Liège: dernière ligne avant l'ouverture de la salle de shoot

Des postes d'injection, dans la salle de consommation de Strasbourg, en France.
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Des postes d'injection, dans la salle de consommation de Strasbourg, en France. - © RTBF

Le compte à rebours a commencé pour la salle de shoot liégeoise, cet espace de consommation de drogue, encadré par des professionnels de la santé. Elle doit ouvrir tout début septembre, dans le centre-ville. Une première en Belgique.

Former le personnel- six infirmiers et trois éducateurs-, commander le matériel, aménager les locaux… Les responsables de la fondation Tadam, qui porte le projet, n’ont pas le temps de chômer. Le 1er septembre, tout doit être fin prêt pour accueillir les premiers utilisateurs de la salle.

Les policiers pour voisins

Les locaux de la future salle de consommation se trouvent en plein centre-ville, rue Florimont, " juste à côté du commissariat de police et derrière l’ancienne Grand Poste ", précise Marylène Tommaso, l’infirmière en chef du projet.

Ce sont d’ailleurs ces mêmes locaux qu’utilisait déjà la fondation Tadam, il y a quelques années. La structure menait alors un projet pilote de délivrance d’héroïne médicale, interrompu en 2013.

Rendre le lieu convivial

A son arrivée, l’usager sera accueilli dans un petit hall. " On va installer des chaises, un distributeur d’eau et une machine à café, pour rendre le lieu un peu plus convivial ", annonce Marylène Tommaso.

Tout près de l’entrée : un tableau aimanté. " On y mettra des annonces pour des logements, des communications de l’ONEM par exemple ", explique l’infirmière responsable. La fondation prévoit en effet d’offrir un accompagnement social aux usagers de la salle.

Lors de sa première visite, le consommateur devra signer un règlement d’ordre intérieur. Il s’engage notamment à ne pas se montrer agressif et à ne pas faire entrer d’arme dans les locaux. Il pourra déposer son sac dans un casier, à l’entrée. Héroïne, cocaïne ou méthadone, il devra d’abord présenter le produit qu’il amène avec lui et qu’il compte consommer.

Conseils et prévention

Au bout du hall, à gauche, la salle réservée aux inhalations. " Il y aura douze places, dans des cabines équipées d’un système d’extraction d’air et de filtration ", détaille Marylène Tommaso.

A droite, la salle d’injection. Huit postes d'injection seront installés, des tables en aluminium, pour plus d'hygiène. Dans cette petite pièce à la paroi vitrée, deux éviers côte à côte, " un évier haut pour se laver les mains et un bas, pour les jambes ".  Seringues, aiguilles ou garrots : les usagers recevront ici tout le matériel stérile nécessaire.

Limiter la consommation de rue

Un infirmier sera présent en permanence dans la salle. Son rôle : intervenir en cas de problème, mais aussi faire de la prévention et dispenser des conseils en matière d’hygiène. Une ligne rouge : le soignant ne pourra jamais pousser sur le piston de la seringue et pratiquer l’injection lui-même.  

La philosophie du projet ? Un principe de réalité. " De toute façon, ils vont consommer ", estime Marylène Tommaso qui s’inquiète aussi de ces " scènes ouvertes de consommation de drogue ", de plus en plus fréquentes dans les rues de Liège.

Pour elle, offrir cet accompagnement aux usagers de drogue, c’est aussi les mettre dans de bonnes conditions " pour éventuellement aller vers un hôpital ou un autre réseau pour une prise en charge ".

Une salle de shoot, hors-la-loi

Une opinion que ne partage pas le législateur belge. Pour l’instant, la loi interdit clairement l’ouverture de ces salles de consommation à moindre risque. Mais la Ville de Liège et la fondation Tadam ont décidé de passer outre cette interdiction.

Dominique Delhauteur, qui pilote le projet ne craint d’ailleurs ni les bâtons dans les roues, ni les représailles. " Je vois mal le ministre de la justice engager des poursuites ", avance-t-il, serein.

D’ailleurs, à en croire le responsable du projet, en coulisse, Koen Geens aurait formulé très clairement son intention de fermer un œil. " Il nous a dit : mettez moi devant le fait accompli, le parlement prendra ses responsabilités ", assure le responsable de Tadam.

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