Voici comment la ville de Huy prépare (ou pas) la sortie du nucléaire

A l'hôtel de ville de Huy, l'après-Tihange a commencé en mode mineur...
A l'hôtel de ville de Huy, l'après-Tihange a commencé en mode mineur... - © Tous droits réservés

La centrale de Tihange, c'est un moteur de l'économie hutoise. Pas seulement pour les emplois qu'elle procure, mais encore par les impôts qu'elle paie: ses contributions représentent, ces dernières années, un tiers du budget communal, 15 millions sur 45, approximativement.

Alors forcément, en bord de Meuse, la confirmation par le Premier ministre de la "sortie du nucléaire" en 2025 transforme la question de politique énergétique en problématique de fiscalité locale, et en enjeu pour les six années qui vont suivre le scrutin d'octobre .

La ville n'a-t-elle pas anticipé ?

Depuis trois ans, une sorte de cagnotte d'une dizaine de millions a été provisionnée. De quoi tenir juste quelques mois après l'arrêt des réacteurs. Ce qui fait dire aux écologistes notamment que la majorité hutoise, les majorités hutoises, ont manqué de précaution.

A les en croire, la municipalité flamande de Beveren, là où se situe Doel, a commencé beaucoup plus tôt à se constituer un bas de laine. Sauf que'ils ont déjà été grignoter les provisions, lors des pannes, lors de l'affaire des micro-fissures et de l'affaire du sabotage.

Le bourgmestre Christophe Collignon refuse pour sa part d'entrer dans le débat sur les responsabilités du passé. Il dit s'attacher à trouver le juste équilibre entre deux nécessités: l'épargne et l'investissement. Oui, il faut mettre maintenant de l'argent de côté, mais c'est maintenant également qu'il faut utiliser les moyens financiers dont la ville dispose encore pour soigner son attractivité, pour entrer en reconversion, pour développer ses atouts touristiques, pour rénover son patrimoine.

Faut-il s'attendre au pire ?

L'arrêt de Tihange va "libérer" des terrains réservés et des installations non-nucléaires qui peuvent être valorisés: elles sont idéalement situées en termes d'accessibilité, puisque des voies rapides ont été tracées dans les alentours, en cas d'évacuation et d'alerte radioactive. Elles peuvent accueillir des activités de logistique, par exemple, d'autant qu'elles peuvent se connecter au transport fluvial. De nouveaux emplois, donc, de nouvelles rentrées dans les caisses de l'administration communale....

Et puis, sur le site, un long chantier de démantèlement va suivre, avec encore de nombreux travailleurs. Ce qui amène à relativiser l'imminence d'une catastrophe.

Il y a taxes...et taxes

Actuellement, c'est principalement par les additionnels au précompte immobilier que le groupe Engie Electrabel finance la ville. En partie perçu pour les installations techniques, les outils: ça, ça s'arrête en cas de fermeture (ça s'interrompt d'ailleurs dès à présent lors des arrêts temporaires). Mais pour une autre partie, calculé sur la valeurs des bâtiments, sur les briques. Et ça, ça ne disparaît pas du jour au lendemain.

C'est d'ailleurs le point de départ d'une réflexion, et même d'une étude juridique: il convient d'envisgaer une mutation taxatoire, de changer la façon de ponctionner Engie Electrabel. Parmi les pistes évoquées, une taxe sur les déchets qui pourrait frapper les piscines de stockage de combustible usagé, ou encore une taxe sur les immeubles inoccupés. Ces changements passent sans doute par d'âpres négociations....

Un appel à l'aide régionale

Des négociations doivent également être menées avec les autorités de tutelles, à différents niveaux. Depuis quarante ans, les hutois sont "défavorisés", "désavantagés", dans la répartition du fonds des communes. Ils reçoivent moins que d'autres, précisément parce qu'un critère nucléaire a été introduit dans le mode de calcul, pour tenir compte des versements d'Engie Electrabel.

Mais la fin de Tihange doit logiquement entraîner une révision à la hausse des subsides régionaux. Les pourparlers sur ce point ne s'annoncent pas de tout repos.

Alors, impréparation ? Improvisation ? A chacun d'apprécier le degré d'urgence à mener publiquement un débat qui tôt ou tard va devenir majeur.

 

 

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