Liège : lunette infrarouge considérée comme arme prohibée… même pour un photographe

Le bon vieil argentique revient en force auprès des jeunes
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Le bon vieil argentique revient en force auprès des jeunes - © RTBF

C’est l’histoire d’un jeune qui se lance dans sa passion : la photographie argentique. C’est aussi l’histoire d’une réglementation tellement stricte qu’il ne peut plus travailler.

Lui, c’est Martial D’Ippolito, 28 ans. La loi, c’est celle sur les armes prohibées.

Des pellicules argentiques "maison"

Comme d’autres de son âge, Martial D’Ippolito découvre la photo à travers des appareils numériques puis un jour, il retrouve un vieil appareil de son père, un boîtier argentique. "Je ne savais pas très bien ce qu'était ce procédé donc j’ai pris des cours du soir aux Beaux-Arts pendant un an et là, ça a été le déclic, le coup de foudre. C’est difficile à expliquer. En numérique, on mitraille puis on choisit. En argentique, on réfléchit plus à la prise de vue, au cadrage. C’est du plaisir, c’est plus artistique."

Le jeune homme attrape le virus à un point tel qu’il réfléchit à fabriquer ses propres films argentiques : "Les grandes marques travaillent avec une sensibilité 100 ou 400 ASA. Je ne me retrouvais pas vraiment en fait et je me suis dit : pourquoi ne pas essayer autre chose de mon côté et voir ce que cela donne."

Méticuleusement, Martial D’Ippolito se lance dans une fabrication "maison". Il achète les bases, créé ses pellicules puis, appuyé par Julien, vendeur spécialisé chez Photo Galerie, les distribue dans ce magasin. Et ça fonctionne, la demande est là :"On a beaucoup de personnes qui retrouvent des appareils chez leurs parents, leurs grands-parents, beaucoup de jeunes qui ont envie de les remettre en ordre, de recommencer à prendre des photos avec ces boîtiers. C’est un peu comme on voit beaucoup les vinyles qui reviennent en musique, c’est une suite logique, un retour aux sources", explique Julien.

Empêché de travailler

Martial D’Ippolito ne vit pas encore de la vente de ses films argentiques mais il a créé sa société "Owax Films". C’est local, c’est artisanal, ce n’est pas tellement plus cher et le 50 ASA a ses amateurs.

Tout serait presque parfait si pour son travail il n’avait besoin de lunettes infrarouges. "L’étape principale c’est d’émulsifier la base, c’est la couche photosensible que le film va recevoir, c’est ça qui permet de prendre, de fixer la photo. Puis de l’autre côté, on met la couche de pigments de couleurs. Tout cela se fait en chambre noire", explique-t-il.

Et pour effectuer ce travail minutieusement à la main, il a besoin de voir dans le noir donc de disposer de lunettes infrarouges : "Cette base, c’est de la gélatine Pancro, on ne peut pas l’utiliser dans une pièce noire avec une grosse lumière rouge !". Pour travailler, il avait bricolé une lunette artisanale mais elle ne fonctionne plus et il aurait aimé acquérir une lunette professionnelle. Mais voilà, c’est interdit ! "On m’a dit que cela faisait partie des armes prohibées, même si ce n’était pas monté sur une arme, qu’il n’y avait de dérogation possible que pour les forces de l’ordre, les armuriers. Je suis donc coincé. Je ne sais plus travailler. Soit je répare mon système "maison" soit je vais dans un pays où je n’aurai pas de problème, au Luxembourg par exemple. C’est absurde !"

Du côté du SPF Justice, on confirme : "Les lunettes de visée nocturne sont considérées comme prohibées selon l’article 3, § 1, point 15° de la loi sur les armes. L’article 27 de la loi sur les armes ne fait une exception que pour les services de l’autorité.". Et l’administration d’ajouter : "Il conviendrait dès lors que l’intéressé continue d’utiliser un bricolage personnel."

Martial D’Ippolito ne veut pas risquer de problèmes et donc il envisage sérieusement, à regret, de déménager son activité. "C’est aberrant mais bon. J’ai encore d’autres projets comme organiser des ateliers pour partager ma passion avec d’autres."

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