Malgré l'annulation du Festival d'Avignon, le Théâtre Episcène survivra

Cet été, le coquet théâtre de 98 places aménagé au numéro 5 de la rue Ninon Vallin, à deux pas des remparts d’Avignon, n’accueillera donc aucun artiste sur sa scène.
Cet été, le coquet théâtre de 98 places aménagé au numéro 5 de la rue Ninon Vallin, à deux pas des remparts d’Avignon, n’accueillera donc aucun artiste sur sa scène. - © Tous droits réservés

Cela devait être son troisième Festival Off d’Avignon, mais la décision prise lundi par le Président français Macron d’annuler toutes festivités jusqu’au 15 juillet en a décidé autrement: Avignon est annulé, tant la version IN que la version Off du gigantesque rendez-vous théâtral des bords du Rhône.

Le Théâtre Episcène, créé en 2018 par la Thimistérienne Jeannine Horrion et son conseiller artistique, le comédien hervien du Théâtre National Patrick Donnay, n’ouvrira donc pas ses portes après deux premières éditions particulièrement réussies: la première en 2018 avait livré une programmation cent pour cent belge avant d’un peu se diversifier en 2019 et suivre le même chemin cette année.

Cet été, le coquet théâtre de 98 places aménagé au numéro 5 de la rue Ninon Vallin, à deux pas des remparts d’Avignon, n’accueillera donc aucun artiste sur sa scène, ce qui n’est pas sans répercussion matérielle et financière, même si sa directrice conserve un moral d’acier et reste philosophe: "Cela ça aurait été indécent de proposer des soirées où l’on s’amuse, où l’on rit à gorges déployées, alors que les décès et les malades cloués dans les hôpitaux se compteraient encore par centaines, explique Jeannine Horrion qui a investi dans Episcène et le dirige; je m’attendais à cette annulation, elle est logique même si ça ne fait pas nos affaires ni celles des troupes programmées qui avaient loué un créneau."

Perte de revenus locatifs

En réalité, comme pour les autres théâtres, Episcène loue des créneaux horaires aux troupes et compagnies. Celles-ci disposent alors pour s’y produire d’une scène, d’une infrastructure, de personnel, de promotion et communication, de soutiens logistiques et autres, gérés à ses frais par le théâtre: "Nous percevons donc un loyer pour chaque créneau pour chaque troupe, et ce, pour toute la durée du Festival Off, précise Jeannine Horrion, mais les compagnies ont en retour un service complet avec même un appartement de 4 chambres et 9 couchages; cette année, nous ne toucherons donc aucun loyer, ce qui va nous obliger à être plus créatifs et inventifs que jamais pour tenter d’absorber ce manque à gagner, et nous ne pourrons pas faire travailler notre équipe, les bénévoles et les autres; mais je tiens à préciser que le Théâtre Episcène n’est pas en danger; Episcène est un projet privé – nous sommes en asbl - avec aucune aide publique mais le projet n’est absolument pas remis en question. On va continuer à travailler sur ce que nous avions prévu pour le reste de l’année et je me suis déjà mise au travail pour la programmation de l’édition 2021."

Les compagnies accueillies malgré tout

Episcène sans revenu donc, comme les autres espaces culturels d’Avignon, mais les compagnies sont tout autant impactées car leur investissement dans la location d’un théâtre sert de vitrine pour mettre en évidence leurs dernières créations et attirer le regard des programmateurs pour d’éventuels futurs engagements.

Ayant le théâtre dans le sang et donc compréhensive à souhait, Jeannine Horrion n’a pas voulu laisser tomber les compagnies prévues à l’affiche d’Episcène lors du festival de juillet aujourd’hui annulé: "J’ai pris l’option de les accueillir gratuitement avec mise à disposition du lieu, avec le directeur technique et l’appartement, souligne la directrice d’Episcène, ce qui leur permettra de travailler par exemple leur prochaine création ou répéter un spectacle, c’est tout ce que je pouvais faire car je n’ai pas la possibilité de les aider financièrement". Un beau geste de la Thimistérienne qui assure que le Théâtre Episcène – son bébé -  a encore un bel avenir devant lui.

Rendez-vous en juillet 2021.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK