Verviers: quatorze ans requis contre un sexagénaire pour incendie volontaire mortel

Le Palais de Justice de Verviers
Le Palais de Justice de Verviers - © RTBF

Le procureur du Roi de Verviers a requis vendredi devant le tribunal correctionnel de Verviers une peine de 14 ans de prison à l'encontre d'Edgar Bodarwé, un Waimerais de 65 ans poursuivi pour l'incendie volontaire de son établissement (en mars 2012), le Vieux Sultan, incendie lors duquel sa mère Olga Christian (88 ans) est décédée.

Le parquet estime qu'il s'agit d'une "juste peine" en regard de la gravité des faits, mais surtout de la réaction que le prévenu a eue lorsqu'il s'est rendu compte que l'incendie se propageait et que sa mère logeait à l'étage. "Il a eu 45 minutes pour la sauver et malgré qu'il avait son GSM, il n'a pas appelé les secours."

Le ministère public estime que la personnalité développée par le prévenu ne permet pas de rassurer la société sur une éventuelle récidive. "La personnalité est contenue car il ne doit plus faire face à des problèmes."

Le procureur a aussi tenu compte de sa détention, longue de 13 mois, et de sa réinsertion depuis sa sortie de prison il y a quatre ans.

De son côté, Me Uerlings, l'avocat d'Edgar Bodarwé, a plaidé vendredi devant la chambre criminelle du tribunal correctionnel de Verviers une peine maximale de cinq ans de prison avec sursis, probatoire si nécessaire.

Des difficultés financières à l'origine de l'incendie

"Le jour des faits, je devais remplir les cuves à mazout. Je devais aussi réparer des chambres froides. Je ne savais pas comment j'allais payer tout cela. Cela me travaillait. Je me suis assis. J'ai bu du café et du cognac et puis j'ai mis le feu à l'établissement avec un brûleur se trouvant dans la cuisine. Je voulais en finir avec l'établissement, mais avec le recul, je me demande pourquoi", a-t-il déclaré au tribunal.

Il ressort du dossier qu'Edgar Bodarwé, qui était en personne physique, était criblé de dettes. Il parle de 500 000 euros. "Je sais que j'étais en retard de paiement de mon assurance. Je n'ouvrais plus mes courriers, mes rappels", a-t-il ajouté.

L'analyse financière a par ailleurs démontré que l'établissement manquait de liquidité et que lors d'un trimestre de 2011, soit quelques mois avant l'incendie, 60 000 euros avaient disparu des caisses sans que le prévenu ne puisse l'expliquer.

Selon lui, sa mère et son frère s'opposaient à l'intrusion de son épouse dans les comptes. De par sa profession au sein des contributions au Grand-Duché de Luxembourg, elle aurait pu lui être utile.

Interrogé sur l'incendie du restaurant, le sexagénaire a déclaré qu'il était resté un long moment sans réaction puis, en voyant l'incendie se développer et pris de panique, il a simulé une agression pour éviter le jugement de ses proches quant à sa décision de mettre le feu à l'établissement, dans la famille depuis 90 ans. "Et c'est seulement en voyant arriver les pompiers que j'ai pensé à ma mère qui dormait à l'étage", a-t-il ajouté.

Selon le dossier, sa mère se montrait distante, froide. Le Waimerais s'occupait énormément d'elle. Il l'accompagnait dans ses déplacements et lui préparait ses repas. "C'était une charge, mais, même si elle était plus proche de mon frère que moi, je ne lui en voulais pas. Elle était secrète, elle ne partageait rien avec moi", a expliqué le sexagénaire, qui ne cesse de penser aux faits et à leurs conséquences depuis ce 2 mars 2012.

Depuis sa sortie de prison en avril 2013, le restaurateur a repris pied dans la vie professionnelle au sein d'un établissement de Malmedy. Il a été suivi durant deux ans pour ses problèmes d'alcool et par un psychiatre pour discuter de la disparition de sa mère.

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