Le réquisitoire, dans le dossier Intradel: les oreilles d'Alain Mathot ont dû tinter

Deux-heures et demi de réquisitoire contre quelqu'un qui n'est pas prévenu
Deux-heures et demi de réquisitoire contre quelqu'un qui n'est pas prévenu - © Tous droits réservés

Le tribunal correctionnel a commencé à entendre le réquisitoire du Procureur du Roi, ce mercredi, dans le cadre du procès Intradel, cette affaire de commissions occultés versées par le groupe français Inova, pour décrocher le contrat de l'incinérateur des ordures ménagères liégeoises.

Le substitut en charge du dossier a consacré l'essentiel de l'audience, deux heures et demi.... à Alain Mathot, qui n'est pourtant pas au banc des accusés. Pour les uns, c'est peut-être le signe d'une rancune personnelle: c'est ce magistrat qui a échoué à obtenir la levée de l'immunité parlementaire du député-bourgmestre sérésien. Mais la réalité est peut-être différente.

Pour qu'une corruption soit établie, au sens de l'article 246 du code pénal, il faut en effet qu'intervienne une personne qui exerce une fonction publique. Or, au fil des débats, le rôle du directeur général de l'intercommunale Intradel semble se dégonfler. Il reste certes prévenu d'une "entrave aux enchères"; il a manifestement eu des préférences pour le groupe Inova, mais vraisemblablement pour des raisons techniques. Mais rien, dans l'enquête, ne prouve qu'il a sollicité, ou reçu, un quelconque avantage, ni même une promesse d' un avantage.

L'accusation n'en démord pas

Il faut donc alors qu'Alain Mathot, à l'époque conseiller communal, administrateur de sociétés parastatales, intervienne pour que l'accusation tienne. Il n'est pas indispensable que de l'argent ait effectivement été offert, ou qu'un service ait effectivement été rendu, à suivre le réquisitoire: " le trafic d'influence, c'est parfois une tape dans le dos, c'est parfois une formule de politesse, et même s'il n'est pas évident de déterminer précisément qui a payé combien à qui, il reste que des industriels se sont recommandés de la famille Mathot..."  Et de faire démarrer les délits dès le début des années deux mille, lorsque l'entreprise Pirard signe un accord avec la firme Immoma, pour immobilière Mathot, qui devient son "délégué indépendant" pour l'aider à participer à diverses soumissions. Et c'est l'administrateur délégué de Pirard qui se retrouve ensuite à la manoeuvre pour diverses conventions, prétendument de lobbyiste, avec le groupe Inova.

Pour démontrer l'existence d'un pacte, d'une "rencontre de consentements", il suffit alors de s'appuyer sur les interrogatoires de l'un des dirigeants du groupe Inova, sur ses déclarations à propos des enveloppes qu'il affirme avoir remis de la main à la main, et de les confronter aux dénégations d'Alain Mathot aux cours des investigations, à ses tentatives de dissimiler des rendez-vous, des appels téléphoniques, des déplacements, des courriels. 

Mais comme l'intéressé n'est pas cité à comparaître, cette charge va, à la barre, rester sans réplique....

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