"Tu ne vaux rien": la terrible violence psychologique vécue par les femmes battues

"Tu ne vaux rien !" La terrible violence psychologique vécue par les femmes battues
"Tu ne vaux rien !" La terrible violence psychologique vécue par les femmes battues - © Tous droits réservés

A l’heure où notre société met en avant la lutte contre le féminicide… A Liège, le refuge pour femmes battues est saturé.

A Liège, le Refuge qui gère 53 places d’accueil est saturé

A Liège, le Collectif contre les Violences familiales et l’Exclusion gère 53 places d’accueil. Elles affichent toujours complet. L’institution existe depuis plus de 40 ans. En 2018, 132 femmes et enfants y ont été hébergées. Pour 250 demandes refusées. Marie -C’est un prénom d’emprunt- elle, a été accueillie il y a à peine deux semaines. Elle parle pour toutes ces femmes victimes de violences conjugales qui n’osent pas s’exprimer. Au-delà des coups, elle dénonce aussi les dégâts provoqués par les violences psychologiques qu’elle a subies. "C’était beaucoup des humiliations, de la dévalorisation, du rabaissement. Il me disait "Tu ne vaux rien, tu n’as pas de cerveau, tu ne mérites rien, tu dois dire merci pour ce que je te donne, c’est moi qui amène tout à la maison.

"Tu es personne, tu n’es pas femme, tu es annulée, tu es annihilée" témoigne Marie

Tu es personne, tu n’es pas femme, tu es annulée, tu es annihilée. On est des mamans, on a des enfants et surtout si on a des filles, tu penses toujours pour elles, si elles vont subir la même chose. Comment tu vas pouvoir éviter ça, qu’il lui arrive ça. Tu vis avec des années, avec toutes ces violences-là parce que c’est considéré comme le stéréotype parce que c’est normal dans un ménage, il n’y a personne qui va te croire. Où vas-tu aller parler, ils vont te prendre pour une folle parce que souvent, c’est ça, tu arrives dans un état assez extrême. Quand, finalement, tu prends la fuite parce que tu as peur pour ta vie". Vous avez été où ? "Je suis venue dans la rue, j’ai appelé la police. C’était jour férié, donc il n’y avait personne, ils ne m’ont pas aidée ce soir-là, ils m’ont laissée dans la rue. Je suis revenue le jour d’après, je suis tombée sur un inspecteur qui, vraiment, a compris et on est intervenu pour aller chercher mon enfant. Je suis arrivée en urgence aussi parce que j’étais en contact depuis deux mois en attendant. Et ce soir-là, j’ai dit "Vous devez me prendre, je n’en peux plus, je suis dehors, je ne sais pas où aller. S’il y a des autres femmes comme ça, qu’elles sortent, qu’elles osent parler, elles ne sont pas toutes seules."

"Je n’ai pas porté plainte à la police parce que j’ai peur" témoigne Fatou

Fatou est hébergée depuis 10 mois au refuge avec ses 3 petits enfants. "Il me privait de beaucoup de choses en me disant "N’allume pas la TV parce que c’est moi qui paye la facture, c’est moi qui paye le loyer, c’est moi qui fais ça… Je peux te retirer ta carte d’identité, tu vas rentrer au pays". Donc, ça me faisait vraiment mal parce que j’ai une petite fille et j’avais peur que si je rentrais au pays, ma fille soit excisée". Au-delà des coups, il y avait toute cette violence psychologique ? "J’ai tout vécu, des violences physiques, financières, tout, tout, tout". Vous n’avez toujours pas porté plainte auprès de la police ? "Non, je ne l’ai jamais fait. Je n’ai pas porté plainte parce que j’avais peur, je ne savais pas quoi dire, je n’avais pas de preuves. Il me privait de mon téléphone, je ne pouvais pas prendre de photos ni rien". Pourtant, vous aviez des traces de coups ? "Oui, j’avais des traces de coups que la dame de l’ONE a vues mais je niais. Elle me disait "Tu as des traces, on t’a frappée ?" Et je répondais "Non, non, on ne m’a pas frappée, je suis tombée". Par contre, vous vous êtes adressée au centre d’accueil, ici, vous êtes hébergée depuis 10 mois ? "Quand j’ai été hébergée ici, ça m’a prouvé que je suis une femme forte de m’être sortie d’enfer de la maison. Donc, je me sens bien".

703.000 euros : Christie Morreale double le budget wallon contre les violences faites aux femmes

Lors de sa visite vendredi dans l’institution, la ministre wallonne des droits des femmes, Christie Morreale a promis avec 400.000 euros, de doubler le budget de la lutte contre les violences faites aux femmes en 2020. Pour notamment sécuriser le financement des centres d’accueil pour femmes battues. La ministre annonce aussi un ambitieux plan de lutte contre les violences à l’égard des femmes d’ici 5 ans. Reste à en déterminer les mesures concrètes.

0800 30030 : un numéro vert et gratuit pour sortir de l’isolement

Pour sortir de l’isolement et lutter contre les violences conjugales, un numéro vert et gratuit est à la disposition des victimes mais aussi des témoins, des professionnels et des auteurs : le 0800 30030. En 2018, la ligne a reçu plus de 15.000 appels, plus de 40 par jour !
 

 

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