Meurtre de Droixhe : ce qu'en disent Kurdes et Tchétchènes

Les Kurdes : "ce n'est pas nous"

Les Kurdes de Liège n'ont pas apprécié que leur nom ait été associé aux événements survenus à Droixhe ce vendredi. "La communauté kurde n'est aucunement impliquée dans ce meurtre" jure Suleyman Agirman, le président du centre culturel yezidi (kurde) de Liège. Suleyman Agirman veut qu'on fasse bien la différence entre les Kurdes et les meurtriers de Droixhe : "Il se peut qu'il y ait un ou deux kurdes dans la bande, mais ces gens, c'est des gamins de quartier. Ils ne font pas attention à la nation. Ils ne font pas attention à l'ethnie. Ils n'agissent pas au nom d'une communauté ou au nom d'une population. Quelle que soit l'origine de ces personnes, ça reste pour moi des malfrats qui ne doivent bénéficier d'aucune compassion."

Et si vous aviez connaissance de l'identité de l'un des agresseurs et qu'il était kurde, vous iriez dire à la police de qui il s'agit ?

"Si nous avions la certitude que c'est telle ou telle personne, nous n'hésiterions pas à le dénoncer !"

Les Tchétchènes : "Aslanbek était un honnête homme"

Les Tchétchènes ne le cachent pas : ils sont abasourdis par le meurtre de cet homme de 41 ans, marié et père de quatre enfants. A Verviers, Adam, qui le connaissait, raconte ce qu'il sait des événements : "on lui parle d'une dispute. Et lui, avec la bonté de son coeur qui voulait toujours aider, il se dit qu'il va sortir pour voir ce qui se passe, dans le but de proposer un compromis pacifique.

Une fois arrivé là-bas, la tension était déjà haute de l'autre côté. Ces personnes étaient armées. Tout le monde a vu la video. Aslanbek est à son volant. On voit qu'il est inconscient et les attaques qu'il subit sont en continu. Pour moi, ces criminels, je ne les qualifie pas d'une nationalité quelconque. Certains disent qu'ils sont de telle ou telle origine, mais pour moi ce sont juste des criminels.

C'est quelque chose je trouve de vraiment choquant qu'une personne puisse agir de la sorte. C'est abominable. Aslanbek est achevé de plusieurs coups de feu. Comment peut-on porter des coups de feu à une personne immobile dont on ne connaît ni le nom ni les intentions ? On le tue et il n'avait aucune défense !
Pour les Tchétchènes, la victime était honorablement connue : l'homme était religieux. Il gagnait bien sa vie. Il vivait de l'import-export de voitures. Et il se servait de l'argent qu'il gagnait pour aider les pauvres. 

Deux heures après le meurtre, à un kilomètre de Droixhe, entre l'île Monsin et la brasserie Piedboeuf, la police arrête vingt-huit Tchétchènes dans des voitures. Adam maintient que malgré les apparences, ces Tchétchènes se trouvaient là par hasard. Ils étaient déjà à Liège : "en effet, ça ressemble à une expédition punitive, mais de toutes ces personnes qui ont été arrêtées, aucune n'était au courant de la mort d'Aslanbek. Ils se sont contactés à ce moment-là. Ils attendaient des nouvelles de ce qui se passait là-bas. 

Dans les voitures, les policiers ont retrouvé des armes. "Dans les voitures des personnes de Verviers que je connais et qui étaient là, il n'y avait aucune arme. Les armes trouvées, ça peut même être un tournevis. Si certains en avaient, ils n'en ont pas fait usage."

Des deux côtés : "pas de vendetta"

Suleyman Agirman, l'un des représentants des kurdes à Liège, a tenu a débuter l'entretien par des condoléances : "c'est au nom de toute la communauté kurde de Belgique, plus précisément de Droixhe, que nous présentons nos condoléances à la famille de monsieur Aslanbek." Davud Keskin, qui se présente comme responsable pour la communauté kurde en Belgique, raconte avoir reçu des messages de jeunes kurdes à la suite de l'événement. "Ces jeunes gens exprimaient leur colère. Ils demandaient s'ils devaient descendre ou pas pour régler la situation. Nous leur avons répondu qu'il ne s'agissait pas d'un problème entre la communauté kurde et la communauté tchétchène. Donc on les a calmés. On les a arrêtés. On a barré la route des autres Kurdes qui voulaient venir à Liège. 

Du côté tchétchène, Adam s'exprime de même : "jamais de la vie on ne s'en prendra à la communauté kurde. Ce sont pour nous des gens très respectables. Nous n'agirons jamais de sorte à nous venger, à présenter des représailles." 

Ce qui s'est passé reste très nébuleux

Il sera difficile de découvrir les coupables qui étaient tous masqués. Plusieurs événements pourraient avoir mis le feu aux poudres dans les jours précédents sans qu'on sache pour l'instant lequel est déterminant : une altercation dans une station-service, une confrontation à Verviers, un vol de moto, une embrouille entre jeunes sur un jeu en ligne. Ni les uns ni les autres n'évoquent d'activités illégales comme drogue, trafic d'armes ou prostitution. Ceci cache-t-il cela ? C'est l'un des aspects que l'enquête policière devra éclaircir.

L'homme qui est mort, d'origine tchétchène, n'avait en tout cas pas de casier judiciaire. Les autres Tchétchènes arrêtés plus tard à un kilomètre étaient là par hasard assurent-ils. La justice confirme que les armes retrouvées dans leurs voitures sont : poing américain, couteau, gourdin. Il y en avait 8 en tout pour 28 suspects. Pas d'arme à feu. Ces 28 suspects tchétchènes ont tous été relâchés. Dimanche soir, la police surveillait encore en force les accès au quartier liégeois de Bressoux-Droixhe.

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JT du 17/04/2021

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