Stéphane Moreau, le socialiste aux deux visages

Stéphane Moreau, l'homme à deux visages, patron d'entreprise et bourgmestre élu de Ans.
Stéphane Moreau, l'homme à deux visages, patron d'entreprise et bourgmestre élu de Ans. - © ERIC LALMAND - BELGA

Face affable, pile brutal, Stéphane Moreau est à la fois politicien et grand patron d'entreprise. Bourgmestre socialiste d'Ans et administrateur-délégué de Nethys, société de droit privé dont les capitaux sont publics. Aujourd'hui l'homme est au cœur du scandale Publifin qui n'en finit pas d'agiter la politique belge. Portrait.

Une enfance modeste

Stéphane Moreau est né à Paris le 26 mai 1964. Il a été élevé à Ans par ses grands-parents, dans un milieu modeste. Son grand-père était cheminot et socialiste. Le jeune homme s'est affilié au PS le jour de ses seize ans. Il a été très proche de Michel Daerden, son père en politique, qu'il a fini, en mars 2011, par pousser vers la sortie. Parce que Michel Daerden freinait ses ambitions communales.

Stéphane Moreau, c'est un homme du sérail. Conseiller au cabinet d'Alain Van der Biest (ministre PS des Pouvoirs locaux de 1990 à 1992). Chef de cabinet du bourgmestre de Liège Henri Schlitz (PS) alors qu'il n'avait pas 30 ans. C'est lui qui a été envoyé fin des années 1990 pour remettre de l'ordre chez les pompiers de Liège. "Avec moi ça ne marche pas comme ça" martelait-il à l'époque en évoquant des problèmes d'alcoolisme chez les hommes du feu liégeois.

Dans l’ombre des intercommunales

Ambitieux, autoritaire, intelligent, Stéphane Moreau est longtemps resté dans l'ombre en politique. Ses ambitions, il les a d'abord réalisées dans les intercommunales. Chez les pompiers, au Palais des Congrès de Liège, ensuite à partir de l'association liégeoise d'électricité (ALE), en créant l'empire Tecteo-Nethys-Publifin-Voo.

Tu vas te taire ? c’est moi qui parle !

Comme patron, sa réputation n'est pas celle d'un tendre. Dans cette vidéo de 2007 ressortie par le magazine Medor, Stéphane Moreau s'adresse violemment à une syndicaliste en pleine réunion d’entreprise (à 3:50).

Un homme de pouvoir qui ne dit rien de son argent

Stéphane Moreau, c'est un homme de pouvoir. Il a accumulé les mandats. Bourgmestre d'Ans, administrateur-délégué de l'IGIL (Intercommunale de gestion immobilière), vice-président de la société de logements du plateau d'Ans, administrateur d'EDF Luminus, de Meusinvest, de Publipart, de la Socofe, et patron de Nethys.

Tous ces mandats sont rémunérés. Stéphane Moreau a aussi la réputation d'être un homme d'argent. Combien gagne-t-il ? Des chiffres en centaines de milliers d'euros ont été cités. Mais lui ne communique pas sur le sujet. Il suit un conseil de Michel Daerden : ne rien en dire. Ce sera toujours trop.

Affaires judiciaires

L'année dernière, Stéphane Moreau a été soupçonné d'une fraude à l'assurance. L'examen de l'affaire a été renvoyé à une date indéterminée. Il a aussi été pointé du doigt par le magazine Médor pour avoir fait payer des billets d'avion à la société Ogeo Fund et avoir tenté de faire passer son voyage à Abu Dhabi pour un séjour de travail.

Une lettre datée d'octobre 2008 et envoyée à la procureure du roi de Liège l'accusait de soutien détourné à la campagne électorale de candidats socialistes, de saucissonnage de marchés publics, et de harcèlement moral. Son domicile et son bureau avaient été perquisitionnés, mais aucune inculpation n'a été prononcée. Stéphane Moreau, à la suite de ces accusations, disait "garder la tête froide".

Le club des 5 Liégeois

Stéphane Moreau, fils politique de Michel Daerden, est au centre des réseaux de pouvoir socialistes liégeois. D'anciens membres démissionnaires des comités de secteur de Publifin-Tecteo expliquent que c'est lui qui négociait et proposait aux mandataires ces postes rémunérés et peu gourmands en temps de travail.

Il est l'un des cinq alliés à la tête de la Fédération liégeoise du PS, avec Jean-Claude Marcourt, les sérésiens Alain Mathot et André Gilles et Willy Demeyer qui se vante de lui avoir mis le pied à l'étrier.

Désormais, au PS, rester bourgmestre et patron d'une entreprise à capitaux publics n'est plus possible. C'est une mesure ad hoc "spéciale Stéphane Moreau". Il s'agissait pour lui de renoncer, soit à son revenu principal, celui de patron de Nethys, soit à la base de son pouvoir politique: Ans. Stéphane Moreau a donc fait le choix de démissionner de son poste de bourgmestre d'Ans.

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