Roger et Nicole : 14 ans d'amour sans se voir

Loin des yeux, loin du cœur?
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Loin des yeux, loin du cœur? - © Tous droits réservés

Aujourd’hui, c’est la Saint-Valentin, la fête des amoureux. Que vous participiez ou non, l’amour concerne tout le monde. Les malvoyants aussi peuvent vivre de belles histoires d'amour. C’est le message pour lequel L’ASBL "La Lumière" se bat en ce jour de Saint-Valentin. Cette ASBL créée il y a un peu plus de 100 ans accompagne les personnes malvoyantes et leur permet d’avoir une vie la plus normale possible.

"Trop de gens pensent qu'une personne aveugle ou malvoyante ne peut aimer ou être aimée" explique Line Brasseur, chargée de communication à La Lumière. "La Saint-Valentin est une opportunité pour nous de rappeler une chose si facilement ignorée ou malheureusement moquée: les personnes aveugles ou malvoyantes ont elles aussi une vie amoureuse et familiale".

Le handicap fait peur

Les idées reçues sur les personnes malvoyantes sont nombreuses. Tomber amoureux, former un couple, construire une famille ou avoir des enfants, pour beaucoup cela semble impossible une fois aveugle. Ces idées reçues se répètent souvent: "Comment peux-tu avoir une vie de couple ou vivre avec quelqu’un qui ne voit pas? Tu ne sais rien partager, tu ne vois rien".

Pour l’ASBL, tout est possible à partir du moment où on est accompagné, aidé et soutenu. Et c’est là tout leur travail.

Une vie bouleversée

Roger était menuisier ébéniste et professeur d’ébénisterie et de menuiserie. Il a été victime de stries angioïdes, une pathologie assez rare. Après 22 ans d’enseignement, il a dû arrêter de travailler. À 45 ans, sa vie a changé du tout au tout.

Nicole était puéricultrice. Elle a travaillé pendant 36 ans dans une crèche. Elle adorait son métier, mais à cause de son glaucome, elle a perdu la vue petit à petit. Elle a dû arrêter de travailler à 52 ans.

Ils étaient tous les deux mariés avant de perdre la vue.

"Est-ce que c’est à cause de ça qu’on s’est séparé?" s'interroge Nicole. "On ne saura jamais le dire. Le fait d’être malvoyant, ça peut faire peur. Ce n’est pas toujours évident pour le conjoint de comprendre ce qui nous arrive à ce moment-là. Je crois que, parfois, on a un juste un peu peur".

Une étincelle

Roger raconte: "Un an après ma séparation, j’ai eu la chance de rencontrer Nicole. Ce fut la rencontre de ma vie, qui m’a sauvé. Elle m’a permis de passer outre mon handicap".

"Ça s’est passé ici à La Lumière" sourit-il. "On ne se connaissait pas avec Nicole. On s’est rencontré à un dîner de Noël. Une des assistantes sociales accompagnait Nicole et me l’a présentée. Elle ne venait pas souvent à La Lumière, donc elle ne connaissait personne".

"L’assistante m’a demandé si j’étais d’accord qu’elle mette Nicole à ma table. J’ai accepté et on a fait connaissance. Ça s’est très bien passé. On ne s’est plus revu pendant un bon mois, puis … (en riant) on a pris rendez-vous … et tout de suite, ça a marché. Nicole avait vécu pratiquement les mêmes choses que moi, au même moment. Ça a été l’étincelle. On avait le même caractère, les mêmes valeurs. C’était une rencontre parfaitement inattendue, mais qui est tombée au bon moment".

"Ça fait 14 ans, 14 ans de bonheur" ajoute Nicole. "Je dois dire que dans notre malheur, finalement on a beaucoup de chance, il y a des personnes qui sont bien plus malheureuses que nous".

Le secret d’un couple durable

Leur entourage pensait que leurs handicaps allaient s'accumuler et qu’ils ne pourraient pas vivre ensemble, mais ça les a rendus au contraire très complices.

"On est diminué, mais je dis toujours qu’à nous deux, on fait un bon" explique Roger. "On est très complémentaires. L’avantage, c’est de connaître le problème de l’autre. Si moi ou ma compagne perdons nos lunettes par exemple, même si on le demande 2 ou 3 fois par jour, on ne se fâchera jamais l’un sur l’autre. Certaines personnes nous interpellent en nous demandant "comment est-il possible que vous arriviez encore à faire ça? Il n’y en a aucun des deux qui voit". Quand on ne sait pas, on se fait aider. Si on va au restaurant, on annonce directement qu’on est malvoyant et on nous aide toujours avec plaisir".

Un message d’amour

"Je ne sais pas si c’est l’âge ou la malvoyance", commence Roger, "mais j’accorde beaucoup plus d’importance à l’intérieur qu’à l’extérieur. Je ressens beaucoup plus vite les qualités humaines de la personne". Pour Nicole, c’est la voix qui est importante. Comme elle le dit, amusée: "Ça me parle beaucoup!".

Les deux amoureux concluent: "Profitez des choses simples de la vie, profitez l’un de l’autre, aimez-vous et soyez heureux. Ce serait magnifique si on pouvait nouer le contact entre voyants et non-voyants … avec qui sait, peut-être une nouvelle histoire d’amour à la clé … "

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