Une Fête du cramignon, en attendant une éventuelle reconnaissance par l'UNESCO

Cramignon à Roclenge
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Cramignon à Roclenge - © Alain Dethise

Les cramignons, ces danses traditionnelles, de la Basse-Meuse seront-ils un jour reconnus comme patrimoine immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, dans un premier temps, puis de l'UNESCO, dans un second ? Si l'idée a été lancée en 2014, le dossier n'a finalement été déposé à la Fédération Wallonie-Bruxelles qu'il y a quelques mois. Le groupe de travail qui l'a concocté croise les doigts. En attendant, il organisera le 18 mai prochain une première "Fête du cramignon". Elle aura lieu aux Pays-Bas, dans la commune frontalière d'Eijsden. Car, beaucoup l'ignorent, cette tradition existe des deux côtés de la frontière belgo-néerlandaise. En cours de route, le projet de reconnaissance est d'ailleurs devenu bi-national, comme l'explique Alain Dethise, membre du Comité de travail UNESCO et auteur d'ouvrages sur le cramignon: "Ici en Wallonie, le processus était un peu tombé dans l'oubli. C'est un échevin d'Eijsden-Margraten qui l'a relancé. On s'est vu. Il y a eu des réunions. On a décidé de pratiquer des échanges. Des comités wallons sont allés voir des cramignons du Sud-Limbourg et des comités du Sud-Limbourg sont venus voir les cramignons bassi-mosans. Nous espérons qu'avec notre candidature double, ce sera plus facile pour accéder à l'UNESCO."

Une découverte pour la plupart

Ce projet de reconnaissance a permis à beaucoup de redécouvrir l'existence d'une tradition commune des deux côtés de la frontière. "Moi je le savais, parce que je me suis un peu spécialisé dans les cramignons.", relève Alain Dethise, "Mais, en Basse-Meuse, 99% des gens ne le savent pas. Qui va aller un lundi soir à Mheer ou à Eijsden, en sachant qu'il y a un cramignon, s'il ne se renseigne pas sur facebook ou sur internet? C'est très, très, très localisé, dans le Sud du Sud-Limbourg, vraiment entre Maastricht et la frontière belge. Même les Néerlandais ne le savaient pas du tout. Pour eux, ça a été une grande surprise. Et quand ils ont vu les cramignons de Hermalle, ils ont franchement été très, très, très, très surpris." 

Similitudes et différences

Si des deux côtés de la frontière belgo-néerlandaise, les traditions sont assez semblables, des différences existent toutefois. "Les points communs, c'est la musique, un rythme bien spécial, sinon on ne sait pas danser le cramignon, c'est qu'on se tient par la main, c'est le cramignon, c'est la danse.", note Alain Dethise, "Mais il y a beaucoup de différences. A Eijsden, par exemple, c'est une demoiselle qui mène le cramignon, la "reimeid", alors que chez nous, en Basse-Meuse, c'est toujours un "capitaine", un garçon, qui le fait. Il n'y a pas non plus aux Pays-Bas de "lieutenant", c'est-à-dire de garçon à la fin avec un deuxième bouquet. C'est le dernier qui est là, sans plus, sans bouquet, sans signe distinctif. Autre différence: les chants. Dans les airs hollandais, il y a très peu de paroles, tandis qu'en Basse-Meuse, nous avons beaucoup de chants tirés du folklore wallon ou tirés des oppositions entre les différents comités rouges et bleus, raillant les uns les autres et s'en moquant. Il n'y a pas non plus de compétition aux pays-Bas, puisque les cramignons n'ont pas lieu aux mêmes moments. Alors qu'ici en Belgique, à Haccourt, Hermalle, Eben-Emael etc, le cramignon rouge et le cramignon bleu sortent en même temps et gagne la société qui peut faire sortir le plus de couples possible." 

La première Fête du cramignon aura donc lieu le 18 mai à Eijsden. L'an prochain, il est prévu qu'elle se déroule en Belgique, à Oupeye. Les organisateurs espèrent en faire un rendez-vous annuel.

 

     

Archives: Journal télévisé 16/09/2000

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