Quels sont le parcours et la destinée des réfugiés arrivés en Belgique?

Que deviennent les réfugiés arrivés par milliers en Belgique, en provenance de Syrie bien-sûr, d'Irak, d'Afghanistan mais aussi d'Afrique? En août 2015, plus de 4 500 demandes d'asile avaient été enregistrées. En province de Liège, huit centres de la Croix-Rouge avaient été ouverts pour en accueillir plus de 2 600.

Portrait de trois d'entre eux, installés à Liège:

Melchior Simba: un opposant politique au Burundi

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Quel est le parcours et la destinée des réfugiés arrivés en Belgique? © Tous droits réservés

Juin 2015. Melchior Simba, avec d'autres cadres politiques, s'oppose au troisième mandat que brigue illégalement le président du Burundi, Pierre Nkurunziza, dont il est par ailleurs un proche collaborateur. Une pétition circule. Le chef d'Etat ne voit pas cela d'un bon oeil. Considéré comme un traître, Melchior Simba se retrouve sur la sellette et n'est désormais plus en sécurité. Le 26 juin, il fuit d'abord au Rwanda avec sa femme et ses deux filles, âgées respectivement de 19 et 5 ans.

Mais pour quitter l'Afrique, où sa vie et celle des siens sont en danger, il a besoin d'un visa qui ne peut lui être octroyé qu'au Burundi. Melchior Simba prend le risque d'y retourner, incognito, accompagné de sa fille aînée. Une fois le visa en poche, il repart pour le Rwanda où l'attendent sa femme et sa plus jeune fille.

Le 12 juillet 2015, la famille Simba quitte le "Pays des Mille Collines". Le lendemain, 13 juillet, arrivée à Bruxelles. Après un passage obligé par l'Office des Etrangers tous trois sont transférés le 15 juillet au Centre de demandeurs d'asile de la Croix-Rouge de Bierset, en région liégeoise.

Confronté à la promiscuité

Lorsque Melchior et sa famille arrivent à Bierset, c'est un choc. "On s'est retrouvé en présence d'un très grand nombre de personnes de nationalités diverses, à une multitude de comportements culturels différents" explique Melchior Simba "la transition a été brutale car, après avoir vécu pendant une vingtaine d'années dans un certain confort, chez soi, se retrouver du jour au lendemain dans un centre d'accueil pour réfugiés, dans un endroit inconnu, sans plus aucune intimité...mais il a bien fallu s'adapter car il n'y avait pas que nous dans cette situation".

Une nouvelle vie commence

En janvier 2016, après six mois passés à Bierset, en possession de ses papiers qui attestent de son statut de réfugié politique, Melchior Simba emménage avec sa femme et ses enfants dans un appartement à Liège. L'asbl liégeoise "Live in Color" créée en juin 2015, qui promeut la solidarité et le vivre ensemble, donne un sacré coup de main pour l'installation de la famille Simba. Les membres de l'asbl se mobilisent en leur apportant du mobilier, des vêtements...bref, de quoi se créer petit à petit un nouveau nid.

"On est arrivé sans rien en Belgique raconte Melchior Simba,"ils nous ont comblés et rendu le sourire".

Je ne suis pas venu pour dormir

Melchior Simba, 53 ans, déjà détenteur de plusieurs diplômes universitaires en Afrique, a suivi une nouvelle formation au CERES, le Centre de Recherche pour l'Environnement et la Santé de l'Université de Liège. Il compte poursuivre ses études universitaires et trouver un travail. " Je ne suis pas venu ici pour me tourner les pouces et dormir. Je suis actuellement un Master en Sciences du Travail en horaire décalé, ce qui me permet de chercher un emploi" précise Melchior Simba "je prépare ma session de juin mais je suis aussi occupé avec mon travail de fin d'études qui a pour thème l'intégration socio-professionnelle des réfugiés". Je pense qu'un jour je trouverai une institution, une association, un service qui appréciera mon profil, qui reconnaîtra mon expérience. Je suis optimiste et patient, il faut donner le temps au temps. C'est mon principe, un jour ça ira".

Melchior Simba ne perd pas l'espoir de retourner un jour dans son pays.

Salah Shabbar: l'enfer de la guerre et de la dictature en Syrie

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Salah Shabbar, 23 ans, est originaire de Latakia, une ville portuaire de Syrie relativement épargnée par le conflit qui éclate en 2011.

Cette année-là, le jeune homme rejoint la population qui se soulève contre le régime de Bashar el-Assad.

"J'avais 17 ans et j'ai participé à une manifestation contre le gouvernement. On rêvait de changement, de démocratie" raconte Salah dont le père, sous l'ère Hafez el-Assad, a passé dix ans derrière les barreaux. Pour avoir participé à cette manifestation pacifiste au début de l'année 2011, Salah connaîtra le même sort que son père. Moins longtemps heureusement. Salah est peu loquace sur cet épisode. " C'est très dur. Dans les prisons en Syrie on pratique la torture".

Au début de l'année 2015 Salah quitte son pays. Il prend d'abord la direction de la Turquie où, pendant dix mois, il vit de petits boulots.

Là-bas les conditions de vie sont précaires, il envisage de venir en Belgique. Pour deux raisons: il a déjà quelques notions de français et on lui a dit qu'il sera bien accueilli. En novembre 2015, il arrive à Bruxelles. Il passe ensuite par le Centre de la Croix-Rouge d'Ans avant d'être très vite transféré pour deux mois dans un autre centre, celui de Bierset. Il obtient son statut de réfugié politique et trouve un logement à Liège.

Ne pas se décourager

En quittant la Syrie, Salah a été contraint d'abandonner ses études universitaires qui le destinait à devenir professeur d'anglais.

Des études qu'il aimerait pouvoir poursuivre ici. Mais rien n'est simple. "Si je veux poursuivre mes études ici, je suis obligé d'apprendre une autre langue germanique, l'allemand ou le néerlandais. C'est compliqué pour moi parce que je continue encore mon apprentissage du français. C'est beaucoup de pression parce que je voudrais aussi trouver du travail. Je voudrais trouver ma place, être utile. Parfois j'ai le cafard. Mais ça va aller, il ne faut pas que je me décourage".

Je ne retournerai pas en Syrie

Salah a laissé ses parents et deux soeurs en Syrie. Il n'envisage cependant pas d'y retourner un jour.

"Mes proches me manquent mais pas mon pays. Je ne serai jamais un homme libre en Syrie. De toute façon, moi je suis d'abord un citoyen du monde. Je n'ai pas choisi d'être syrien. Je suis né syrien par hasard".

Salah Shabbar espère pouvoir bénéficier un jour de la nationalité belge. "Ce serait un soulagement" conclut-il.

Atiq Amini: loin des talibans

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Atiq Amini, a presque 18 ans en 2011 lorsqu'il quitte Azirgal, petit village montagneux dans la province de Kunar, où les talibans font la loi.

"J'avais envie d'étudier, de faire quelque chose de ma vie" raconte Atiq "mais en Afghanistan, un jeune qui va avoir 13, 14 ans ne peut plus faire ce qu'il veut. Il doit se soumettre aux talibans. Et notre gouvernement n'a pas assez de pouvoir pour protéger la population. J'ai décidé de partir".

Atiq fuit. Il traverse de nombreux pays. Le périple est épuisant et dangereux.

"Comme beaucoup de migrants j'ai marché de très nombreux jours. C'était difficile. J'ai cru mourir plusieurs fois en chemin mais la mort n'a pas voulu de moi" dit Atiq, à la fois grave et souriant.

Je ne savais pas que la Belgique existait

Atiq arrive à Bruxelles en février 2012. "J'entendais parler de la France, de l'Allemagne, de l'Angleterre bien-sûr...mais je n'avais jamais entendu parler de la Belgique, où je suis arrivé par hasard". Un hasard heureux pour Atiq. Soucieux d'apprendre le français, le jeune homme propose aussi très vite ses services de traducteur pour d'autres réfugiés Afghans.

"Je me suis rendu compte que beaucoup de réfugiés Afghans ne savaient pas s'exprimer en français. Moi je pouvais me rendre utile dans les centres pour réfugiés, je pouvais les aider dans leurs démarches administratives dans les CPAS, dans les commissariats etc" explique-t-il.

"Je l'ai fait bénévolement pendant un an et demi et maintenant je suis rémunéré. Je me déplace dans toute la Wallonie et à Bruxelles. Mais je continue à rendre service régulièrement. Ça ne me dérange pas".

Loin des talibans... et de sa famille

Dans sa fuite, Atiq a laissé derrière lui une famille, ses parents, des frères et des soeurs.

"Ils me manquent, c'est normal. Je n'ai pas quitté mon pays, ma maison et ma famille dans la joie. Mais je suis bien intégré maintenant en Belgique. J'ai des amis qui m'ont aidé et qui m'ont donné du courage. La Belgique c'est mon deuxième pays maintenant".

Atiq est installé à Liège. Il dispose actuellement d'un titre de séjour qui a déjà été renouvelé deux fois car la situation en Afghanistan est loin de s'apaiser. Il a bon espoir d'obtenir son statut de réfugié car son pays, selon lui, ne connaîtra jamais la stabilité et la paix.

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