Coronavirus en Belgique : les médecins reçoivent de plus en plus de pression des familles

Les médecins reçoivent de plus en plus de pression des familles
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En région liégeoise, certains médecins ont été menacés de poursuites légales s’ils ne mettaient pas un patient sous respirateur. Les médecins doivent faire des choix parfois difficiles en privilégiant les patients dont les chances de survies sont plus élevées. Ces choix ne sont pas toujours acceptés par les familles des patients délaissés. Alors certaines mettent tout en œuvre pour forcer les médecins à changer d’avis.

Les familles ont voulu faire pression pour admettre ces patients aux soins intensifs

Plusieurs hôpitaux liégeois en ont fait les frais durant cette crise du covid 19. "On a eu certains patients qui n’étaient pas dans les critères d’admission aux soins intensifs. Les familles, avec leur avocat, ont voulu faire pression pour admettre tout de même ces patients aux soins intensifs", explique Christophe Levaux, directeur médical du CHR de Huy.

Un tel cas survenu au CHC Mont Légia

Sous pression, le médecin a finalement accepté d’admettre un patient de 91 ans dont les chances de survies étaient minimes. L’homme décédera peu après son arrivée aux soins intensifs.

Pour les hôpitaux liégeois, ces pressions sont inadmissibles. Ils ont donc décidé de s’unir pour protéger leur personnel.

"Nous avons partagé les informations et contacté avocat.be", précise Christophe Levaux, "L’ordre des médecins va faire une réaction officielle pour nous permettre d’exercer normalement notre métier. On ne pensait pas qu’un jour on devrait faire ça pour soigner correctement les gens".

Nous sommes des êtres humains comme les autres. Laissez-nous travailler sereinement"

D’autant qu’en ce moment, le personnel soignant croule sous le travail. Et cette pression supplémentaire risque de faire des dégâts. "C’est un comportement qui met en danger tout le fonctionnement adéquat de notre système actuel. Ça rajoute de la pression aux médecins. Ce genre de décision n’est pas facile à vivre. Un médecin sur trois développe un stress post-traumatique et a des conséquences psychologiques à long terme suite à cette situation. Nous sommes des êtres humains comme les autres, laissez nous travailler sereinement, c’est tout ce que nous demandons", explique Philippe Devos, le président de l'Association Belge des Syndicats Médicaux.

Qui plus est, ce type de procédure à l’encontre des médecins a peu de chance d’aboutir. Le personnel soignant est obligé d’agir en fonction des moyens à sa disposition. Ils travaillent donc en respectant l’intérêt collectif plutôt que l’individuel. Des choix difficiles mais qui s’imposent en cette période de crise.

Réaction ferme d'Avocats.be

L'ordre des médecins a été prévenu, les barreaux aussi, pour ces derniers le procédé est une faute déontologique. 

"Un tel comportement est abject. Il est aux antipodes de ce qu'est un avocat", a indiqué Xavier Van Gils, le président d'Avocats.be. "Si des avocats devaient agir de la sorte, ils ne manqueraient pas d'être poursuivis devant les instances disciplinaires".

Il pointe du doigt l'ASBL Défendez-vous sans avocats, dont il précise qu'elle a été "constituée par un ancien avocat radié il y a deux ans suite à une procédure disciplinaire". Mais le fondateur de l'ASBL nie tout démarchage dans les hôpitaux.