Le berger devenu chirurgien et père de l'anneau gastrique, Mitiku Belachew, est décédé

C’est un chirurgien reconnu dans le monde entier qui est décédé mercredi. Le docteur Mitiku Belachew était d’origine éthiopienne mais c’est à Liège qu’il s’est formé et à Huy qu’il a principalement exercé. C’est dans l’hôpital hutois qu’il s’est fait connaître en réalisant en 1993 la première opération au monde de placement d’un anneau gastrique pour le traitement de l’obésité. Reconnu internationalement comme le père de l’anneau gastrique, l’homme était resté modeste et son parcours fut vraiment exceptionnel.

C’était le 1er septembre 1993, Mitiku Belachew devenait le père de l’anneau gastrique. Depuis, près de 30.000 personnes ont été opérées par ses soins, près d’un million dans le monde ont bénéficié de la technique qu’il a mise au point. Une technique bien moins invasive que celles de l’époque puisqu’elle ne nécessitait plus d’ouvrir le ventre mais juste d’y percer des petits trous de maximum un centimètre.

Son intérêt pour la médecine, il l’avait puisé dans un drame familial : "Vers l’âge de 10 ans, j’ai perdu un frère qui avait 21 ans. J’ai toujours cherché à savoir pourquoi il était mort. On m’a dit qu’il y avait moyen d’apprendre une science qui s’appelle la médecine et peut être ainsi pouvoir expliquer pourquoi mon frère était mort", confiait-il à Vews.

Pour y arriver, il aura surmonté d’importants obstacles. Dans son village d’Ethiopie, Wonchi, où il est né le 11 juin 1942 dans une famille de neuf enfants, il n’y avait ni route ni école. A 12 ans, il ne savait ni lire ni écrire. Il y était berger sur les hauts plateaux. Il part alors pour la capitale éthiopienne Addis-Abeba où il se scolarise. Sans argent, il avait proposé à une famille britannique d’effectuer pour elle des travaux domestiques en échange du financement de sa scolarité. Ses capacités hors normes lui donneront l’occasion d’obtenir une bourse et de venir étudier la médecine à l’Université de Liège. A son arrivée, il ne parlait pas un mot de français.

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Le Dr Belachew retournait régulièrement en Ethiopie, où il était accueilli en héros, notamment dans son village d'origine © Tous droits réservés

C’est en Belgique qu’il effectuera l’essentiel de sa carrière, sans oublier de retourner régulièrement pratiquer son art dans son pays d’origine et sans oublier ses origines. Il a d’ailleurs créé une école dans le village où il est né et a mené divers projets humanitaires en Ethiopie et au Bénin.

C’est après avoir été interpellé par une infirmière de l’hôpital de Bavière à Liège, où il travaillait alors, qu’il s’était intéressé à la chirurgie liée à l’obésité. Cette infirmière, elle-même obèse, l’avait supplié de l’opérer, ce qu’il avait fait alors que les techniques de l’époque étaient très invasives et présentaient des risques. Il avait alors recherché une technique permettant d’opérer de manière plus sécurisante.

L’homme était resté modeste, une qualité qu’il considérait comme essentielle, avait-il confié avec humour à l’émission les Belges du bout du monde : "La qualité vraiment principale pour un être humain, pour moi, c’est la modestie. Plus on sait, plus on doit se rendre compte qu’on sait si peu finalement. Comme je dis parfois avec un peu de blagues, depuis que je suis modeste, je suis presque parfait (rires)". Il avait d’ailleurs refusé de faire breveter son invention à son nom, regrettant l’aspect mercantile pris par certains aspects de la médecine.

Mitiku Belachew avait 78 ans.

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