Brisbois à Namur: la chute du commerce photo face à Internet

La société Brisbois a déposé le bilan ce mardi. Les deux magasins sont fermés aux clients,
5 images
La société Brisbois a déposé le bilan ce mardi. Les deux magasins sont fermés aux clients, - © Laurence LENNE - RTBF

C'est une illustration des difficultés d'un commerce de proximité face au succès d'Internet. Le magasin Brisbois, spécialisé en photographie, a déposé le bilan ce mardi (le 13 septembre) au Tribunal de Commerce. L'enseigne historique implantée depuis plus de 60 ans à Jambes et à Namur-Centre a pourtant tenté de se diversifier pour résister au commerce en ligne. Mais ça n'a pas suffi.

Les deux magasins fermés depuis vendredi soir

Les volets des magasins de Jambes et de Namur (en face de la gare) ont fermé vendredi et ne se sont plus relevés depuis, plus aucun client à l'intérieur donc et les 11 travailleurs sont en attente. "Le tribunal de commerce décidera si c'est la faillite ou pas ce jeudi " explique l'administrateur délégué de la société Nicolas Attout. "Au vu des difficultés que nous avons connues ces dernières années, (une procédure de réorganisation judiciaire et un plan de redressement en décembre 2015), il semble que nous nous dirigions malheureusement vers une faillite".

Le rachat de la société Brisbois en 2011 

De Brisbois, les deux magasins de vente et d'appareils photo n'avaient plus que le nom. En septembre 2011, il y a tout juste 5 ans, Nicolas Atout et la société de son papa spécialisée dans l'audiovisuel (P.S.A) avaient repris l' enseigne namuroise implantée à Jambes et Namur depuis plus de 60 ans. "Il y a eu deux générations Brisbois dans ces magasins. Au départ, il y avait 3 boutiques mais le magasin du passage de la Monnaie près de l'Inno avait déjà fermé quand on a racheté. Le personnel est celui de l'enseigne initiale Brisbois. Ce sont des passionnés, et pour la plupart, ils n'ont jamais travaillé qu'ici. C'est un drame pour ces 11 personnes!"

Mais Nicolas Attout veut encore y croire : "Si la faillite est prononcée jeudi et qu'un curateur est désigné, nous espérons un repreneur. Peut-être pour une partie de l'activité  seulement mais un repreneur!".

La faute aux smartphones et à Internet

"Quand nous avons repris Brisbois il y a 5 ans, bien sûr le secteur de la photo était en pleine mutation mais pas comme maintenant" soupire Nicolas Attout. "En 2011, on parlait déjà d'achats en ligne, mais du coté des appareils photo, en Wallonie, c'est en 2013 que nous avons ressenti le succès croissant des achats en ligne et l'effet sur nos chiffres. Face aux prix bas pratiqués sur Internet, on essayait de descendre les nôtres, alors du coup, on rentrait moins d'agent dans les caisses évidemment. A ajouter à cela la vente des smartphones avec lesquels on peut réaliser des photos à la qualité de plus en plus performante. Du coup, on savait que nous ne pouvions plus centre nos activités que sur la vente d'appareils. Il fallait se diversifier et nous l'avons fait". 

Autre facteur défavorable selon le patron de Brisbois, les travaux dans Jambes en 2011 et 2012. "Nous venions d'arriver, ça a été un coup dur pour nous. Les clients ne savaient plus se garer dans Jambes, ils venaient beaucoup moins. Il y a eu aussi le départ de notre  directeur commercial qui connaissait bien le marché et le magasin. Tout cela a été un tout qui explique le déclin depuis 2011."

Se diversifier mais pas suffisant 

Alors, face à cet ensemble de facteurs qui assombrissent l'aspect financier de la société, en 2013, l'enseigne propose des cours photo dans son magasin: des formations d'un jour payantes organisées le samedi, "un succès! Le nombre d'inscrits n'a cessé d'augmenter depuis 3 ans" précise Nicolas Attout. Il y a eu aussi l'ouverture d'un studio photo et la création en 2015 d'un  Photocenter qui propose de commander l'impression de photos en 1H à partir de son smartphone. "Tous formats, impression rapide de très bonne qualité, et ça fonctionne très bien aussi". Cela  fonctionne mais pas suffisant pour sauver toute la barque Brisbois. "Les créanciers on doit les payer depuis notre plan de redressement, et ça ne suffit pas. L'entreprise, c'est un tout".  

Jonathan Lesceux étudie le commerce de proximité à l'UCM (l'Union des Classes Moyennes). Cette diversification pour lui est un passage obligé pour un commerce du secteur de la photo. "Ils ont visiblement essayé et c'est ce qu'il fallait faire. On constate que dans le secteur photographique, de plus en plus d'achats passent pas internet. Mais il ne faut pas forcément vendre en ligne pour tenir le coup (ce que faisait d'ailleurs Brisbois). Car on voit qu'en Belgique, les acheteurs sur internet achètent bien davantage sur des sites étrangers que sur des belges". N'oublions pas le déclin récent de Photohall et de Kodak, tout cela prouve que le secteur de la photo trinque ces dernières années. Ce n'est pas propre à Namur cette fermeture. Mais une aussi vieille enseigne à deux doigts de la faillite, ça fait mal aux namurois bien sûr".

L'espoir maintenant chez Brisbois c'est un repreneur pour au moins une partie de l activité. Le tribunal de commerce de Namur doit se prononcer sur une possible faillite ce jeudi 15 septembre.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK