Lantin: la grève dans les prisons est-elle la cause du décès d'un détenu?

On ne connaît pas actuellement l'origine du différent entre les deux détenus
On ne connaît pas actuellement l'origine du différent entre les deux détenus - © NICOLAS LAMBERT - BELGA

Un détenu est décédé mardi soir à la prison de Lantin à la suite d'une violente rixe avec un autre prisonnier. L'information a été confirmée par le substitut de garde du parquet de Liège. Un juge d'instruction, un médecin légiste, la police judiciaire ainsi que le laboratoire de la police se sont rendus sur place. Le dossier  a été mis à l'instruction. Pour le psychiatre de la prison et pour un gardien en grève, sans les arrêts de travail, le drame aurait pu être évité.

Les faits se sont produits dans l'annexe psychiatrique

Un homme qui était détenu dans l'annexe psychiatrique de la prison a été tué à l'arme blanche. Son corps a été retrouvé mardi vers 21h. Agé de 53 ans, Hussein Birinci gisait sur le lit. Selon le procureur du Roi Philippe Dulieu, la victime a été poignardée à l'aide de couverts en plastique. Les raisons des actes commis ce mardi ne sont toujours pas définies, l'auteur devant encore être entendu dans les heures à venir. Selon le procureur, une dispute entre les deux détenus aurait eu lieu deux jours auparavant.

Des gardiens qui n'étaient pas en grève ont voulu s'interposer, mais il était trop tard. La personne est décédée. On ne connaît pas actuellement l'origine de la dispute.

"L’auteur des faits est interné au sein de l’annexe psychiatrique, explique le directeur de la prison. Il doit normalement rejoindre un établissement de défense sociale. Il souffre de troubles psychiatriques qui ont été avérés par une ordonnance d’internement. La victime purgeait, elle, une  peine correctionnelle et se trouvait à l’annexe en raison d’une tentative de suicide."

Le médecin psychiatre chargé des deux codétenus a expliqué que placer ces deux individus ensemble était une procédure normale et que le suivi psychologique était assuré. Il précise qu’en temps normal, l’agression est possible mais le contexte de grève a probablement accéléré le risque.

Dans un communiqué, le ministre de la Justice Koen Geens dit exprimer sa profonde tristesse à l’annonce du décès d'un détenu en cellule à la section psychiatrique de la prison de Lantin. "Selon les premières constatations, il serait décédé à cause des agissements de son compagnon de cellule souffrant d’une problématique psychiatrique. Une instruction judiciaire a été diligentée."

"Qu'il y ait grève ou pas, ça ne change rien"

La grève dans les prisons est-elle la cause du décès ? Rien ne permet de l'affirmer encore ce mercredi.

Pour Christine Servaes, bourgmestre de Juprelle, où se situe la prison de Lantin, la situation est grave. "Depuis quelques jours, la tension monte d’heure en heure et des événements dramatiques sont encore à craindre maintenant. Vivre pendant 23 jours dans une cellule de quelques mètres carrés avec une ou deux personnes cela ne crée pas forcément des liens d’amitié. Les esprits sont échauffés. Ne pas pouvoir sortir, ne pas avoir de contact avec sa famille et ne pas pouvoir se laver, cela doit craquer. Je ne sais pas si l’un est lié à l’autre, mais la situation devient très grave et très tendue."

Les gardiens grévistes déplorent ce qui est arrivé, mais ne se sentent nullement responsables. "Ce genre d'incident peut arriver à tout moment", explique Jean-François Missert, délégué CSC à Lantin. "Si un coup de fourchette est donné ou autre chose, le temps que l'on intervienne, les faits se sont produits, non, ça ne change rien qu'il y ait grève ou pas."

Et les gardiens préviennent: plus le conflit des gardiens s'enlise, plus les risques s'accroissent.

Selon un gardien gréviste, le décès n’aurait pas eu lieu sans la grève. "Nous aurions été à l’intérieur avec notre formation et nous aurions pu éviter ce drame." Selon lui, il faut chercher la responsabilité dans le gouvernement fédéral "qui nous a demandé de sortir en prenant des mesures inacceptables".

Il est certain qu'en raison de la grève, les contrôles sont moins fréquents. En outre, au moment de la bagarre, un autre événement a requis l'attention des gardiens. Un incendie s'est en effet déclaré dans le quartier des femmes, ce qui a mobilisé les forces de police.

"Des conditions déplorables", selon Vanessa Matz

La situation est donc explosive à Lantin. Il y a quelques jours de cela, la députée fédérale cdH Vanessa Matz a pu s'en rendre compte lors d'une visite de parlementaires: "Ce sont des conditions déplorables. Ça faisait 17 jours et ça fait 23 jours maintenant que les prisonniers ne sont pas du tout sortis de leurs cellules, pas du tout, ne fut-ce qu'une minute. Ils n'ont pas reçu de douche depuis 23 jours, les repas sont distribués une fois par jour pour 24 heures. Cette situation génère un certain nombre de tensions. Nous avons vu une cellule incendiée, nous avons vu une dégradation du bâtiment très forte, le mobilier cassé par les prisonniers et jeté dans la cour avec des déchets et des rats qui circulent. La propreté est déplorable. Le service administratif et l'équipe de direction assurent un certain nombre de tâches mais ils sont, bien sûr, trop peu nombreux pour assurer l'ensemble de ces tâches et la sécurité de manière générale. Dès qu'il y a un incident, forcément, l'ensemble des forces présentes sont mobilisées sur cet incident", conclut Vanessa Matz, qui a déposé un projet de loi visant à instaurer un service minimum dans les prisons.

De son côté, le directeur de la prison de Lantin, Marc Brisy, s'était déjà inquiété à plusieurs reprises des conditions de vie des détenus alors que la grève des gardiens dure depuis trois semaines. Il avait évoqué dans la presse une "situation de danger de mort".

Mise à l'instruction du dossier

Le procureur du Roi Philippe Dulieu a confirmé que le dossier concernant le meurtre survenu mardi soir a été mis à l'instruction. Durant les faits, une émeute et un début d'incendie sont survenus au sein de l'établissement pénitentiaire. Toutefois, aucun lien ne peut être établi avec la grève actuellement en cours. Rappelons qu'en 2003, deux détenus avaient trouvé la mort lors d'une grève à la prison d'Andenne. L'un avait péri brûlé vif et l'autre s'était suicidé après avoir appelé à l'aide.

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