Peste, grippe espagnole, coronavirus… Quels sont les points communs des grandes épidémies de l’histoire ?

Le rejet de la responsabilité sur l’autre, restriction des libertés individuelles ou théories du complot : les grandes épidémies présentent des caractéristiques communes. Henri Deleersnijder, professeur à l’ULiège, a d’ailleurs profité du confinement pour réfléchir aux aspects sociaux des différentes crises sanitaires que l’Humanité a connues. En résulte un ouvrage : "Les grandes épidémies dans l’Histoire", paru aux éditions Mardaga.

Il s’agit à la fois d’une étude historique et sociale des grandes épidémies qu’a connues l’Humanité. Émaillé de références littéraires, ce livre dresse notamment les caractéristiques dominantes et récurrentes de ces grandes épidémies.

Le déni et le phénomène du bouc émissaire

"Il y a d’abord le déni. ‘Non'…, disent les pouvoirs, ce n’est pas trop grave. On a les choses bien main’", vulgarise l’auteur. "Deuxième phénomène : ça vient de l’étranger, ça vient d’ailleurs. Avec la grippe dite espagnole, qui a fait au moins 50 millions de morts, et le coronavirus aujourd’hui, on assiste plus ou moins à la même chose. ‘Ça vient de l’extérieur, ça vient de Chine’. Puis les variants : ils viennent d’Angleterre, du Brésil, de l’Afrique du Sud… C’est un des phénomènes très fréquents. C’est la recherche du bouc émissaire."

Henri Deleersnijder reprend l’exemple de la Grande peste de 1348-1352. "Au Moyen-Âge, les premiers qui sont considérés comme des vecteurs de transmission de la peste, ce sont les juifs. On considère qu’ils ont empoisonné les sources, qu’ils ont même empoisonné l’air." Les vecteurs sont ensuite déplacés vers ceux qui sont en marge de la société : "les lépreux par exemple, les pauvres, les sorcières, etc."


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Cette façon de rejeter la responsabilité sur l’autre traverse les siècles. "Pour le choléra au 19ème siècle, pour le sida avec les homosexuels, et aujourd’hui avec le coronavirus on assiste à peu près à la même chose : ‘Ça vient de l’extérieur, ça vient de Chine, ça vient de celui-là qui n’a pas mis son masque correctement’. Il faudrait un peu calmer le jeu et ne pas se débarrasser de sa propre responsabilité sur celle des autres."

La dissolution de l’homme moyen

"Ce qui est important aussi, c’est la dissolution de l’homme moyen. Ça signifie que d’un côté, on aura des gens courageux, comme le Héros de la peste de Camus, qui soigne ; et puis vous avez les lâches, jusqu’à ceux qui profitent de la situation pour s’enrichir ou pour dénoncer des voisins. Il y a comme une course aux extrêmes. D’un côté, les héros, les courageux, et de l’autre côté, les lâches et les margoulins", explique-t-il.

Les accélérateurs de tendances

Un autre point commun : les accélérateurs de tendances. "Les épidémies renforcent le rôle de l’État, jusqu’à lui conférer ce que le philosophe Michel Foucault appelle le "biopouvoir". Avec toutes les mesures prises par les autorités publiques ou légitimes, on est en plein dedans. Quid dans l’avenir des restrictions de liberté imposées actuellement ? Pas sûr qu’il y aura un total rétropédalage. Et c’est l’homme social qui risque d’être le dindon de la farce. L’être humain a besoin de contact et de sociabilité. Il faudra tout faire pour que le collectif, la solidarité reprennent leur place." Les crises sanitaires sont aussi des crises sociales, ajoute l’auteur.

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