Les Enfants de Panzi en difficulté financière malgré un travail indispensable

La thérapie par le jeu est utilisée pour les victimes de viols de masse
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La thérapie par le jeu est utilisée pour les victimes de viols de masse - © Les Enfants de Panzi asbl

L'asbl liégeoise Les Enfants de Panzi et d'ailleurs, du nom de l'implantation hospitalière du docteur Mukwege, récent prix Nobel de la Paix, est en difficulté financière. Ses fonds publics, qui représentent la moitié de son budget, ne sont actuellement pas renouvelés dans l'attente de la formation du prochain gouvernement belge. Pourtant, l'asbl ne manque pas de travail sur le terrain en République démocratique du Congo. Elle apporte en effet un suivi psychologique à des dizaines d'enfants victimes de viols collectifs dans la région de Bukavu.

Depuis 2015, Les Enfants de Panzi et d'ailleurs aide des dizaines de fillettes violées, parfois par de nombreux individus se servant du viol comme moyen de terroriser une population. Des actes d'une barbarie sans nom que Véronique De Keyser, la présidente de l'asbl, qui vient de rentrer de Bukavu, ne veut pas passer sous silence. Pour illustrer la réalité de la situation sur place, elle prend l'exemple de Tina : " Il y a eu des actes de barbarie extrêmement récents, notamment durant mon séjour (de fin février au 10 mars) Les deux cas qui m’ont le plus impressionné, ce sont deux très petites filles. La plus jeune, Tina, 7 mois, qui a subi un viol collectif, une sodomisation épouvantable, et qui aujourd’hui est dans un état de détresse absolu. Je l’ai eu sur les genoux et je dois dire que son regard me hante encore aujourd’hui. Un regard fou de frayeur. Et puis elle crie tout le temps. Je ne sais pas si elle survivra ".  

Une soixantaine d’enfants

C'est à une soixantaine de victimes de ce type, âgées de moins de 10 ans, que l'asbl apporte un soutien psychologique dans trois villages du Sud Kivu. " Ça se passe par le biais de jeux thérapeutiques. Les enfants qui ont été violés, qui va s’en occuper quand ils vont rentrer dans leur village ? Qui va prendre en charge ces fillettes qui seront difficiles, qui présentent des signes de stress post-traumatique ? Après un viol, qu’est ce qui se passe ? Pour des enfants, il ne se passe rien ! Il n’y a pas de prise en charge, donc il faut aller dans les villages. Ils ne vont pas revenir à l’hôpital (après leur opération) : les mamans n’ont pas l’argent, c’est trop loin et c’est trop dangereux. Et donc il faut décentraliser l’action et il faut travailler dans la durée. On ne ‘répare’ pas un enfant comme Tina en dix séances de thérapie. Le travail est vraiment dans la durée au cours de son développement. C’est ce qu’on a commencé à faire dans deux villages martyrs qui ont connu des viols de masse d’enfants. On a une soixantaine de très jeunes filles de 0 à 10 ans qu’on suit depuis trois ans maintenant. On travaille aussi avec les enfants de ces villages, qui eux n’ont pas été violés, et qui sinon ne comprendraient pas pourquoi on donne de la nourriture, des plaines de jeux, etc. à certains enfants et pas à d’autres ", détaille encore l’ancienne députée européenne.

Des équipes locales

Sur place, des équipes ont été formées pour cette prise en charge, des équipes qui ne craignent pas les difficultés : " Celles qui sont dans les villages, c’est l’extraordinaire petite équipe congolaise qu’on a formé depuis trois ans à la prise en charge clinique de l’enfant, une prise en charge qui n’existait pas réellement en République démocratique du Congo. Ces femmes traversent des situations qui sont d’une horreur totale. Et pour venir jusqu’à Bukavu, quand je viens, il y en a qui font cinq heures de moto avec leur bébé dans les bras, plus une collègue, plus le conducteur de la moto, dans la boue et les villages. Il faut le faire ", témoigne-t-elle encore.

Des résultats

1.150 visites à domicile ont été réalisées par ces petites équipes formées par l'asbl. Des équipes qui utilisent surtout la thérapie par le jeu. Et cela donne des résultats : " Enfin, cette année-ci, après trois ans de travail intensif, les petits bouts commencent à rigoler, à sourire, à s’organiser, à avoir des jeux coopératifs. Ça ne veut pas dire qu’ils n’ont plus une mémoire traumatique, des flash-backs, des réminiscences et des cauchemars, mais en tout cas ils ont retrouvé une place dans leur petite société ", affirme Véronique De Keyser.

Des résultats mis en péril par les menaces sur la pérennité du financement de l'association : " La moitié de l’argent de l’asbl vient de fonds publics et ceux-ci sont gelés jusqu’à la formation d’un nouveau gouvernement. Et donc jusqu’à présent, je ne sais pas comment on va franchir le cap du mois de juillet ".

L’asbl travaille en lien étroit avec l’hôpital de Panzi et l’équipe du docteur Denis Mukwege. Celui-ci sera d’ailleurs à Liège les 1er et 2 avril prochains pour la première réunion du comité scientifique de la chaire universitaire (ULiège) qui porte son nom, ainsi que le 13 novembre pour une levée de fonds en faveur de l’association.

Archives: Journal télévisé 04/05/2008

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