"Il faut sauver…" le crapaud sonneur à ventre jaune, l'amphibien le plus menacé de Belgique

Le crapaud sonneur à ventre jaune est l’amphibien le plus menacé de Belgique, avec seulement quelques milliers de spécimens recensés dans notre pays. La faute à l’industrialisation progressive de nos contrées, au cours des deux siècles derniers, qui a impacté l’environnement naturel de ces petits crapauds. Pour éviter une extinction, désormais, on les reproduit avant de les réinsérer en milieu carrier.

Dans les laboratoires du Domaine des Grottes de Han, se trouve une véritable pouponnière, dédiée à cette espèce de batracien : plus de 750 têtards y sont nés ces dernières semaines. À cinq semaines, une cinquantaine d’entre eux sont suffisamment grands pour être réintégrés en milieu naturel. "Ils ont atteint un stade de développement qui est optimal pour le lâcher : ils ont les quatre pattes, la queue est en train de se résorber. Donc là, ils vont passer en phase terrestre, et c’est le bon moment pour le transfert", explique Anthony Kohler, responsable adjoint du parc animalier, armé de son épuisette pour rassembler les têtards. "À partir de nos quatre mâles adultes et nos quatre femelles adultes, on réalise un projet d’élevage pour reproduire ces animaux. On les élève ici, et quand ils sont à la limite de devenir matures, on va les réintroduire dans le milieu naturel", ajoute-t-il.

Direction, ensuite, une carrière de grès proche de Malmedy, pour y relâcher les têtards. À deux pas des engins de chantier et des ouvriers, l’endroit peut sembler surprenant, et pourtant… "C’est vraiment l’activité d’extraction des carriers qui crée les milieux qui conviennent à cette espèce. Elle cherche des mares temporaires, qui s’assèchent régulièrement, plusieurs fois par an, pour se reproduire", évoque Thierry Kinet, responsable du suivi des populations d’amphibiens chez Natagora.

"C’est assez impressionnant de se dire que cet animal a failli disparaître parce que son habitat a disparu principalement à cause de nos activités, et qu'aujourd’hui on voit que nos activités recréent des habitats propices à cette espèce. C’est très intéressant, car il y a une certaine boucle qui est en train de se fermer", ajoute Anthony Kohler des Grottes de Han.

Les 700 têtards nés aux Grottes de Han seront progressivement relâchés, au cours de l’été. L’idée est de procéder à ce type de réinsertion durant 3 ans, afin de parvenir à pérenniser cette population en milieu naturel.

Une espèce presque disparue en Belgique

Le sonneur à ventre jaune avait pratiquement disparu en Belgique. "Elle a failli disparaître dans les années 1980, et a été sauvée, in extremis, par un naturaliste. On est depuis une dizaine d’années sur différents projets de réintroduction de cette espèce, qui reste l’amphibien le plus rare de Belgique", relate Thierry Kinet de Natagora, "Les populations sont en train de se développer. On espère arriver au point où elles seront viables. On ne se fixe pas nécessairement d’objectif en termes de nombre d’individus ou de nombre de sites, c’est quelque chose qui sera évalué au cours du temps, notamment en fonction du changement climatique".

"La première grosse étape, pour eux, va être de survivre à l’hiver : il y a quand même pas mal de mortalité naturelle pendant cette période. Mais ensuite, une fois adultes, ils n’ont plus de prédateur. Il y a donc environ 80% des adultes qui arrivent à survivre d’un hiver à l’autre", explique Thierry Kinet. Avec 750 têtards nés à Han, "c’est difficile d’estimer combien arriveront à l’âge adulte à Malmedy, mais au minimum plusieurs dizaines".

Life in Quarries : réinsérer la faune en milieu carrier

Cette réintroduction du crapaud sonneur à ventre jaune n’est pas un cas isolé. En effet, vingt-six carrières wallonnes font partie du projet "Life in Quarries" ("la vie dans les carrières"), lancé en 2015.

Ce projet est financé par la Fédération de l’Industrie Extractive et Transformatrice de Belgique (FEDIEX), la Région wallonne et la Commission européenne, à hauteur de 5 millions d’euros, et est coordonné avec Natagora, le Parc Naturel des Plaines de l’Escaut et Agro-Bio Tech Gembloux.

"Le but est de tirer profit des opportunités des carrières, qui sont des zones particulières pour la biodiversité. Et donc de sensibiliser les carriers à la biodiversité que l’on retrouve dans leurs carrières, et à ce qu’ils peuvent faire pour la favoriser", explique le coordinateur du projet auprès de la FEDIEX, Alexandre Sneessens, "On les sensibilise, on les forme, et on fait en sorte qu’ils aient un plan d’action pour le long terme pour pouvoir maintenir les espèces concernées sur leurs sites".

Reportage du journal télévisé du 10/07/2020

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK