Robert Stéphane, ancien administrateur général de la RTBF, est décédé

Robert Stéphane a été un touche-à-tout de génie de l'audiovisuel. Il est décédé brutalement, ce samedi, d’une hémorragie cérébrale. Il allait avoir 86 ans. 

Robert Stéphane a été le premier visage du journal télévisé, à l'automne 56. A l'époque, la RTBF s'appelle encore INR, et se contente, sur les petits écrans, de relayer les bulletins de nouvelles de la télévision française. Mais lors de la crise du canal de Suez, c'était devenu intenable. Il a fallu improviser, en quelques heures, pour se passer du "Relais de Paris". "C’est la première fois, ce soir là, le 6 novembre 1956 que j’ai mis ma tête devant une caméra de télévision", se rappelait-il en en 2013. "Le patron me dit: 'Écoutez, il se passe quelque chose de grave'. Les ambassades arabes sont venues protester auprès du ministre belge des Affaires étrangères en demandant : 'Est-ce que vous êtes solidaires de nos agresseurs, est-ce que vous jouez avec les Français contre nous en diffusant ce journal télévisé ? Ou est-ce que vous allez arrêter ça ?'. Et le ministre dit : 'Non nous allons arrêter ça.'"

Créateur des décrochages régionaux

Mais évidemment, sa brillante carrière ne se résume pas à ce fait d'armes. Véritable "drogué de l'information", il a posé sans relâche son regard malicieux sur l’évolution du monde, avec une incroyable capacité à humer l’air du temps, ce qui l’a conduit à lancer notamment un magazine radiophonique aux accents féministes ou encore les premières émissions pour les consommateurs.

Régionaliste convaincu, il a créé, en octobre 68, les "décrochages" matinaux sur les émetteurs liégeois du deuxième programme, l'ancêtre de Vivacité. Avant-gardiste résolu, il s’est ensuite lancé dans les nouvelles technologies expérimentales, avec l’opération Perceval, avec les premiers télétextes, et l’ébauche de la télé à la demande.

Il a été parmi les premiers à percevoir les potentialités artistiques des images électroniques, et il a partagé ses découvertes avec les diffusions des travaux de nombreux viodéastes de renommée internationale, dans l'émission "Vidéographie".

Visionnaire enthousiaste, plus qu'homme de rigueur

Il a été désigné administrateur général de la RTBF au milieu des années '80. C'est à ce moment qu'il a dû affronter des circonstances budgétaires difficiles: presque forcé et contraint, c'est lui qui a introduit la publicité sur les antennes du service public. Mais, dans le même temps, fidèle à ses principes et sous son impulsion, la RTBF est restée la seule et unique chaîne, sur le continent européen, à maintenir en "prime time" un grand magazine hebdomadaire de reportages.

A l'âge d'être pensionné, il n’a évidemment pas pris sa retraite : il a été recruté pour présider la télévision bosniaque OBN, financée par les Etats-Unis, pour tenter d’asseoir la démocratie dans cette république déchirée par les guerres entre yougoslaves. Il a toujours été le premier à rire de cette incongruité, d’avoir été  en dépit de sa réputation de gauchiste, embauché par la secrétaire d’Etat américaine, la très conservatrice Madeleine Albright.

Vidéo: Robert Stéphane, invité du journal télévisé en octobre 2013

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