Lutte contre l'échec scolaire: la pédagogie active, ça marche à Liège

Le jardin suspendu de l'Institut Saint Sépulcre
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Le jardin suspendu de l'Institut Saint Sépulcre - © RTBF

Si les chiffres les plus récents montrent une tendance à la baisse, le taux de redoublement en Communauté française reste encore très important (5,7% en primaire et 20,1% en humanité). Pendant les vacances de Pâques, une nouvelle réforme du 1er degré du secondaire a été adoptée pour permettre de mieux lutter contre l’échec scolaire. Ces nouveaux dispositifs, qui seront mis en place dès la rentrée prochaine, s'inspirent de pédagogies tirées d'expériences pilotes. C’est le cas, depuis plus de 10 ans, à l’Athénée Léonie de Waha et à l’Institut Saint Sépulcre à Liège.

L’Athenée Léonie de Waha est un vieux bâtiment situé sur le boulevard d’Avroy en plein centre de Liège. Imposante de par sa hauteur (six étages) et sa longueur, l’école communale ne passe pas inaperçue. Son architecture en béton, ses grandes fenêtres vitrées et ses châssis métalliques, accueillent le visiteur avec une certaine froideur.

Paradoxalement, on y entre et sort comme dans un moulin. Le grand hall d’entrée et ses cages d’escaliers démesurées réclament, par endroits, un bon coup de peinture. Pour y remédier, des élèves ont, à certains étages, opté pour les tags en accord avec la direction.

Ici, l'établissement mise notamment sur les pédagogies alternatives de type Freinet (pédagogie dite "active"). L’enfant n’est pas un simple élève, il est écouté, entendu et participe aux conseils de classe. Pour le préfet des études, Christian Mans, "c’est surtout une façon différente de travailler".

Cela fait 15 ans que l’établissement, qui compte 750 élèves, s’investit dans cette nouvelle pédagogie pour lutter contre le redoublement et faire en sorte "que l’école redevienne le vieux rêve des années 90 où l’on parlait de l’école de la réussite ". "Ce qui n’est pas toujours facile car le travail n’est pas toujours fait en dehors de murs", poursuit Christian Mans. Pour lui, le gros problème vient du fait que "ce n’est plus une obligation pour l’élève de réussir l’école pour réussir dans la vie", du moins c’est ce que l'élève croit. "Il y a une croyance dans le fait que les capacités sont suffisantes et qu’il ne faut surtout pas faire d’efforts (...) Ce qui se complique quand leur employeur les licencie et qu’ils se retrouvent au chômage sans diplôme".

Pour pallier cette nouvelle réalité, l’athénée a mis en place différents dispositifs qui évoluent régulièrement.

Des demi-journées de remédiation

Ce jeudi matin du 25 avril, jour de notre visite, est justement un jour de remédiation pour tous les élèves du secondaire. Six matinées par an y sont consacrées. Elles sont fragmentées en créneau horaire de deux heures par matière.

Avant c’était des journées complètes : "En partant de trois jours complets, on s’est dit que c’était un peu lourd une journée complète de remédiation par élève", explique Dominique Tassin. Ce professeur de mathématiques, qui travaille dans l’établissement depuis 1998, est en cours de remédiation avec une vingtaine d’élèves de 1ère et de 2ème du secondaire. Pour l’aider, six "tuteurs", des élèves de 4ème et de 6ème venus soutenir leurs cadets.

Pas question ici de redonner la même leçon. Chacun à ses exercices à faire en fonction de ses difficultés. L’enseignante et les tuteurs sont là pour venir à la rescousse en cas de besoin.

Du côté des élèves, on apprécie cette aide. C’est le cas de Valentin, 12 ans, élève de 1ère générale :

Un engouement partagé par les tuteurs dont Louise :

Quant à savoir si ces six demi-journées peuvent réellement régler les problèmes de fond, voici ce que le professeur Dominique Tassin en pense :

Les cours de dépassement

Dans cette école, 50% des élèves sont en remédiation, les autres ont la possibilité de faire "du soutien" (ce sont les tuteurs) ou "du dépassement" (une manière de perfectionner leurs acquis).

Deux petits groupes de 4ème et de rhéto sont justement en cours de "dépassement". L’un aborde des techniques de planification, l’autre de mémorisation.

Rudi Creeten et Nathanaël Brugmans les encadrent. Ils sont tous les deux professeurs d’histoire. Le premier nous explique comment il s’organise avec ces niveaux d'études différents :  

Rudi Creeten, en tout cas, est convaincu par la pédagogie active, "c'est un enseignement du futur", selon lui. "Un enseignement qui essaie de donner une formation tout à fait humaniste; qui fait sortir les étudiants du microcosme des classes; qui met des structures en place dont les remédiations mais également des journées ateliers et autres; qui suscite l'intérêt; qui prépare à l'autonomie et à la méthode de travail; je crois que c'est exactement ce que la société réclame et certainement pas des petits soldats, moutons de Panurge, n'ayant aucun avis mais ayant un diplôme en main".

Un avis partagé par son collègue. Nathanaël Brugmans s'interroge toutefois sur la faisabilité d'un telle pédagogie dans le traditionnel :

Parallèlement, l’école s’est associée avec une asbl qui propose des cours particuliers en fin de journée pour un prix démocratique : cinq euros pour nonante minutes). Une vingtaine d’élèves s’inscrivent dans le mouvement chaque année.

La pédagogie active, un outil efficace pour cette école à discrimination positive

Autre endroit, tout autre décor. L’Institut Saint Sépulcre est excentré de Liège. Cette école du réseau libre confessionnel est située non loin d’Ans. De la rue, elle se confond avec les autres maisons du quartier. Seuls les panneaux permettent de signaler cet établissement scolaire.

Pour y rentrer, une porte unique et un parlophone. La personne qui nous ouvre nous fait patienter dans un hall tout à fait moderne, décoré avec goût, tout semble nouveau.

Marc Belleflamme, son directeur, arrive quelques minutes plus tard. C’est avec lui que nous passons la porte sécurisée donnant accès aux couloirs de l’école et par lesquels on accède à la cour. C’est avec surprise que l’on y découvre de vastes bâtiments, plus anciens, donnant, au-delà de la cour, sur un jardin suspendu.

Cette école dite à discrimination positive bénéficie d’un soutien particulier de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ici, 40% des élèves (sur un total d’environ 600), ne parlent pas le français à la maison. C’est un des facteurs de l’échec scolaire.

Pour y remédier, ces élèves bénéficient d’un soutien en petits groupes, par des enseignants chargés de leur donner cours de "français-langue étrangères". Des cours particuliers composés de deux ou trois élèves maximum.

Ils sont donnés pendant les heures de cours ou pendant les heures de pause. Une prise en charge qui correspond à deux heures par semaine par élève pour un minimum de six semaines.

Ismahène Rahal-Gharbi, professeur de français, est une des quatre enseignants chargés de ce cours dans l’école où elle enseigne depuis 4 ans. Ce jeudi, elle s'occupe de deux apprenantes du niveau avancé. Reine, 17 ans, et Sakshi, 18 ans, sont toutes les deux en 5ème technique.

Pour le professeur, la tâche consiste à retravailler leurs cours pour avoir des phrases bien construites. Une étape essentielle pour Ismahène Rahal-Gharbi :

Le soutien à la scolarité

Parallèlement, un dispositif commun à l’ensemble de l’école a été instauré pour aider les élèves en difficulté. Cette remédiation se met en place aux alentours des vacances de Pâques. Les élèves et les matières sont ciblés. Ceux qui n'en font pas partie peuvent, s'ils le souhaitent, faire une demande. Le conseil de classe organise ensuite une à cinq demi-journée "durant lesquelles l’élève fait une démarche auprès des enseignants pour obtenir un soutien dans certaines disciplines", explique le directeur de l'établissement Marc Belleflamme.

Bien que l'école soit à moitié vide ce jeudi (activités extra-scolaires et visite médicale), Chantal Quarre, professeur de mathématiques s’occupe d'élèves de 2ème général en remédiation. Pour elle, "c’est un choix positif" :

Comme à l'Athénée Léonie de Waha, les élèves apprécient cette aide. Laura, Zamarifarin et Bélise témoignent :

Dispositif Interne d’Accrochage

Outre le problème de langue et les difficultés qu’un élève peut rencontrer au cours de sa scolarité, le directeur pointe du doigt le problème de l’absentéisme.

Pour y remédier, un dispositif interne d’accrochage a été mis en place (D.I.A.). Il s’adresse aux élèves momentanément exclus d’un cours parce qu’ils le perturbent gravement; les élèves interdits de fréquenter les (des) cours en raison de leur comportement; les élèves qui intègrent l’école en cours d’année ou qui reviennent d’une longue période d’absence.

Giuseppe Casà, 19 ans, en a bénéficié. Elève de rhéto, il a changé d’école en cours d’année. Il est arrivé à l’Institut Saint Sépulcre au mois d’octobre de l’année 2013. Pour lui, pas de regret, grâce à cet accueil spécifique, il se sent aujourd'hui "à l'aise" et a de bons résultats.

L’étude accompagnée

L'étude accompagnée est un autre dispositif dont s'est doté l'école. A ne pas confondre avec l'étude surveillée, insiste le directeur, "L’étude accompagnée ne se limite pas à surveiller les élèves en train de faire leurs devoirs". Ici, deux ou trois professeurs encadrent les élèves pour les aider à faire leurs devoirs et à comprendre leurs leçons. "L'inscription se fait à l'année", précise Marc Belleflamme.

Une pédagogie pour quel résultat ?

Difficiles d'obtenir des documents avec des chiffres précis sur une longue période. Que ce soit à l’Athénée Léonie de Waha ou à l’Institut Saint Sépulcre, on affirme que c'est encore un peu tôt pour en tirer des conclusions ou que tous les chiffres n'ont pas fait l'objet d'un recensement méthodique depuis le début de la pédagogie active. Les comparaisons sont donc difficiles.

Christian Mans, le préfet des études de l’Athénée Léonie de Waha affirme, pour se part, que le redoublement dans son école est en train de diminuer depuis 2 ans. Toutes années confondues, il est passé de 15% à 11% entre juin 2012 et juin 2013. Pour l'année 2012-2013, le redoublement en 3ème année du secondaire (année la plus critique) reste toutefois de 25%. Le taux passe à 20% en 4ème, à 15% en 5ème et à 8% en 6ème.

A l’Institut Saint Sépulcre, le directeur Marc Belleflamme parle d'un taux moyen (toutes années confondues) de redoublement qui oscille entre 14% et 17% depuis 2010. Ce qui reste en-dessous de la moyenne des 22% à 24% qu'ils avaient avant la mise en place de cette pédagogie active. Toujours pour cette année 2012-2013, l'école enregistre un taux de redoublement de 21% pour la 3ème, de près de 18% pour la 4ème, quasiment 27% pour la 5ème et de 9% pour la 6ème.

Quant à savoir si on peut rendre l'enseignement plus efficace sans moyen supplémentaire, les avis des professionnels que nous avons rencontrés sont partagés.

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