Nouveau départ pour le Moulin Meyers de Hombourg : l'agriculture locale au centre du projet

Pleins feux sur l'agriculture locale pour les nouveaux "Moulins du Val Dieu" à Hombourg
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Pleins feux sur l'agriculture locale pour les nouveaux "Moulins du Val Dieu" à Hombourg - © RTBF Philipe Collette

Le Moulin Meyers à Hombourg, village de la commune de Plombières, l’un des deux moulins de grosse production de Wallonie avec les Moulins de Statte, vient de changer de main : le propriétaire Philippe Meyers a décidé de cesser son activité en proie à de sérieuses difficultés financières. Il n’y eut au départ que peu d’intérêt pour la reprise, mais voici quelques semaines, quatre investisseurs issus du sérail agricole ont franchi le pas en créant une nouvelle Société à Responsabilité Limitée (SRL) qui devrait assurer la pérennité du Moulin: les trois patrons de la Meunerie du Moulin du Val Dieu, qui produit de la nourriture pour le bétail, et un quatrième homme d'affaires, actionnaire actif et expérimenté dans les activités agricoles. Ensemble, ils ont relancé la meunerie qui vivotait tant sur le plan financier que commercial, le Moulin ayant perdu bon nombre de ses clients. "Les Moulins du Val Dieu" est la nouvelle appellation du site hombourgeois, moulins au pluriel pour faire allusion aux douze moulins installés en série qui traitent les matières premières achetées aux producteurs. Le Moulin a donc été sauvé et entame ainsi une nouvelle vie selon un modèle assez différent du précédent, axé sur un véritable partenariat avec les agriculteurs locaux.

Une passion plus qu’un métier

L’homme qui est sans doute le plus heureux de la reprise est le meunier "historique" du Moulin : Francis Loozen, est aux machines depuis bientôt 34 ans et il a eu très peur de perdre son emploi en assistant à une forme de déliquescence de l'activité : "Ce n’est pas un métier, c’est devenu une passion, assène-t-il, tellement le travail est varié, on est toujours à la recherche de nouveaux produits ; j’étais inquiet de voir l’affaire mal en point et cette reprise me réjouit car après autant d’années, voir du jour au lendemain un outil s’arrêter, ça aurait été difficile ; c’est même une satisfaction personnelle de voir la continuité qui a été annoncée pour le Moulin."

Francis Loozen n’est donc pas près de quitter les différentes salles réparties sur quatre étages de l’imposante meunerie, visible de loin quand on se dirige vers Hombourg. Un outil par ailleurs de qualité, repris tel quel par les nouveaux actionnaires : " c’est un outil qui a été bien pensé, explique Benoît Tybergein, actionnaire en charge de la production ; il va nous permettre d’évoluer dans la quantité de farine produite sans grand investissement. A moyen terme, on va agrandir l’outil pour augmenter la production mais aussi pour faciliter la production de mélanges de farine blanche avec des graines de sésame, de lin, de millet, etc. dans des processus plus simples et automatisés en partie alors qu’actuellement, les opérations de mélanges de graines sont manuelles."

Nous formulons nos besoins aux agriculteurs

Les projets de modernisation de l’outil sont donc bien clairs dans la tête des nouveaux patrons de l’entreprise tout comme le modèle de fonctionnement avec leurs fournisseurs de blé et autres céréales, autrement dit les agriculteurs basé sur un recentrage régional. Ceux-ci ne seront plus considérés comme de "simples" fournisseurs de la meunerie, mais bien comme de véritables partenaires. La nouvelle direction   inverse en réalité le processus : c’est le Moulin qui va vers l’agriculteur et non l’inverse : " on a désormais une relation avec les agriculteurs à qui on demande de travailler avec nous sur certaines variétés, explique Benoît Brouwers, actionnaire en charge de la commercialisation ; on a vraiment un échange constructif avec eux sur les variétés dont nous avons besoin pour fabriquer une farine boulangère de qualité sans additif ; l’aspect humain est ici très important. Tous les quatre, on est du milieu agricole, on aime les agriculteurs et on avait un réseau ; avec ce modèle, ça les rend fiers de savoir pour qui ils travaillent. Ils peuvent ainsi retrouver leurs produits chez les boulangers, près de chez eux, et le boulanger peut aussi connaître l’agriculteur à l’origine de ses pains."

4.000 tonnes de farine par an

Depuis la reprise, les nouveaux "Moulins du Val Dieu" ont déjà redressé la barre en récupérant bon nombre de clients et la production a retrouvé son rythme de croisière : " Le Moulin produit habituellement 4.000 à 4.500 tonnes de farine par an, annonce Benoît Tybergein ; une grosse moitié de la production est de la farine blanche ; les grains passent par 12 moulins avec des serrages de rouleaux différents qui mènent à une farine de plus en plus pure ; la finesse de la farine est améliorée à chaque passage de rouleau." Les repreneurs tiennent aussi à proposer des produits proches du bio : " on veut arriver à court terme à zéro résidu dans les grains en travaillant sur une lutte intégrée en culture aussi, avec du non-labour et sans insecticide pour arriver à des intrants chimiques amoindris au maximum." L’absence de produit chimique est même poussée à l’extrême: depuis peu, aucun produit chimique n’est utilisé pour nettoyer les différents lieux de production: " pour lutter contre les insectes, poursuit Bnoît Tybergein, ce qui est le premier problème dans un moulin, on a installé une aspiration de tout le site et on travaille avec des mini-guêpes qui mangent les œufs des mites de farine en partenariat avec la société spécialisée Armosa."

Des projets, de la modernité, un nouveau modèle, les Moulins du Val Dieu ont pris un nouveau départ : les mains et les vêtements du meunier Francis Loozen seront encore longtemps blanchis de farine.

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