IPM rachète L'Avenir et Moustique à Nethys, les syndicats sont inquiets

 IPM rachète L'Avenir et Moustique à Nethys
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La décision était attendue lundi. Il aura fallu attendre deux jours de plus pour que le conseil d’administration de Nethys valide une répartition dont on entendait parler depuis un certain temps : le journal L’Avenir est racheté par le groupe de presse IPM (La Dernière Heure/La Libre Belgique), qui rafle également les magazines "Moustique" et "Télépocket".

C’est la fin d’un processus (re) lancé à l’arrivée de la nouvelle équipe de direction, dont le CEO Renaud Witmeur. En janvier dernier, le cabinet d’audit EY (ex-Ernst&Young) avait été mandaté pour déterminer la valeur du pôle presse du groupe. Dans un deuxième temps, la banque d’affaires Degroof Petercam a mis sur le marché l’intégralité du pôle presse de Nethys. Outre IPM, Rossel ("Sudpresse", "Le Soir") et Roularta ("Le Vif/L'Express") étaient sur les rangs.

A côté de ces trois groupes belges, un fonds d’investissement allemand, Fidelium Partners, avait montré de l’intérêt. Finalement, il n’aura rien.

Une répartition qui semble logique

Ces décisions du CA de Nethys (qui devront être confirmés par le CA d’Enodia, la maison mère de Nethys) semblent assez logiques. Rossel dispose déjà d’une importante présence régionale avec " Sudpresse ", le risque d’une situation de monopole existait, alors qu’en face, IPM est moins bien implanté localement.

L’Avenir, la DH et la Libre Belgique semblent donc assez complémentaires. Par ailleurs, un rôle concernant la gestion du journal pour la coopérative " Notre Avenir " est prévu, ce qu'IPM a toujours pris en compte, nous revient-il.

Le groupe francophone s'occupe déjà de la version belge de "Paris-Match", à voir désormais comment "Moustique", vénérable magazine créé il y a bientôt un siècle (1924) par la maison d’édition Dupuis, va s’intégrer dans IPM.

Ces ventes marquent la fin du rêve de l’ancien patron de Nethys Stéphane Moreau de créer un grand acteur public de presse écrite, qui puisse bénéficier de la force de frappe de l’opérateur VOO. Ces " synergies " attendues n’ont jamais vu le jour.

En 2013, lors de son rachat par Tecteo, "L’Avenir" était en un journal en bonne santé financière. 7 ans plus tard, les déficits se sont creusés de façon structurelle. C’est désormais à IPM de relancer le titre qui a fêté ses 125 ans l’an dernier.

L'AJP prend acte

La société des rédacteurs (SDR) et de la délégation de l’association des journalistes professionnels (AJP) des Éditions de L’Avenir prennent acte de cette décision: "Aujourd’hui, une page est tournée. SDR et AJP seront attentives au projet qui doit se construire, au respect de toutes les rédactions, bien évidemment, mais aussi de toutes les équipes de L’Avenir, qui ont tenu le navire à flots malgré les turbulences. En espérant que ce dernier va profiter de la formidable occasion qu’il a d’intégrer à son groupe de presse la Coopérative Notre avenir créée par le personnel de L’Avenir, ses lecteurs, sympathisants, des communes etc.

Les deux organisations feront aussi attention aux statuts de chacun et au maintien de toutes les rédactions locales, au respect de l’indépendance de chaque rédaction du groupe de presse, "en bonne intelligence" et "sans nouveau plan de restructuration ou nivellement social par le bas". Avant de conclure: "La qualité de l’information, l’offre pluraliste de contenus originaux, la proximité avec les lecteurs sont l’ADN des Éditions de l’Avenir. La SDR et l’AJP y veilleront demain, comme elles l’ont fait par le passé, dans un esprit constructif et dans le dialogue."

Les syndicats sont inquiets

Pour la Centrale nationale des employés (CNE), l’annonce de la reprise des Editions de l’Avenir IPM "laisse le sentiment désagréable de se voir servir un plat que nous n’avons pas commandé". "Nous ne faisons pas de procès d’intention aux candidats qui étaient en lice pour la reprise du journal, et nous n’avons aucune exclusive, mais nous ne savons pas si les demandes des syndicats ont été entendues, de même que celles de la coopérative, qui doit être intégrée dans le nouveau Conseil d’administration", explique le syndicat dans un communiqué.

Le syndicat lié à la CSC se demande si le groupe IPM a réellement les reins assez solides pour reprendre un troisième journal et pour investir dans ce nouvel outil. "Nous sommes inquiets pour l’emploi, car l’adossement à un groupe de presse belge implique une série d’économies d’échelle, qui risquent de toucher les services administratifs, mais aussi la rédaction."

Selon la CNE, l’Avenir est un journal complet, avec un ton propre, et ne peut pas être vidé de sa vision du sport, de la culture et l’info nationale et internationale : "Nous n’avons, à cette heure, aucune garantie pour l’emploi. Pour rappel, le personnel sort à peine d’une restructuration douloureuse, les syndicats n’accepteront pas une nouvelle braderie de l’emploi."

Le syndicat espère être autour d’une table avant que les décisions ne soient prises et être entendus avant qu’Enodia ne rende la décision finale. La vente doit également encore avoir l’accord de la tutelle et des autorités de la concurrence. L’acquisition devrait devenir effective vers le mois d’octobre.

Reportage à Namur dans notre journal de la mi-journée

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