Verviers un an après: les effets positifs pour la communauté musulmane

Franck Amin Hensch, l'imam de la plus importante mosquée verviétoise
Franck Amin Hensch, l'imam de la plus importante mosquée verviétoise - © CECIV

L'opération antiterroriste menée à Verviers le 15 janvier 2015, qui a coûté la vie à deux hommes soupçonnés de préparer un attentat, a-t-elle changé quelque chose pour la communauté musulmane verviétoise. Un an après celle-ci, Franck Amin Hensch, l'imam de la plus importante mosquée de Verviers, y voit un effet plutôt positif.

" Ça a été un coup de tonnerre au sein de la communauté musulmane, qui a poussé beaucoup de Musulmans à se remettre en question. Je pense que c’est un aspect positif. Beaucoup de jeunes ont vraiment voulu aller encore plus vers l’autre, et donc ça a permis une prise de conscience et la mise en place de différentes initiatives d’ouverture vers les autres. Ca a vraiment poussé beaucoup de personnes à se dire : allez, il est temps qu’on aille les uns vers les autres et qu’on arrête de s’ignorer gentiment. Même les autorités politiques, essentiellement l’ancien bourgmestre Marc Elsen, ont voulu venir vers les jeunes musulmans. Il y a depuis lors eu différentes initiatives qui se poursuivent", explique-t-il.

Parmi ces initiatives, figurent notamment des opérations "portes ouvertes" dans les mosquées, une initiative que l’imam prévoit de renouveler. Quant à savoir si l’opération antiterroriste de janvier 2015 et les attentats de Paris ont créé une division entre ceux qui condamnent et ceux qui soutiennent, Franck Amin Hensch se veut clair : " La très grande majorité condamne mais je pense aussi qu’on a réussi à passer un cap psychologique. La critique interne a été beaucoup mieux acceptée. Certains discours, dans la communauté, qui n’appellent pas à la violence mais qui sont des discours marginalisant, de fermeture et de rupture avec la société, sont de plus en plus critiqués aujourd’hui en interne. C’est pour moi très salutaire ", ajoute-t-il.

Critique

Suite à cette opération et aux attentats de Paris, il a aussi beaucoup été question de prévention du radicalisme. Et cette politique, l'imam verviétois l'égratigne quelque peu.

" On est beaucoup aujourd’hui dans le sécuritaire et dans des solutions rapides, sans une réelle réflexion en amont. Les vraies causes du radicalisme aujourd’hui ne sont pas traitées. Je pense que c’est vraiment ça qui manque ", juge Franck Amin Hensch. " Il faut se remettre en question et se dire : pourquoi un jeune issu de notre société déteste-t-il celle-ci ? Pourquoi un jeune qui a grandi dans nos écoles –on ne parle pas de gens immigrés mais de jeunes qui ont grandi dans nos quartiers- n’a-t-il aucune affection pour ce pays. Je dirai même plus, il a une haine car c’est un enfant non voulu, non accepté par la société, parfois. Il y a donc des torts partagés, mais il est un peu trop facile de dire que tel courant musulman en serait la cause. Il ne suffit pas de dire que l'on va faire une pièce de théâtre et sauver l’humanité, ou encore quelques capsules vidéo pour lutter contre le radicalisme… Je ne dis pas qu’il ne faut pas faire ce genre de choses, mais le vrai travail est de donner une perspective d’avenir à ces enfants. C’est montrer qu’ils font partie de la société; c’est avoir dans nos quartiers des espaces verts, etc. Si on ne change pas ces politiques, je pense malheureusement qu’il sera difficile d’enrayer ce fléau".

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