Sur autoroute, 1 accident mortel sur 3 est dû à une absence de vigilance

La somnolence au volant d’une voiture, d’un camion ou d’une moto, tue chaque année au niveau mondial entre 260.000 et 390.000 personnes sur les routes, ce sont les chiffres de l'OMS. Pour démontrer que le phénomène peut toucher tout le monde, même les plus aguerris, un chauffeur routier a effectué un test sur la route. Il était équipé d'une technologie de pointe permettant de détecter les absences de vigilance. 

Il est 21 heures, Alain Durant, chauffeur routier depuis 25 ans et président du syndicat de chauffeurs "SECOP-ITSRE", vient de prendre la route. Pas de chance, la météo n'est pas bonne. Pourtant devant lui, 11 heures de voyage. Non pas pour rejoindre les Alpes ou le sud de la France mais pour effectuer un test sur les absences de vigilance au volant en parcourant toute la Belgique. Equipé d'une étrange paire de lunettes, il va pouvoir analyser ce phénomène peu connu. Alain Durant explique: "En réalité, tout le monde ressent un peu de somnolence plusieurs fois par jour, c'est un phénomène tout à fait naturel.  L'absence de vigilance se produit exactement dans la petite phase entre une période d'éveil et une période d'endormissement.  Ça peut intervenir après deux minutes de conduite, comme ça peut intervenir deux heures après avoir pris le volant.  Ça peut arriver à n'importe quel moment".

Intensité de la somnolence

Sur nos autoroutes, ces absences seraient responsables d'un accident mortel sur trois. "Seraient" car en réalité le phénomène est pratiquement impossible à détecter. A moins que le conducteur porte ces lunettes munis d'une technologie de pointe belge qui filme la pupille. Alain en sera équipé durant toute la nuit. "Au niveau de la pupille, ça reflète vraiment ce qu'on a dans le cerveau. Ça donne en réalité le nombre de minutes où j'ai été somnolent et surtout, et c'est ce qui est très important dans ce genre de recherches-là, c'est l'intensité de la somnolence", explique Alain.

Pour éviter au maximum ces somnolences, Alain avait bien dormi la veille. Au cours de son trajet, il s'est arrêté cinq fois. Il a bu beaucoup d'eau mais pas de café. Cela a-t-il été payant? Quelques jours plus tard nous le retrouvons chez Phasya, l'entreprise qui a conçu ces lunettes, afin d'analyser les résultats. Clémentine François est ingénieur bio-médical et administratrice déléguée de Phasya, elle explique les résultats: "A partir de 21 heures, quand il a démarré jusqu'à environ 3 heures et demi, on n'a pas observé du tout de somnolence, c'est un éveil parfait.  Par contre, à partir de 4 heures et demi, on voit l'apparition d'un peu de somnolence modérée et également de la somnolence que nous considérons assez élevée".

Et par exemple, entre 4 heures et demi et 5 heures et demi, Alain a eu dix minutes d'absence de vigilance.  Il a même, durant quelques instants, frôlé l'endormissement. Des résultats auxquels il ne s'attendait pas. "Quand j'ai eu les pics de 9 sur l'échelle de 10, ce qui veut dire pratiquement endormi, je ne m'en suis même pas aperçu, je ne l'ai même pas ressenti.  C'était dans une phase où j'étais un peu somnolent, je l'avais indiqué sur un carnet, mais jamais, jamais, à aucun moment, je n'ai eu le sentiment de m'endormir.  C'est ce qui est assez impressionnant dans l'examen".

Pour que les conducteurs puissent prendre conscience qu'ils somnolent, plusieurs constructeurs automobiles souhaitent installer la technologie de Phasya dans les tableaux de bord des voitures. Elle préviendrait l'automobiliste à chaque fois qu'une absence serait détectée.  Les premières voitures devraient être équipées d'ici deux ans. 

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