Assises d'Arlon : une octogénaire dans le box des accusés

Un procès des plus particuliers a débuté ce matin devant la cour d'assises du Luxembourg à Arlon. Particulier au vu de l'âge de l'accusée : Clara Maes a 89 ans. Elle doit  répondre du meurtre de son amie, Suzanne Thibeau, 93 ans au moment des faits. Des faits qui remontent au 3 janvier 2015 à Libramont. Ce jour-là, le corps sans vie de Suzanne Thibeau est  retrouvé, dans son habitation par un couple d'amis venu lui présenter leurs bons vœux pour l’année nouvelle. La victime est allongée au sol, sur le dos, sa tête dans une mare de sang.  Si la première hypothèse est  celle d’une chute, la piste accidentelle est  écartée le soir même du 3 janvier, lorsque le responsable des pompes funèbres, constate, en procédant à la toilette du corps,  une entaille au niveau du cou. Une enquête s'ouvre alors, un  médecin légiste est désigné, le dossier est mis à l’instruction.

Très vite la piste criminelle est privilégiée. L'autopsie révèle 12 coups au niveau du crâne, une arme piquante ou tranchante a nécessairement été utilisée. Et on  retrouve chez la victime, deux couteaux ensanglantés.

Mobile du meurtre : une histoire d’héritage ?

Clara Maes, son amie de longue date, qui  avait l’habitude de l’aider dans ses tâches quotidiennes, est à priori la dernière personne à avoir vu la victime ce samedi 3 janvier 2015. Des images de caméras de surveillance de commerces proches de l'habitation de Suzanne Thibeau en attestent. Entendue dans la foulée, Clara Maes  nie toute implication dans les faits.

Néanmoins l'enquête se poursuit et des traces ADN de la victime sont notamment retrouvées dans le véhicule de Clara Maes. Il apparait aussi certaines contradictions dans ses déclarations. C'est seulement 6 mois après les faits que Clara Maes est inculpée de meurtre. L'un des mobiles pourrait être une histoire d'héritage. Suzanne Thibeau était financièrement aisée et d’après le testament de la victime, Clara Maes devait hériter d'une partie de la fortune de Suzanne Thibeau.

Aujourd’hui, Clara Maes nie toujours  avoir tué son amie.  Que s'est -il passé le 3 janvier 2015 ?  L'argent est-il au cœur de cette affaire ? Des questions auxquelles va devoir répondre ce procès.  Le procès est prévu pour cinq jours. La défense espère que ce soit plus court au vu du grand âge de l’accusée. Son avocate, Emilie  Romain rapporte que la constitution du jury mercredi dernier a  déjà été très éprouvante pour sa cliente :

Quand on l’a ramenée au home, elle a fait un petit malaise, était-ce  la fatigue ou autre chose, je ne sais pas mais  je crains en tout cas pour la semaine car  je ne suis pas sûre qu’elle tiendra des journées entières sur sa chaise.  Je pense que l’interrogatoire de Clara Maes sera relativement  bref car elle ne se rappelle pas de grand-chose, ses souvenirs sont erronés. De plus, beaucoup de témoins sont aussi très âgés, donc je crains qu’on ne puisse pas balayer l’entièreté du dossier à cause des absents ".  

" Je ne me rappelle pas "

Ce matin, après la lecture de l'acte d'accusation, a eu lieu l'interrogatoire de l'accusée, mais cette dernière n'a pas été très loquace. A de nombreuses questions, elle a répondu : " je ne me rappelle pas". 

Ainsi, Clara Maes affirme ne pas se souvenir d'être la nouvelle héritière principale de Suzanne Thibeau. Elle ne se souvient pas non plus si elle a discuté avec la victime le jour des faits, aucun souvenir non plus d'avoir été interrogée par la police… Bref difficile pour le président de la cour, Philippe Gorlée d'avoir des explications. Aucun avocat n'a posé de questions.  Néanmoins, Marc Kauten, avocat des parties civiles n'est pas surpris de ce l'attitude de Clara Maes  : 

Je n’attendais rien de bon de la part de Clara Maes.  Elle ne sait plus…C’est une fuite. Elle est parfaitement consciente.  Et nous soulèverons ses contradictions. Je ne manquerai pas de relire ses premières déclarations et de dire que cela va à l’encontre de ce que les témoins vont nous dire. "

Lundi après-midi, les enquêteurs ont retracé les différentes étapes de l’enquête, ensuite, différents témoins ont été entendus. L'audition des témoins se poursuit ce mardi.  

A la fin de la première journée du procès, Clara Maes a fait savoir qu’elle ne se sentait pas bien mais l’audience s’est malgré tout poursuivie. A voir comment elle va vivre les prochains jours de ce procès. 

Notons que l'accusée n'a jamais été placée sous mandat d'arrêt et comparait libre à son procès. Elle vit dans une maison de repos du Centre-Ardennes.

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