Liège et sa région, victimes des V1 et V2, c'était il y a 75 ans

C’était il y a 75 ans : durant l’automne 1944 puis surtout l’hiver, juste après l’euphorie de la libération, Liège et sa région ont vécu dans la terreur des V1 et V2, les "bombes volantes" allemandes.

Au total, plus de 2000 "robots" sont tombés sur la province de Liège. Le dernier, c’était le 31 janvier 1945.

Des bombardements sporadiques puis quasi quotidiens

Historien et archiviste aux Archives de l’Etat de Liège, Bernard Wilkin raconte : "Quand on parle de terreur, en fait, elle s’est installée progressivement. Les premiers bombardements commencent au mois de septembre et la population liégeoise ne croit pas directement à une offensive d’ampleur. On parle de quelques V1 et V2 qui vont tomber. Mais ces chutes vont s’intensifier au mois d’octobre et surtout au mois de novembre où on va avoir des bombardements quasi quotidiens et avec la proximité de la Bataille des Ardennes en décembre, un véritable climat de panique va s’installer qui va perdurer jusqu’à la fin du mois de janvier."

Une bonne partie de la population a alors vécu dans les caves des maisons. "Si on parle d’ailleurs à nos concitoyens les plus âgés, ils se souviendront très certainement de ce climat de terreur.", constate Bernard Wilkin, "Je me souviens de mes grands-parents qui habitaient à Grivegnée et qui ont passé tout l’hiver 44-45 dans leur cave à charbon."

Les visées stratégiques allemandes

"Un des objectifs de la Bataille des Ardennes, c’est bien entendu d’arriver à Anvers.", poursuit l’historien, "Ce qui fait qu’on va bombarder non seulement la ville de Liège mais aussi évidemment Anvers, qu’on va essayer de démolir pour arrêter l’acheminement de matériel aux troupes alliées. A Liège, il y avait de nombreuses troupes américaines et un réseau ferroviaire particulièrement important. Il y avait un enjeu stratégique, même si tous les historiens s’accordent à dire que la Bataille des Ardennes était perdue. En réalité, on peut vraiment dire que la guerre était perdue déjà quasiment en 42, 43. Mais dans l’idée allemande, il y a quand même cette volonté de couper le réseau ferroviaire et d’étrangler matériellement les Américains."

Des "robots" qui sèment la mort et la destruction

Au final, les effets militaires n’ont pas été très importants, par contre d’un point de vue civil… "Les effets sont assez dramatiques.", commente Bernard Wilkin, "Environ 1680 V1 et V2 s’abattent sur la ville. 1269 Liégeois vont périr. On parle aussi de plus de 2000 blessés. Et, chiffre particulièrement important, 78.000 maisons vont être endommagées ou totalement détruites." Les envois de V1 et V2 cessent fin janvier. "Parce que les Allemands sont acculés.", explique l’historien, "Militairement, la Bataille des Ardennes est perdue. Et d’un point de vue industriel aussi, l’Allemagne n’a plus les moyens de suivre. Les V1 et les V2 demandent beaucoup de ressources et l’Allemagne n’a plus les moyens de s’approvisionner à l’époque."

Deux armes différentes

V1 et V2 étaient des engins assez distincts. Bernard Wilkin explique :"Le V1, c’est un avion sans pilote, qui contient une certaine quantité de carburant et d’explosifs. Une fois qu’il est à court de carburant, il chute sur la cible avec beaucoup d’approximations. Il est encore possible d’intercepter le V1. Des pilotes de chasse vont d’ailleurs en faire leur spécialité. Tandis que le V2 ressemble à une fusée comme on se l’imagine. Il peut voler à une vitesse très élevée et monter à une hauteur particulièrement impressionnante, ce qui le rend impossible à intercepter. Les engins qui ont touché Liège étaient lancés aux Pays-Bas ou à la frontière allemande."

Liège, également première victime des premiers bombardiers à réaction

"C’est peu connu, mais il y a eu aussi des bombardements très occasionnels, notamment le 24 décembre 1944, par des avions. Il s’agit en fait du premier bombardement d’avions à réaction, l’Arado, qui était une arme nouvelle, une de ces fameuses armes qui devaient changer le cours de la guerre.", explique encore l’historien, "Ce bombardement va détruire de nombreuses habitations mais aussi une partie de la mémoire liégeoise puisque le dépôt des Archives de l’Etat à Liège sera gravement touché, ce qui va entraîner l’incendie d’une grande partie des collections médiévales et modernes." Le dépôt des Archives de l’État était alors logé dans les bâtiments de la gare de Jonfosse. Pour commémorer l’événement, une exposition est organisée dans les actuels locaux des Archives de l’Etat à Liège à Cointe. Elle est accessible gratuitement du mardi au vendredi, de 9 heures à 16 heures 30, jusqu’au 28 février.

 

Archives RTBF/Sonuma: "Vergeltung! (Représailles!)" et "V1 sur Liège" - "Les Années Belges" - 2004

L'émission "Les Années Belges" avait consacré un document aux V1 et V2 en Belgique à la fin de la seconde guerre mondiale. Un film d'André Zaleski et Jean-Marc Panis.

L'émission "Les Années Belges" avait consacré des documents aux V1 et V2 en Belgique à la fin de la seconde guerre mondiale. Des films d'André Zaleski et Jean-Marc Panis

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