Grognon : de la destruction du cœur historique de Namur à la construction de la Confluence (photos)

Ce 18 septembre, le nouvel espace Confluence sera officiellement inauguré. C’est l’une des réalisations phare du bourgmestre cdH Maxime Prévot. L’ouverture de cette nouvelle place publique tente aussi d’effacer 50 ans d’errance, ainsi que le traumatisme des 2000 habitants du quartier de la Sarasse, le cœur historique de Namur depuis la préhistoire, rayé de la carte au début des années 70.

Les souvenirs d’un quartier populaire

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Le commerce de la famille Romedenne, détruit avec le quartier de la Sarasse © Famille Romedenne

"C’est ici que nous avions notre maison. Juste au coin de la rue du pont et de la rue de l’hôpital." Au pied de la Citadelle, sur le trottoir de l’actuel Parlement wallon, Jean-Paul Romedenne et son frère Christian se souviennent précisément de l’endroit où se trouvait leur maison familiale : "Ma chambre était là", indique Jean-Paul, nostalgique. "Mon père tenait un commerce de tabac cigares. Il y avait trois vitrines. C’était un quartier vivant où tout le monde s’entendait. Tout le monde se connaissait et s’entraidait."

"C’était comme un village, un quartier très populaire", se souvient Christian. "On nous appelait les sarrasins. Près de chez nous, il y avait un bistrot qui s’appelait Le chaland, où les gens se mélangeaient. Il y avait des professeurs, des écrivains et puis beaucoup de bateliers."

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Jean-Paul et Christian Romedenne sont nés dans le quartier de la Sarasse, aujourd’hui disparu. © RTBF

Je voyais ma mère dépérir à vue d’œil

Jean-Paul, le frère cadet, a vécu dans le quartier jusqu’à ses quinze ans. A la fin des années soixante, lui et sa maman ont été expropriés. Ils ont dû quitter la maison familiale, la mort dans l’âme : "Le comité d’acquisition a commencé à faire à des rondes dans les maisons condamnées. Et j’ai vu ma mère dépérir. C’était son gagne-pain. C’était tout ce qu’elle savait faire, le commerce."

Située à dix mètres de l’hospice Saint-Gilles qui abrite aujourd’hui le parlement de Wallonie, la maison des Romedenne a été rasée comme l’ensemble du quartier. "C’est une partie de mon enfance qui a été rasée", insiste Jean-Paul. "On n’a jamais compris pourquoi on a rasé le quartier. C’était une erreur", ajoute Christian.

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L’ancien quartier autour du Parlement wallon © Romedenne

Jacque Etienne, l’ex-bourgmestre de Namur a, lui aussi, bien connu ce quartier disparu. Et il n’a pas peur de dire que ses prédécesseurs se sont trompés : "C’était une erreur monumentale. C’était un très beau quartier, vivant, populaire… On aurait jamais dû détruire cet endroit magnifique."

Cinquante ans d’attente

Depuis la destruction des dernières maisons du quartier, au début des années 70, le Grognon n’a pas fière allure. Pourtant, les projets se multiplient pour tenter de redonner une nouvelle vie au confluent. Mais aucun ne semble conquérir le cœur des Namurois. Les autorités communales préfèrent laisser du temps au temps. Les chantiers de fouilles archéologiques se succèdent, s’éternisent parfois. Et le site devient un parking à ciel ouvert.

En 1995, un projet sérieux semble pourtant se dessiner, le projet Botta. Mario Botta est un architecte suisse, auteur d’un dessin audacieux, un bâtiment censé abriter l’hémicycle du parlement régional sous une coupole monumentale, ainsi qu’une maison parlementaire en forme de bateau ancrée dans la Meuse.

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Le projet Botta © Tous droits réservés

Soumis à la consultation populaire, cet impressionnant paquebot sera massivement coulé par les Namurois, lors d’un vote organisé en 1996. Le Parlement wallon s’installera finalement dans l’ancien hospice Saint-Gilles, l’un des rares vestiges de l’ancien quartier.

Il faudra attendre 2014, presque vingt ans plus tard, pour que la nouvelle Confluence se dessine.

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Le projet Confluence © De Graeve -Nonet – Duchêne

Financée par le programme Feder 2014-2020, Namur peut enfin réinventer son quartier historique. Le site ne redeviendra pas un quartier de logements mais il sera occupé par une vaste esplanade toute en rondeurs, terminée par un bâtiment intégralement vitré, à la pointe du confluent. Le projet permet aussi de raccorder Namur à Jambes, grâce à la construction de l’Enjambée, une passerelle cyclo piétonne qui atterrit désormais sur la dalle de la Confluence.

Sous la Confluence, l’histoire de Namur depuis la préhistoire

On dit du Grognon qu’il est le berceau de la capitale wallonne. Grâce à des décennies de fouilles, l’archéologie peut, à présent, confirmer cette affirmation. "C’est un berceau qui a connu plusieurs moments importants de Namur", précise Raphaël Van Meechelen, archéologue à l’Agence wallonne du patrimoine.

"À la préhistoire, les premiers chasseurs-cueilleurs s’y installent vers 8500 avant J-C. À l’époque romaine, c’est un sanctuaire, un lieu public. À l’époque mérovingienne, c’est un port. Au Moyen-âge, les comtes de Namur décident d’urbaniser le site. C’est un berceau oui, mais aux naissances multiples, avec naissances et renaissances sous des formes diverses de la ville de Namur."

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Le confluent vers 1575 © Belfius

"C’est une caractéristique de Namur. Son centre historique a été démoli pour des raisons propres à l’époque moderne et aux années soixante", remarque Rahaël Van Meechelen, l’archéologue de l’agence wallonne du patrimoine.

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Le Grognon avant 1828 © AWAP

Pour la première fois dans l’histoire du site, le grognon n’est plus un lieu où vivent les Namurois : "Depuis les démolitions des années 60-70, le quartier a perdu cette fonction d''habitat. Ceci dit, il reste encore quelques portions comme la rue Notre-Dame où subsistent des portions de vie urbaine mais la nouvelle esplanade remplace effectivement un quartier disparu."

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