Paifve : "un établissement de soins qui se comporte comme une prison"

Manque de personnel d'encadrement, manque de médecins et pratiques carcérales. Pour le Conseil central de surveillance pénitentiaire, Paifve est une prison qui ne dit pas son nom.
Manque de personnel d'encadrement, manque de médecins et pratiques carcérales. Pour le Conseil central de surveillance pénitentiaire, Paifve est une prison qui ne dit pas son nom. - © ERIC LALMAND - BELGA

Ça n’est ni une prison, ni un établissement de soin. L’Etablissement de défense sociale de Paivfe, en province de Liège, héberge des personnes condamnées par la justice, mais considérées comme irresponsables de leurs actes. Irresponsables, car elles souffrent d’une maladie mentale. Un récent rapport du Conseil central de surveillance pénitentiaire dénonce les conditions de vie, dans cet établissement.

Manque de personnel, manque d’encadrement médical, cadre carcéral pour des personnes qui auraient en réalité besoin de soins… Voilà le tableau dressé par le Conseil central de surveillance pénitentiaire. Cette nouvelle institution a été créée par une loi de 2019. Son rôle est d’émettre des avis indépendants sur la situation des établissements pénitentiaires belges.

Après une visite, menée fin février, le constat des observateurs est le suivant : l’Etablissement de défense sociale de Paifve est une prison qui ne dit pas son nom.

Manque de personnel, de médecins, de psychiatres

Quatre psychiatres, un dit " d’expertise " et trois " de soins ", sont employés dans cet établissement, pour près de 200 internés. " C’est beaucoup trop peu ", tranche Jacques Daele, médecin et membre de la commission de surveillance de Paifve. " Parmi les internés, tous ont besoin de soins psychiatriques, certains très rapprochés. Tous, à quelques exceptions près, ont d’ailleurs une médication psychiatrique quotidienne ". Le médecin pointe aussi un manque " au niveau du personnel infirmier, des psychologues, logopèdes, éducatrices et éducateurs ". " Avec le personnel dont Paifve dispose, il lui est très difficile de se comporter comme un établissement de soin ".

"C’est un établissement de soins qui se comporte comme une prison"

" C’est un établissement de soins qui se comporte comme une prison ", estime encore le médecin. " Il y a des punitions, des cachots, des enfermements, des privations de liberté "… Parmi ces pratiques, l’une indigne tout particulièrement le médecin : " tout patient qui arrive là-bas est d’abord mis dans une cellule fermée et isolée pendant quelques jours, parfois jusqu’à une semaine, dans le cadre de ce qu’on appelle une période d’observation ". Une méthode contre-productive selon lui. " Se comporter comme une prison, avec des personnes qu’on a préalablement jugées irresponsables me semble inadéquat. On pourrait stabiliser leur état, obtenir de longues périodes de rémission moyennant une prise en charge correcte ".

"Rien ne change et on peut même dire que la situation s’aggrave ces derniers temps "

La situation n’est pas neuve. Dans le passé, d’autres institutions ont déjà émis un avis et formulé des recommandations sur le sujet. " Le comité européen de prévention contre la torture a déjà visité l’établissement en 1997, 2003, 2007 et 2013 ", précise Sarah Grandfils, juriste et membre permanente du bureau du conseil central de surveillance pénitentiaire. " Pourtant rien ne change et on peut même dire que la situation s’aggrave ces derniers temps ".

L’établissement de Paifve est le seul dans son genre en Belgique. Aujourd’hui, il dépend du SPF justice. L’ancien ministre de la justice, Koen Geens, prévoyait dans son " Masterplan prisons et internement " la conversion de Paifve en prison classique et la réalisation, en parallèle, d’un nouveau centre de psychiatrie légale. Mais selon les observateurs du Conseil central de surveillance pénitentiaire, il n’y a aujourd’hui " aucune trace concrète de ce projet. "