RTBF: "Comment on se dit un matin en se levant: oui, je pourrais accueillir une girafe chez moi"

B. Gersdorff: "C'est une occasion que j'ai saisie (...) La Fondation dans laquelle la girafe se trouve est une Fondation qui s'occupe d'éducation, d'insertion sociale et de technologie du futur dans l'alimentation et la traçabilité des produits. C'est difficile d'avoir de la visibilité en Belgique quand on est une Fondation privée. Donc je me suis dis pourquoi pas. Ca va donner de la visibilité. (...). Les médias, c'est important."

RTBF: "Aujourd'hui les projecteurs sont braqués sur vous. Mais l'idée n'est pas encore concrétisée. Il vous manque des autorisations..."

B. Gersdorff: "Oui on s'en occupe. On a lu l'article (...). On va mettre tout ça en ordre..."

Mensonge par omission

Après coup, en réécoutant l'interview à la lumière de ce que l'on sait aujourd'hui, on se rend compte que notre interlocuteur devient hésitant à cet instant précis. Invité sur le plateau de nos confrères de Canal C, Benoit Gersdorff se vente d'avoir piégé les journalistes, pour faire le buzz, mais sans mentir... Sans mentir, vraiment ? En alimentant sciemment la confusion entre les deux girafes, en oubliant bien de dire la vérité, Monsieur Gersdorff ment par omission.  

Avons-nous pris toutes les précautions avant de publier cette information ? Sans doute pas, mais notre interlocuteur a joué à un jeu dangereux. Au moment où les fake news, lesfausses informations, pullulent sur le web et les réseaux sociaux, le bad buzz de Monsieur Gersdorff nous ramène aux fondamentaux de notre profession : vérifier, valider, décoder l’information, encore plus et toujours plus. Aujourd’hui, nous avons perdu un peu de crédibilité. En se jouant de nous dans un contexte de méfiance envers les médias, Benoit Gersdorff en a perdu beaucoup à nos yeux.  

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