Muriel Targnion réagit à son exclusion par le PS

Muriel Targnion
Muriel Targnion - © capture d'écran RTBF

Nous avons pu rencontrer Muriel Targnion et lui demander de réagir à son exclusion du Parti Socialiste. "Je ne suis pas encore morte" nous a répondu la bourgmestre de Verviers. Muriel Targnion estime qu'elle est légitimement élue, que le parti socialiste a choisi le communautarisme (son adversaire Hasan Aydin étant soutenu par la communauté des belges d'origine turque). Muriel Targnion axe sa défense sur le droit des femmes, qu'elle estime bafoué à la fois par Hasan Aydin et par le Parti Socialiste. Elle s'en prend aussi durement à Malik Ben Achour, qu'elle accuse en fin d'interview de misogynie.

Je m'attendais à être exclue du PS puisque le député Malik Ben Achour l'annonçait depuis un mois. Le PS m'a proposé un simulacre de procès. Aujourd'hui, le PS décide d'exclure une bourgmestre qui n'a rien à se reprocher, qui n'a juste pas suivi un petit ordre du parti socialiste. Le parti occulte complètement une année d'un président de CPAS (Hasan Aydin) complètement problématique et surtout occulte son non-respect du droit des femmes. Et donc aujourd'hui, le PS choisit son camp, celui du communautarisme et de la particratie contre la démocratie car je suis la bourgmestre légitimement élue.

Est-ce que vous comptez rester bourgmestre ?

Ah, de toute façon, je suis encore bourgmestre. 

Vos adversaires doivent arriver à réunir une majorité pour vous pousser dehors ?

Tout à fait et j'attendrai les yeux dans les yeux qu'ils le fassent. En attendant je reste à mon poste.

Est-ce que vous n'êtes pas en train de payer votre entêtement ?

Quel entêtement ? L'entêtement d'avoir voulu, alors que les lois me le permettent, mettre dehors quelqu'un qui avait bafoué le droit des femmes ? [C'est l'un des reproches de l'actuel collège à Hasan Aydin : des propos jugés sexistes, notamment à l'encontre d'une échevine. L'intéressé s'en défend.] Et ce n'est pas mon entêtement, c'est l'entêtement de toute la majorité.

Est-ce que, d'un point de vue stratégique, c'était une bonne idée de laisser partir tout le monde en vacances pendant deux semaines avant de mettre en place votre nouvelle majorité ? Vous avez laissé le temps au PS "canal officiel" de faire basculer deux de vos partisans, Didier Nyssen et Jean-François Istasse, qui est maintenant pressenti pour vous remplacer.

Je le redis, il n'y a pas eu de stratégie. Il y a eu juste une utilisation de la loi pour un homme qui avait décidé pendant un an et demi de ne pas suivre le collège et qui le 25 juin a bafoué clairement et durement le droit et le respect des femmes et ça, c'est quelque chose qui est difficile pour toutes les femmes du collège et pour un grand nombre de démocrates.

Vous deviez vous attendre à ce que le Parti Socialiste tente de faire basculer vos partisans pour vous priver de majorité ?

Oui. Je m'y attends tout à fait. Mais ce n'est pas grave. Moi je suis dans les valeurs socialistes. Qu'ils réfléchissent dans quelles valeurs ils sont. Dans les valeurs du communautarisme et de la particratie contre la démocratie !

Avez-vous l'impression de payer aussi le fait d'être allée présider Publifin au mauvais moment ?

J'ai présidé Enodia en fidèle soldat du PS. C'est le parti qui m'a demandé de présider l'intercommunale parce qu'il fallait un socialiste. J'étais bourgmestre et il fallait quelqu'un de qualité, qui n'avait pas de casseroles, c'est pour ça qu'on m'a demandé de le faire et j'ai toujours suivi les instructions du PS.

Est-ce qu'on vous punit parce que vous avez défendu publiquement le travail de Stéphane Moreau à un moment où il était devenu l'homme à abattre ?

Je n'ai fait que suivre les instructions du PS.

Est-ce que vous avez l'impression d'être devenue la femme à abattre ?

La femme à abattre par le PS, mais pas par les verviétois. Je suis légitimement élue et vous n'imaginez pas le nombre de soutiens que je reçois. 

Qu'allez-vous faire maintenant ? Vous allez vous accrocher à votre fauteuil de bourgmestre malgré les tentatives de vous déboulonner ?

J'en ai rien à faire de rester à ma place. Ce que je veux, c'est que les verviétois soient reconnus dans leur choix électoral. Ils ont voté pour moi. Je suis élue démocratique. J'ai un front de partis qui me soutiennent, MR, Nouveau Verviers et CDH. [Seule une partie du CDH était prête à partir en majorité avec Muriel Targnion] Ce sont des partis démocratiques. Et ceux qui ne me soutiennent pas sont beaucoup moins démocratiques. 

Vous pensez à quels partis ?

Le PP, le PTB... voilà. 

Mais dans les partis qui ne vous soutiennent pas, il y a aussi le PS "canal officiel" avec Hasan Aydin. C'est à lui que vous pensez aussi ? 

Tout dépend de ce qu'on appelle le PS officiel. Le parti socialiste qui ne me défend pas soutient des gens qui ont bafoué le droit des femmes. Oui, je pense à Hasan Aydin et à tous ceux qui sont derrière Malik Ben Achour. Il est toujours le premier en privé à lancer des trucs pas nets à ce sujet.

Nous avons contacté Malik Ben Achour à ce propos. Il se dit outré par "une accusation grave qu'il prend très au sérieux" et ajoute que "C'est la réaction d'une femme politique acculée qui voit le coup qu'elle avait préparé lui exploser à la figure. C'est sans la moindre preuve et c'est indigne, insultant et évidemment faux. J'ai au contraire toujours mis l'égalité homme-femme au centre de mes combats."

Muriel Targnion conclut l'interview sur le thème du féminisme :

En tout cas moi, le combat que je vais mener, que je sois encore bourgmestre ou plus bourgmestre, ce sera celui du droit des femmes. Je n'imaginais pas qu'au PS on pouvait occulter et bafouer ce droit. 

Reportage à Verviers dans notre 19h30 de ce 30 juillet:

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