Les Liégeois vont-ils revoir leur "Adoration des Bergers"?

L'adoration des bergers (détail)
L'adoration des bergers (détail) - © Jean Luc Lacroix / Musée de Grenoble

C'est en tout cas le souhait du député libéral Richard Miller: il vient d'adresser une liste de seize questions parlementaires à la secrétaire d'Etat à la politique scientifique. Il souhaite que l'institut (fédéral) du patrimoine artistique accélère son inventaire des toiles de maîtres emportées par les sans-culottes, à la révolution française. Et parmi les seize tableaux, dont la restitution pourrait être demandée, il y a un Jordaens, une "Adoration des Bergers", qui  se trouve, depuis les débuts de l'empire napoléonien, dans un musée grenoblois, et qui provient de la région liégeoise, "confisquée" vraisemblablement au domicile d'un particulier à la fin du dix-huitième siècle.

Depuis quelques années, la problématique des spoliations culturelles dans les pays colonisés, conquis ou annexés, a débouché sur des revendications de plus en plus nombreuses, et de plus en plus vives. Mais récupérer une œuvre n'est jamais évident. Il faut s'assurer de l'illégalité de l'appropriation. Cette "Adoration des Bergers" est plusieurs fois mentionnée, dans des documents officiels français, comme "prise belge". Mais, au moment des faits, la Principauté de Liège n'est plus indépendante: elle est devenue le département de l'Ourte, après divers soubresauts, mais notamment à la suite d'un plébiscite en faveur d'un rattachement. L'autorité du comité de salut public qui a ordonné les saisies n'est donc peut-être pas totalement illégitime...

Et la Flagellation du Christ ?

Cette "Adoration des Bergers" n'est pas un cas isolé. Voici une trentaine d'années, des liégeois ont tenté de faire revenir une "Flagellation du Christ", attribuée à Rubens, qui figure dans les collections municipales marseillaises, mais qui a orné, jusqu'en 1794, la chapelle du Vertbois, à l'époque hospice des incurables et des filles repenties. L'historien  Théodore Gobert relate par le détail la manière dont elle a été emportée, le 24 octobre de cette année-là, par quatre hommes en armes, sur ordre républicain, contre reçu, et promesse de paiement, jamais honorée, évidemment. Une première réclamation, quelques septante ans plus tard, n'a pas abouti, pas plus que les démarches plus récentes, jamais suivies d'effet. Il faut dire que des spécialistes, désormais, mettent en doute la valeur de cette "Flagellation du Christ", qui ne serait qu'une copie, de facture médiocre et de piètre intérêt, selon l'historien Pierre-Yves Kairis.

Un chemin encore long

Quoi qu'il en soit, même si la patience reste de mise dans ce genre de dossiers, la perspective d'un retour de la fameuse "Adoration des Bergers" est désormais entre les mains du gouvernement.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

Recevoir