Quand des médecins du travail estiment que le personnel des maisons de repos est en danger

Les "services externes" de médecine du travail se plaignent de l'organisation du dépistage
Les "services externes" de médecine du travail se plaignent de l'organisation du dépistage - © Tous droits réservés

Depuis la mi-avril, les médecins du travail ont été réquisitionnés pour la campagne de dépistage du covid-19 parmi les personnels des maisons de repos. Et ils sont plusieurs à n'être guère heureux des conditions dans lesquelles ils ont dû intervenir. Sans préparation: sans logique de planification. Le témoignage de Nadine Fassotte, parmi d’autres, est éloquent. Cette condruzienne est employée par le CESI, en région liégeoise, et elle raconte : "Je ne nourris pas de crainte pour moi, personnellement ; je suis en bonne santé, j’ai effectué un remplacement volontaire dans l’unité covid-19 du centre neurologique de Fraiture. Mais les tests dans les sénioreries ont été à la fois tardifs et improvisés…"

Les travailleurs sont en danger, oui…

Selon elle, le personnel reste exposé à des risques : "Dans une usine ordinaire, quand un ouvrier ne peut pas, pour une raison ou une autre, porter des chaussures de sécurité par exemple, le médecin du travail doit l’écarter. Là, nous avons dû laisser bosser des gens en les sachant dépourvus des équipements de protection indispensables. C’est vrai pour le secteur des services à domicile dont je m'occupe, c’est vrai pour les maisons de repos : ils ont reçu des masques chirurgicaux à un moment où ils auraient déjà dû disposer de masques ffp2. A présent les ffp2 sont arrivés, mais les surblouses font toujours défaut dans de nombreux endroits. Et dans les cas positifs, les charges virales sont souvent importantes. Je suis allée dans une maison de repos où toute la direction est aux soins intensifs…"

Si c’est un "one shot", ce n’est pas très utile.

L’organisation laisse à désirer. Plusieurs fois, il a fallu recommencer les tests, parce que le laboratoire qui centralise les analyses n’a pas pu fournir de résultats, pour d’obscures raisons. Et quand ils arrivent, c’est parfois après quatre ou cinq jours. "Et c’est trop long" pour Nadine Fassotte "pendant ce délai, des contaminations peuvent survenir. Nous avons été accueillis à bras ouverts dans les homes, mais si nous sommes nous-mêmes porteurs du virus, et que nous entrons en contacts avec plusieurs dizaines de membres du personnel d’un établissement pour les dépister, nous représentons un risque : le risque de faire entrer le virus dans la maison de repos."

L'analyse n'est pas nécessairement partagée par tous les acteurs du secteur, mais une impression se dégage: il s’est peut-être agi d’une opération destinée à rassurer, mais elle aurait mérité d’être plus réfléchie. "Si ce dépistage n’est pas répété régulièrement, il ne sert pas à grand-chose" poursuit Nadine Fassotte, "il faut plus, il faut assurer un suivi, pour préserver et les employés, et les résidents". C’est un avis parmi d'autres, c'est avis non pasd’une virologue ou d’une infectiologue, mais d’une généraliste de terrain, et spécialiste de la santé au boulot.

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