Safran Aeroboosters a réussi : voici sa pièce pour respirateur clonée

Le débitmètre
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Le débitmètre - © Safran Aeroboosters

Ce morceau de tuyau est un débitmètre. C'est une pièce de respirateur, une pièce indispensable, qui s'use très vite et qui est devenue introuvable sur le marché. Il a fallu deux semaines aux ingénieurs de Safran Aeroboosters pour arriver à la copier. L'entreprise la fournira gratuitement aux hôpitaux qui en auront besoin. 

DU MATERIEL MEDICAL PAR UN SPECIALISTE DU MOTEUR D'AVION

Ce débitmètre permet de contrôler la quantité d'air qui arrive dans les poumons du malade. Avec l'épidémie, les hôpitaux risquaient d'en manquer. Aujourd'hui, ce risque s'éloigne. "Un peu moins de deux semaines après avoir commencé nos études sur ce débitmètre de remplacement", raconte François Lepot, le directeur général de Safran Aeroboosters, "nous venons de réussir à faire fonctionner une pièce clonée sur un respirateur. Et elle fonctionne exactement comme la pièce d'origine. Nous avons acheté du matériel pour pouvoir en produire une centaine dès maintenant". 

Le travail  a été difficile, "parce que le débitmètre comprend beaucoup de composants différents et il faut arriver à la recréer en n'ayant aucun matériel de base. Ce n'est pas notre spécialité puisque nous on est dans l'aéronautique et pas dans le médical. Mais on a décortiqué la pièce, compris comment elle fonctionnait, racheté ou fabriqué nous-mêmes tous les composants pour arriver à fabriquer exactement la même, qui doit fontionner avec la même précision.

UN TUBE DE QUELQUES CENTIMETRES 

La pièce est en plastique et en métal, "il y a du silicone, c'est un tube qui fait une dizaine de centimètres de long, deux ou trois centimètres de diamètre, avec des fils à l'intérieur qui permettent, par résistance électrique, de mesurer la quantité d'air qui passe par la machine.

Une cinquantaine de personnes et plusieurs sociétés ont travaillé pour y arriver. Les deux principaux partenaires de Safran sur le projet sont l’Institut Von Karman et la société Any-Shape. Il a fallu d'abord mesurer en détail ce qu'était la pièce et ce qui la composait. "On a ensuite analysé tous les micro-composants qui sont à l'intérieur, puis essayé de recréer la pièce, soit par de l'impression 3D, soit par l'achat de matériel sur le marché mondial, soit en s'adressant à des sociétés belges qui peuvent produire des composants équivalents.  

UN FIL STOCKÉ A NEW-YORK... EN CONFINEMENT

On a été très vite pour l'impression 3D des pièces les plus faciles, par contre pour les composants sensibles à l'intérieur, on a dû aller en chercher à l'étranger ou  les recréer avec d'autres entreprises wallonnes. On a buté pendant quelques jours sur le fil de résistance qui était stocké à New-York." Finalement, c'est avec un fil trouvé en Angleterre qu'ils ont réussi à fabriquer quelque chose d'équivalent.  

La demande d'un débitmètre de remplacement venait du groupe CHC à Liège. "C'est donc pour eux qu'on va le faire. La pièce est spécifique à un type bien particulier de respirateur. Tout autre hôpital qui aurait ce respirateur et des problèmes d'approvisionnement peut avoir notre copie. Notre but n'est pas de n'aider que le CHC, mais de faire en sorte que toute la Belgique ait des respirateurs qui tournent en continu dans les semaines qui viennent". 

C'EST GRATUIT 

Toutes ces livraisons seront gratuites annonce Safran. "Notre but n'est pas de faire du business, c'est juste de donner un coup de main." Une cinquantaine de personnes, tous métiers confondus, ont travaillé sur le projet. "Ils sont payés pour ce travail. Ce sont des ouvriers, des employés, des ingénieurs, qui ont tous travaillé de bon coeur, tous extrêmement enthousiastes".   

Safran prête aussi du personnel directement aux hôpitaux : "On les aide à obtenir du matériel qui est manquant. Nous avons des filiales à l'étranger et des champions du monde de la supply chain, des gens qui sont habitués à ch ercher les pièces manquantes chez tous les fournisseurs. J'ai donné comme défi à mes équipes d'arriver à trouver ce que personne n'arrive à trouver. Dans un certain nombre de cas, nous sommes arrivés à trouver des stocks en Chine, aux USA ou en Australie, qui sont en train de transiter vers  la Belgique pour compenser certains manques dans certains hôpitaux. 

UN PREMIER DEBITMETRE CLONÉ FONCTIONNE DEJA

C'est une méthode qui est très efficace parce que là, on a le matériel d'origine et on n'a pas le délai nécessaire pour qualifier les produits comme on vient de le faire avec le débitmètre." 

Le premier débitmètre, celui qui a été testé, fonctionne déjà maintenant sur un respirateur au CHC. Puisque celui-là a réussi les tests, Safran Aeroboosters est prête à lancer la production.