Taxe kilométrique camions: "C'est 12 fois plus cher que l'eurovignette"

Taxe kilométrique poids lourds : "C’est 12 fois plus cher que l’eurovignette"
Taxe kilométrique poids lourds : "C’est 12 fois plus cher que l’eurovignette" - © ERIC LALMAND - BELGA

Ce vendredi 1er avril entre en vigueur en Belgique, la nouvelle taxe au kilomètre pour les camions de plus de 3 tonnes et demie.

Tous les camions, belges ou étrangers, qui empruntent le réseau de notre pays doivent être équipés d'un boitier permettant de géolocaliser le véhicule. Une taxe sera perçue pour chaque kilomètre parcouru sur le réseau autoroutier mais également sur certaines routes nationales. Comme son collègue belge, le représentant des transporteurs français FNTR demande son report, tandis que l'industrie alimentaire craint de perdre 456 emplois.

Des actions en justice

Cela entre en vigueur un 1er avril mais cela ne fait pas du tout rire les transporteurs. Le secteur annonce déjà une pluie d'actions en justice. Un tiers des entreprises belges de transport sont déjà en grandes difficultés.

"Un transporteur qui effectue 80 000 km par an payera 8000 euros au lieu des 1250 qu’il payait pour l’eurovignette. C’est donc une explosion de la fiscalité sur le transport routier" explique Michael Reul, porte-parole de l'Union professionnelle des transporteurs routiers.

Cela pourrait mettre mon entreprise en péril en me privant de salaire

Julien Beauvois a deux camions. Le Sprimontois est patron et chauffeur, il n'a qu'un employé. Pour lui, cette taxe est insoutenable: "C'est 12 à 13 fois plus que ce que je payais pour l'eurovignette. Il faudrait compter en moyenne 19 500 euros l’année. Je pourrai répercuter 65% de cette taxe mais les points de liaisons ne sont jamais couverts. Cela pourrait mettre mon entreprise en péril en me privant de salaire. Je ne peux même pas utiliser une route alternative qui pourrait limiter ce surcoût puisque même la nationale va être payante".

Etat des routes

"Je suis tout à fait conscient que certaines routes sont une honte mais je souhaite une taxe équitable. Que l’on triple l’eurovignette mais je ne comprends pas une augmentation 12 ou 13 fois plus importante. Que les sociétés qui transitent dans notre pays et qui n’apportent rien économiquement parlant au pays, je peux le comprendre mais pour les sociétés qui fait rentrer de l’argent dans l’économie du pays, je trouve ça complètement aberrant", poursuit Julien Beauvois.

Cette taxe, c'est un clou de plus dans le cercueil, estime le secteur qui n'entend pas se laisser faire.

Cette taxe est purement et simplement illégale

"Dès qu’arrivera la première facture, nous allons choisir un dossier pour contester la légalité de la perception kilométrique. La facture est totalement incontrôlable et nous avons un éminent avocat qui a déclaré que cette taxe était purement et simplement illégale parce qu’elle violait une série de réglementations sur le respect de la vie privée. Il y a donc une série d’arguments que nous allons présenter devant les tribunaux dans les semaines et mois à venir", prévient Michael Reul.

Les recettes iront au consortium privé qui a pré-financé toutes les installations, puis aux Régions pour l'entretien des routes.

Pas assez d’OBU pour couvrir la France

Dans un communiqué, le représentant des transporteurs français FNTR (Fédération nationale des Transports routiers) demande lui le report de la taxe kilométrique.

La FNTR explique que sur 10 000 véhicules français, plus de 3 000 se trouvent dans l'incapacité de se doter d'un boitier OBU. "L'opérateur Satellic annonce que certains boîtiers réceptionnés par les transporteurs seraient défaillants et que la fourniture des OBU ne pourra se faire qu'à ceux qui ont passé commande avant le 20 mars 2016. L'opérateur renvoie vers les points de service aux frontières dont l'approvisionnement n'est pas garanti", explique la FNTR.

"Les transporteurs français n'ont pas à subir les manquements évidents de l'opérateur dans la gestion de ce dispositif et notamment l'absence de période de test et de plan de secours pour pallier les dysfonctionnements inévitables dans ce projet d'envergure", estime la fédération qui déplore que des véhicules français pourraient être passibles d'une amende dès vendredi.

La FNTR demande donc un report de l'introduction du système et affirme qu'elle aussi "entreprendra les recours nécessaires contre toute action qui viserait des entreprises n'ayant pu s'équiper".

456 emplois menacés dans l'industrie alimentaire

Même volée de bois vert de la part de la Fédération de l'industrie alimentaire (Fevia) pour laquelle il serait illusoire de croire à l’efficacité de la taxe kilométrique pour les poids lourds.

Se basant sur une étude de Transport and Mobility Leuven (TML), elle avance que "pas moins de 456 emplois" de l'industrie alimentaire seront directement menacés par la nouvelle mesure.

"Le Bureau fédéral du Plan a démontré à maintes reprises qu'une taxe au kilomètre destinée uniquement aux poids lourds n'était pas une bonne mesure pour résoudre la congestion de nos routes", appuie la Fevia.

Pour elle, cette nouvelle taxe équivaudra, pour le secteur, à deux sauts d'index consécutifs. "Avec la taxe au kilomètre, les coûts du transport des produits alimentaires risquent d'augmenter de 150 millions d'euros" alors que les concurrents étrangers ne paient pas cette taxe quand ils exportent en dehors de la Belgique. "Cette mesure rend donc nos entreprises moins compétitives et menace des emplois et la prospérité en Belgique, sans pour autant résoudre le problème de mobilité…Si les résultats de l'étude de TML sont confirmés dans la pratique, les mesures d'accompagnement annoncées devront être considérablement étendues."

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