Une motion de méfiance mixte : voici comment le PS compte éjecter Muriel Targnion

Istasse, Aydin, Lambert, Targnion
Istasse, Aydin, Lambert, Targnion - © Belga, RTBF, Facebook, Sophie Lambert

Pas de démission, pas besoin de renoncer au poste de bourgmestre, pas besoin de bourgmestre provisoire, le PS verviétois pense avoir trouvé LE système pour pousser Muriel Targnion dehors, installer Jean-François Istasse comme bourgmestre et conserver leurs postes à Hasan Aydin et Sophie Lambert. Il suffit d'une motion de méfiance mixte. 

Le PS n'en fait pas mystère : il veut éjecter Muriel Targnion et donner son fauteil à Jean-François Istasse. Jean-François Istasse est le septième élu. En principe, ce n'est pas lui qui doit succéder à Muriel Targnion, c'est Hasan Aydin. Et si ce n'est pas Hasan Aydin, c'est Sophie Lambert. 

Le PS ne veut ni de l'un ni de l'autre pour diriger la Ville. Ils sont trop impliqués dans la polémique récente. Mais pour ne pas les mécontenter, parce que le PS a besoin de leurs voix, il faut que l'un puisse rester président du CPAS et l'autre échevine. Selon le code de la démocratie locale, c'est impossible. Qui renonce au poste de bourgmestre renonce à siéger dans un collège. Il a donc fallu trouver un système.

Une motion de méfiance mixte

Depuis plusieurs jours, on entendait parler de démissions pour Hasan Aydin et Sophie Lambert. C'est ce que nous disait Jean-François Istasse en interview : "si on démissionne du conseil communal, on peut très bien être reproposé comme échevin [hors conseil]. C'est ce que nous comptons faire". En réalité, ce n'est pas ce que le PS a imaginé.

Il s'agit plutôt de présenter une motion de méfiance mixte, à la fois individuelle et collective. Cette motion serait signée par tous les membres de la nouvelle majorité à mettre en place. 

Dans sa partie collective, cette motion désavouerait le collège sortant. Dans sa première partie individuelle, elle destituerait Muriel Targnion. Sa deuxième partie individuelle serait dirigée contre Hasan Aydin et Sophie Lambert. Elle expliquerait que ni l'un ni l'autre ne conviennent comme bourgmestre.

L'important ici, c'est la notion de "renoncement volontaire". Le code de la démocratie locale établit que "Le conseiller qui renonce à exercer la fonction de bourgmestre [...]  ne peut être membre du collège communal." Dans le système imaginé par le PS, ni Hasan Aydin, ni Sophie Lambert ne renonceraient volontairement. 

"Rien ne nous empêcherait ensuite" nous ont expliqué plusieurs sources socialistes "de leur rendre leurs postes d'échevine et de président du CPAS". Ces éminences socialistes nous assurent que le système "a été validé par plusieurs juristes".

Geoffrey Grandjean, politologue à l'Université de Liège ne s'offusque pas : "le code de la démocratie locale ne dit rien à ce propos. Il y a un vide juridique. Or, tout ce qui n'est pas interdit est autorisé. La question de la légalité, elle sera tranchée dans un deuxième temps, soit par la tutelle, soit par le Conseil d'Etat si quelqu'un conteste cette façon de faire". 

Un système compliqué

Le politologue directeur du CRISP Jean Faniel juge le système très compliqué. Il souligne qu'un autre mécanisme existe déjà. Le "décret Charleroi" permet, en cas de démission collective du collège, de choisir un bourgmestre sans tenir compte des règles de désignation automatique. 

Mais ce système ne fait pas l'affaire des camarades verviétois. Il faudrait un bourgmestre provisoire qui serait Hasan Aydin... ce qui n'arrangerait pas les ex-dissidents qui avaient signé contre lui. Et il n'est pas plus évident qu'Hasan Aydin accepterait de renoncer à un poste de bourgmestre, même provisoire.

"La situation est relativement pourrie" poursuit Jean Faniel. "Elle est peu lisible. Et le manque de confiance étant là, on essaie de faire un scénario qui ne capote pas mais qui apparaît comme très tiré par les cheveux. Aller expliquer ça à la population risque d'être compliqué !" 

La bourgmestre, Muriel Targnion, exclue du PS (JT du 30/07/2020)

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